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En Israël, le chef du Congo accusé d’antisémitisme dans des panneaux publicitaires

Des panneaux interpellent Félix Tshisekedi sur le projet de loi visant à empêcher un adversaire juif de se présenter contre lu

Des voitures circulent sous un pont critiquant le président congolais Felix Tshisekedi à Jérusalem le 26 octobre 2021. (Crédit : avec l'aimable autorisation des organisateurs via JTA)
Des voitures circulent sous un pont critiquant le président congolais Felix Tshisekedi à Jérusalem le 26 octobre 2021. (Crédit : avec l'aimable autorisation des organisateurs via JTA)

(JTA) – Les protestations contre les dirigeants israéliens ont longtemps été une préoccupation lors des visites d’État en Afrique.

Outre la solidarité que de nombreux Africains ressentent avec les Palestiniens, Israël a été mis en cause en tant qu’exportateur d’armes et importateur de biens controversés qui ont été au centre de conflits multiples et meurtriers en Afrique.

Mais cette semaine, c’est l’inverse : un grand dirigeant africain qui doit faire face à des protestations contre ses politiques lors d’une visite historique en Israël.

Plusieurs panneaux géants critiquant Félix Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo, ont été installés cette semaine le long des routes de Jérusalem, où le cortège de Tshisekedi était attendu. Sa visite de trois jours devait se terminer jeudi.

Les panneaux d’affichage l’accusent de promouvoir l’antisémitisme. « Félix, arrêtez la discrimination antisémite corrompue », peut-on lire, sans donner plus de détails.

A LIRE : Le fils d’un Juif grec réfugié de la Shoah, bientôt dirigeant du Congo ?

Le principal rival politique de Tshisekedi est Moise Katumbi, un homme politique d’origine mixte juive-congolaise, et les législateurs alliés de Tshisekedi tentent de disqualifier Katumbi en raison de ses origines.

Le président Isaac Herzog (à droite) rencontre le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, à la résidence du président à Jérusalem, le 27 octobre 2021 (Crédit : Haim Zach/GPO).

Un projet de loi présenté au Parlement congolais limiterait la présidence à ceux qui ont deux parents nés au Congo. S’il est adopté, le projet de loi empêcherait Katumbi de se présenter contre Tshisekedi, qui dirige le deuxième plus grand et le plus riche pays minier d’Afrique depuis janvier 2019.

Katumbi, l’un des hommes politiques les plus populaires du Congo, est né d’un père juif grec qui a fui la Shoah en Europe et s’est installé au Congo, où il a épousé une Congolaise, la mère de Katumbi. Katumbi ne s’identifie pas comme juif.

Le parti de Tshisekedi, l’Union pour la démocratie et le progrès social, a défendu le projet de loi comme une mesure visant à « sauvegarder la souveraineté nationale et à empêcher l’ingérence étrangère ».

Mais ses détracteurs y voient une tentative à peine voilée d’empêcher Katumbi de faire valoir ses compétences de gouverneur dans une campagne fondée sur un message anti-corruption.

Les représentants de Katumbi, qui vit actuellement à Bruxelles en raison d’une action en justice intentée contre lui au Congo, ont refusé de commenter la campagne d’affichage en Israël auprès de la Jewish Telegraphic Agency.

L’ambassade congolaise à Bruxelles, principale présence du pays africain en Europe, n’a pas non plus répondu immédiatement aux demandes de commentaires de la JTA sur la campagne.

Le leader de l’opposition congolaise, Moise Katumbi, lors d’un forum de trois jours dans un hôtel de villégiature près de Johannesburg, en Afrique du Sud, le 12 mars 2018. (Crédit : AP/Themba Hadebe)

Et les organisateurs à l’origine du panneau d’affichage, dont un Israélien, ont également refusé de s’exprimer, si ce n’est pour dire qu’ils pensent qu’Israël fait une erreur en établissant une relation avec Tshisekedi.

Les dirigeants israéliens ont renforcé les relations avec le Congo ces dernières années, alors même que les détracteurs de Tshisekedi l’accusent d’être un successeur idéologique de son prédécesseur Joseph Kabila, que beaucoup au Congo accusent d’attiser les tensions ethniques et de voler de l’argent. (Kabila a quitté le pouvoir en 2018 sans chercher à se faire réélire au milieu d’énormes manifestations. Il a également maintenu brièvement Katumbi en résidence surveillée).

S’exprimant lors de la conférence de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) en 2020, Tshisekedi a annoncé qu’il nommerait le premier ambassadeur du pays en Israël depuis 20 ans et ouvrirait un bureau d’intérêts commerciaux à Jérusalem.

Cette semaine à Jérusalem, le président israélien Isaac Herzog a rencontré Tshisekedi, lui communiquant sans ambages que les panneaux d’affichage ne reflétaient pas la position du gouvernement israélien.

« L’État d’Israël », a déclaré Herzog à Tshisekedi, « soutient inconditionnellement votre leadership ferme ».

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