En France, le « combat sans fin » contre l’antisémitisme
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En France, le « combat sans fin » contre l’antisémitisme

Avec un arsenal législatif et une série de plans de lutte, la France peine à contrer la résurgence des actes antisémites, alimentant chez certains l'envie de vivre en Israël

  • Graffiti antisémite avec le mot "Juden" sur la vitrine du restaurant Bagelstein, à Paris, France, le 9 février 2019. (Capture d'écran : YouTube)
    Graffiti antisémite avec le mot "Juden" sur la vitrine du restaurant Bagelstein, à Paris, France, le 9 février 2019. (Capture d'écran : YouTube)
  • Le visage de Simone Veil taggué d'une croix gammée dans le 13e arrondissement, le 11 février 2019. (Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP)
    Le visage de Simone Veil taggué d'une croix gammée dans le 13e arrondissement, le 11 février 2019. (Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP)
  • Une photo prise le 20 février 2019 à Quatzenheim montre des svastikas peintes sur des tombes dans un cimetière juif, le jour d'une marche nationale contre une recrudescence des attaques antisémites. - Environ 96 tombes ont été vandalisées dans un cimetière du village de Quatzenheim, près de la frontière avec l'Allemagne, dans la région Alsace. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)
    Une photo prise le 20 février 2019 à Quatzenheim montre des svastikas peintes sur des tombes dans un cimetière juif, le jour d'une marche nationale contre une recrudescence des attaques antisémites. - Environ 96 tombes ont été vandalisées dans un cimetière du village de Quatzenheim, près de la frontière avec l'Allemagne, dans la région Alsace. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)
  • Hommage aux victimes de la prise d'otages de l'HyperCacher de Vincennes, le 9 janvier 2019. (Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP)
    Hommage aux victimes de la prise d'otages de l'HyperCacher de Vincennes, le 9 janvier 2019. (Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP)
  • Les portraits des sept victimes - Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, Gabriel Sandler, Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo et Jonathan Sandler - de Mohamed Merah pendant une cérémonie de commémoration organisée par le CRIF à Toulouse, le 19 mars 2014. (Crédit : Rémy Gabalda/AFP)
    Les portraits des sept victimes - Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, Gabriel Sandler, Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo et Jonathan Sandler - de Mohamed Merah pendant une cérémonie de commémoration organisée par le CRIF à Toulouse, le 19 mars 2014. (Crédit : Rémy Gabalda/AFP)
  • Hommage à Ilan Halimi, à Sainte-Genevieve-des-Bois, le 13 février 2019. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)
    Hommage à Ilan Halimi, à Sainte-Genevieve-des-Bois, le 13 février 2019. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

« C’est un échec, c’est notre échec » : recueilli devant la centaine de tombes profanées dans le cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin), Emmanuel Macron déplorait le 19 février les difficultés de l’Etat face au poison de l’antisémitisme.

Une semaine plus tôt, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner annonçait à Sainte-Geneviève-des-Bois, où un arbre planté en mémoire d’Ilan Halimi, jeune juif torturé et tué en 2006, avait été vandalisé, que les actes antisémites avaient bondi de 74 % en 2018, avec 541 faits constatés.

Cette hausse spectaculaire « nous ramène en fait à l’étiage moyen constaté avant 2015 », contextualise Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop.

Dans les années 1990, les actes antisémites en France n’avaient jamais dépassé la barre symbolique des 100 faits constatés. L’an 2000 marque un tournant : la seconde Intifada dans les Territoires palestiniens fait exploser le thermomètre qui passe de 82 à 744 actes antisémites enregistrés.

Un émeutier jette des pierres sur la police à Sarcelles, près de la synagogue de la ville, pendant une manifestation anti-Israël pendant l’opération Bordure protectrice, le 20 juillet 2014. (Crédit : AFP/Pierre Andrieu)

« Vieux stéréotypes »

Bien qu’instable, la situation sécuritaire au Proche-Orient n’a pas retenu de nombreuses familles juives françaises de s’exiler. En 2014 et 2015, la France était pour la première fois le premier pays pourvoyeur d' »olim », ceux qui font leur « alyah », l’émigration juive vers Israël, avec près de 8 000 départs.

Le chiffre est retombé à 2 660 en 2018 mais la hausse pourrait être « réactivée » avec les dernières événements, selon M. Fourquet, auteur d’une étude en 2016 sur le sujet : « L’an prochain à Jérusalem ? »

« Il y a 25 ans, dans les repas de famille, celui qui voulait partir en Israël, c’était l’idéaliste, l’exalté, voire le dérangé. Aujourd’hui, c’est celui qui veut rester qui est anormal », résume-t-il.

Paradoxalement, « quand on passe des actes aux opinions, on s’aperçoit que les juifs sont la minorité la mieux acceptée en France », souligne la politologue Nonna Mayer, s’appuyant sur l’enquête annuelle de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).

« Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un gros tiers de Français pensaient que les juifs étaient des Français comme les autres, maintenant on frôle les 90 % », souligne la chercheuse avant de nuancer : « les vieux stéréotypes sont toujours là, c’est un combat sans fin ».

« Lors d’un entretien, la personne sondée va d’abord dire qu’elle aime les juifs, qu’ils sont des Français comme les autres, mais petit à petit, elle finit par dire : ‘ils ont trop de pouvoir’, ‘ils ont trop d’argent' », confirme Christine Lazerges, présidente de la CNCDH jusqu’en décembre dernier.

« Education, éducation, éducation »

Pour endiguer ce fléau, les derniers gouvernements ont tous présenté leur plan : François Fillon en 2012, peu avant la tuerie de Mohamed Merah devant l’école juive de Toulouse, Manuel Valls en 2015 après l’attaque de l’Hyper Cacher à Paris et Edouard Philippe en mars 2018, après l’agression d’un enfant portant une kippa à Sarcelles (Val-d’Oise).

Le préfet Frédéric Potier (d.) de la DILCRAH en octobre 2017 (Crédit: Dilcrah)

« Cette succession n’est pas une marque d’échec », affirme Frédéric Potier, chargé de piloter le plan Philippe en tant que Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). « La réponse doit constamment s’adapter. Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place beaucoup plus importante dans la vie des gens », souligne le préfet.

Le gouvernement veut responsabiliser les plate-formes, notamment via une proposition de loi attendue en mai, comme cela se fait déjà en Allemagne où elles sont sanctionnées jusqu’à 50 millions d’euros d’amende si elles ne retirent pas sous 24 heures des propos signalés par les usagers comme outranciers ou violant la Constitution.

Certains avocats militent aussi pour exclure les injures racistes et antisémites de la loi de 1881 sur la presse, très protectrice sur la liberté d’expression, et les soumettre au droit commun, pour faciliter les poursuites. Le député LR Eric Ciotti a déposé une proposition de loi en ce sens.

« La France est armée jusqu’aux dents en matière de textes, il n’y a pas de trous dans la raquette », estime Christine Lazerges. « Juger ces faits en comparution immédiate en 20 minutes serait complètement inadapté », ajoute la professeure de droit. « On n’a besoin que d’une chose : éducation, éducation, éducation ».

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