En minimisant les liens des Palestiniens avec la terre, Netanyahu lance le débat
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En minimisant les liens des Palestiniens avec la terre, Netanyahu lance le débat

Le débat sur les droits historiques des deux peuples sur le territoire d'Israël moderne est apparu sur les comptes Twitter du fils de Netanyahu et de l'activiste US Linda Sarsour

Lithographie représentant Abraham prêtant serment au roi philistin Abimélec. (Collection numérique Venceslaus Hollar de l'Université de Toronto)
Lithographie représentant Abraham prêtant serment au roi philistin Abimélec. (Collection numérique Venceslaus Hollar de l'Université de Toronto)

JTA – Se référant à une récente découverte archéologique sur les origines de l’ancien peuple philistin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a minimisé cette semaine le lien des Palestiniens avec la terre d’Israël.

« Une nouvelle étude de l’ADN récupéré sur un ancien site philistin de la ville israélienne d’Ashkelon confirme ce que nous savons de la Bible – que l’origine des Philistins est dans le sud de l’Europe », a-t-il écrit au début d’une série de trois tweets.

« Il n’y a aucun lien entre les anciens Philistins et les Palestiniens modernes, dont les ancêtres sont venus de la péninsule arabique vers la Terre d’Israël des milliers d’années plus tard. »

Il a ajouté : « Le lien des Palestiniens avec la Terre d’Israël n’est rien comparé aux 4 000 ans de lien que le peuple juif entretient avec la terre ».

Ces tweets s’inscrivent dans le cadre d’un débat plus large, principalement sur Twitter, sur l’histoire des Palestiniens, centré sur les déclarations de Yair Netanyahu, le fils du Premier ministre, et de la militante palestino-américaine Linda Sarsour. Yair Netanyahu a insinué qu’il n’y a pas de peuple palestinien. Sarsour a tweeté que Jésus était un Palestinien.

Les deux revendications sont controversées, mais toutes deux s’attaquent à une question qui est l’une des racines du conflit israélo-palestinien. À qui la terre appartient-elle, historiquement ?

Le jeune Netanyahu a déclaré dans un discours prononcé la semaine dernière devant un auditoire de chrétiens sionistes que la plupart des Palestiniens sont venus sur le territoire actuel d’Israël, en Cisjordanie et à Gaza il y a environ un siècle. Il a indiqué que certains noms de famille palestiniens indiquent que les gens viennent d’autres pays, comme l’Égypte ou la Syrie.

« La plupart des Arabes qui vivent aujourd’hui en terre d’Israël et qui se disent Palestiniens ne sont arrivés dans ce pays qu’il y a une centaine d’années, a dit Yair Netanyahu, en faisant le geste « entre guillemets » en utilisant le mot « palestinien ». « Non seulement les Juifs étaient les premiers sur la terre d’Israël dans les temps anciens, mais ils étaient les premiers dans les temps modernes. »

Capture d’écran de la vidéo de Yair Netanyahu lors d’une interview sur Blaze TV diffusée le 11 juin 2019. (YouTube)

Le tweet de Benjamin Netanyahu semble soutenir une idée similaire : que les Palestiniens d’aujourd’hui n’ont pas d’anciennes racines avec la terre. Netanyahu a commencé sa carrière politique en s’opposant à un État palestinien, a pivoté pendant six ans pour soutenir un État démilitarisé, et s’oppose maintenant à nouveau au statut d’État palestinien. Plus tôt cette année, il a promis d’annexer les implantations israéliennes s’il était réélu.

Le tweet de Sarsour va dans la direction opposée. Elle a tweeté vendredi que « Jésus était Palestinien » parce qu’il était né à Bethléem et vivait à Nazareth. Bethléem est actuellement une ville sous le contrôle de l’Autorité palestinienne et Nazareth est une ville arabo-israélienne.

« Jésus était Palestinien de Nazareth et est décrit dans le Coran comme ayant la peau brune cuivre avec des cheveux frisés », a-t-elle tweeté. Elle a ajouté dans un tweet subséquent que « Palestinien est une nationalité. Donc quand quelqu’un dit que Jésus est né dans la Palestine moderne, cela ne nie pas qu’il était juif. »

Les adversaires de Sarsour ont fait remarquer qu’à l’époque de la vie de Jésus, le territoire s’appelait la Judée, et que les Romains ne l’ont surnommé Palestine qu’un siècle après sa mort.

L’activiste Linda Sarsour parle lors d’un rassemblement « Femmes pour la Syrie » à Union Square à New York, le 13 avril 2017. (Photo de Drew Angerer / Getty Images via JTA)

Mais le débat précède à la fois Netanyahu et Sarsour. La droite israélienne prétend depuis longtemps qu’il n’y a pas de véritable peuple palestinien, soit parce qu’il n’y avait pas d’entité politique appelée Palestine, soit parce que les Palestiniens d’aujourd’hui descendent de migrants dans cette région. Ils ne voient donc aucune raison de céder le contrôle du territoire à un État palestinien.

Le terme « Palestiniens » désigne la population qui vivait sur cette terre avant l’arrivée des sionistes il y a environ 140 ans et les centaines de villes palestiniennes qui existaient avant la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948, ainsi que la population actuelle des Palestiniens qui y vivent.

Bien que la plupart des Israéliens juifs descendent de personnes qui ont immigré dans le pays à partir de la fin du 19e siècle jusqu’à la fin du 20e siècle, ils soulignent également la présence juive continue pendant des millénaires dans le pays. Une grande partie du territoire de l’État actuel d’Israël était gouvernée dans les temps anciens par une communauté juive centrée à Jérusalem. Les communautés juives ont persisté en Terre Sainte depuis l’époque romaine jusqu’à l’ère sioniste moderne.

Les prières pour le retour en terre d’Israël sont au centre de la liturgie juive, et c’est le cadre d’une grande partie de la Bible hébraïque, dont les commandements et les récits mettent la terre au centre de la vie juive.

Pour information : Les découvertes archéologiques auxquelles le Premier ministre a fait référence n’étaient pas censées être politiques. En fait, l’auteur principal de cette étude a déclaré que la découverte montre que l’ADN, la culture et l’ethnicité ne sont pas les mêmes.

« L’ADN peut être un outil puissant pour retracer l’histoire et répondre aux questions historiques », a déclaré l’archéo-généticienne Michal Feldman dans un communiqué. « D’un autre côté, cela nous rappelle que la culture ou l’ethnicité ne correspondent pas nécessairement à la constitution génétique des mêmes groupes. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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