En pleine pandémie, les Juifs d’Italie pourraient passer Pessah en quarantaine
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En pleine pandémie, les Juifs d’Italie pourraient passer Pessah en quarantaine

Des mesures strictes interdisant les voyages et les rassemblements touchent quelque 60 millions de personnes dans tout le pays ; les synagogues de Milan et de Venise sont fermées

  • Une femme âgée attend de pouvoir entrer dans une charcuterie à Codogno, en Italie, le 12 mars 2020. Cette ville du nord qui a recensé le premier cas d'infection au coronavirus du pays montre l'exemple au reste de l'Italie, aujourd'hui soumis à une quarantaine complète. (Crédit : AP Photo/Antonio Calanni)
    Une femme âgée attend de pouvoir entrer dans une charcuterie à Codogno, en Italie, le 12 mars 2020. Cette ville du nord qui a recensé le premier cas d'infection au coronavirus du pays montre l'exemple au reste de l'Italie, aujourd'hui soumis à une quarantaine complète. (Crédit : AP Photo/Antonio Calanni)
  • Un prêtre devant le Colisée de Rome, dans l'après-midi du 12 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Alessandra Tarantino)
    Un prêtre devant le Colisée de Rome, dans l'après-midi du 12 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Alessandra Tarantino)
  • Vue de la Piazza del Popolo de Rome quasi déserte, le 12 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Alessandra Tarantino)
    Vue de la Piazza del Popolo de Rome quasi déserte, le 12 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Alessandra Tarantino)
  • La synagogue espagnole de Venise. (Autorisation)
    La synagogue espagnole de Venise. (Autorisation)
  • Un homme portant un masque sur une trottinette à Milan, en Italie, le 11 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Luca Bruno)
    Un homme portant un masque sur une trottinette à Milan, en Italie, le 11 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Luca Bruno)

MANTUA – L’Italie est en quarantaine. Les rues sont désertes, et les rideaux des magasins sont baissés. Les déplacements sont limités aux seules urgences, et les gens sont priés de rester chez eux. Pour enrayer la progression de l’épidémie de coronavirus, qui se propage rapidement, tous les commerces seront fermés jusqu’au 25 mars, à l’exception des épiceries et des pharmacies.

Aucun quartier n’est épargné par les nouvelles directives et, ces derniers jours, la communauté juive italienne, forte de plus de 30 000 personnes, a passé la fête de Pourim chez elle, bombardée par les informations de plus en plus dramatiques qui lui parvenaient, les unes après les autres. De nombreuses synagogues ont été fermées pour éviter les grands rassemblements.

De nouvelles dispositions draconiennes, annoncées en direct sur Facebook mercredi par le Premier ministre Giuseppe Conte, font suite à deux précédents décrets émis samedi soir et lundi pour limiter l’augmentation exponentielle des infections et des décès. La crise dévaste également l’économie ; le Premier ministre a alloué 25 milliards d’euros pour aider les entreprises à se maintenir à flot.

En Italie, l’épicentre de la propagation du coronavirus est la région nord de la Lombardie, l’une des plus importantes zones industrielles d’Europe. Tout le pays est désormais touché par l’épidémie, qui se propage rapidement. Jeudi, 15 113 infections ont été confirmées, et 1 016 personnes sont décédées, dont de nombreuses personnes âgées ; 1 258 personnes se sont rétablies. L’Italie a dépassé la Corée du Sud, devenant la deuxième nation la plus touchée au monde après la Chine.

Dans la nuit du 7 au 8 mars, Giuseppe Conte a signé un premier décret demandant que des mesures drastiques soient prises dans les « zones rouges » de la Lombardie et de 14 autres provinces. Le lendemain, la mesure était étendue au reste du pays.

Des policiers et des soldats contrôlent les passagers au départ de la gare centrale de Milan, Italie, le 9 mars 2020. (Crédit : Claudio Furlan/LaPresse via AP)

Jusqu’au 3 avril au moins, les bars, boites de nuit et autres lieux de divertissement sont fermés, tout comme les gymnases et les piscines, les musées et les sites culturels, les écoles et les universités, ainsi que les magasins et les restaurants.

Ces mesures visent à éviter la surcharge du système de santé publique, qui, en Lombardie, risque déjà de s’effondrer. Les unités de soins intensifs connaissent des difficultés, car elles fonctionnent continuellement à leur capacité maximale.

Les synagogues, les églises et les autres lieux de culte peuvent rester ouverts en vertu de la nouvelle réglementation, mais les grands rassemblements doivent être évités. Les visiteurs sont également tenus de maintenir une distance d’au moins un mètre les uns des autres. Les grandes cérémonies civiles et religieuses, y compris les funérailles, ont été suspendues.

Rome

Exprimant leur solidarité avec les communautés juives d’Italie, Isaac Herzog, président de l’Agence juive pour Israël, et Sam Grundwerg, président du Keren Hayessod, se sont entretenus cette semaine avec des dirigeants juifs de Rome et de Milan, qui ont décrit les défis et les menaces auxquels ils sont confrontés ainsi que leurs besoins immédiats.

Le président de l’Agence juive Isaac Herzog devant l’Assemblée générale de la Fédération juive à Tel Aviv, le 23 octobre 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Nous avons mis en place une équipe spéciale pour analyser immédiatement leurs besoins les plus urgents et, avec le Keren Hayessod, nous travaillerons pour aider les communautés le plus rapidement possible », a fait savoir Issac Herzog dans un communiqué. « J’exhorte nos organisations et communautés juives parallèles dans le monde entier à se mobiliser, étant donné l’ampleur des besoins. Les écoles, les jardins d’enfants, la sécurité, l’aide aux survivants de la Shoah et aux autres personnes vulnérables en danger, ainsi que la préservation des synagogues et des cimetières ne sont que quelques-uns des défis auxquels ces communautés sont confrontées ».

La communauté juive de Rome compte environ 15 000 membres, ce qui en fait la plus importante d’Italie.

Nous savons qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, mais nous ne savons pas quelle est la longueur du tunnel

« Nous sommes une communauté ancienne et fière plongée la pire situation que nous ayons connue depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré la présidente de la communauté, Ruth Dureghello. « Nous sommes dans un état d’incertitude totale. Nous essayons de stabiliser la situation, mais il y a ici une immense anxiété quant au risque d’un effondrement complet. Le moral général est très bas. Nous savons qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, mais nous ne savons pas quelle est la longueur du tunnel ».

Ruben Golran a bénéficié d’un soutien massif depuis que l’annulation de sa fête de bar-mitzvah, à cause du coronavirus. (Crédit : famille Golran via JTA)

Milan

Plus de 8 000 Juifs vivent à Milan, la capitale de la Lombardie. La ville compte 15 synagogues, qui sont actuellement fermées par mesure de précaution. Le bureau rabbinique et le centre communautaire juif – le plus grand après Rome – sont également fermés. Les employés travaillent à distance.

« Nos écoles et nos maisons de retraite sont fermées depuis trois semaines », indique Milo Hasbani, un responsable de la communauté milanaise. « Nous organisons divers canaux de soutien pour aider les membres de la communauté, en particulier les personnes âgées qui sont en quarantaine et ne peuvent pas faire leurs courses. Nous mettons en place un enseignement à distance pour les enfants, nous investissons dans des désinfectants et préparons l’équipe de sécurité de la communauté à tous les scénarios possibles ».

Les mesures exceptionnelles du gouvernement ont également eu un impact sur les célébrations de la fête juive de Pourim, qui ont eu lieu les 9 et 10 mars.

Pour aider ceux qui n’ont pas pu se rendre à la synagogue, l’Union des communautés juives italiennes, en coopération avec l’Assemblée rabbinique italienne, a proposé une lecture en direct du Livre d’Esther, traditionnellement lu à cette occasion.

Le grand-rabbin de Milan et président de l’Assemblée rabbinique d’Italie, Alfonso Arbib. (Autorisation)

Le grand rabbin de Milan et président de l’Assemblée rabbinique d’Italie, Alfonso Arbib, a recommandé aux membres de la communauté de faire preuve d’une grande prudence pendant la célébration de cette fête.

« Dans cette situation particulière, Pourim doit être observé tout en veillant à respecter les limites imposées par l’ordre du gouvernement. En plus du devoir d’observer ces règles en tant que citoyens italiens, il y a un devoir [religieux] de préserver notre santé et celle des autres », a souligné le rabbin Arbib dans une déclaration avant Pourim.

Les Juifs milanais ont dû s’adapter à l’urgence. « La mitzvah consistant à envoyer des cadeaux de nourriture à des amis peut être résolue en évitant le contact direct », a indiqué Alfonso Arbib, ajoutant que le repas de fête devrait être limité à la famille. « Les cadeaux aux pauvres peuvent être envoyés par l’intermédiaire d’autres personnes ou par des paiements bancaires à des associations qui aident à les faire parvenir aux personnes dans le besoin », a-t-il dit.

Mantoue

À l’extrémité de la Lombardie, non loin de Milan, se trouve Mantoue, une petite ville qui compte une communauté juive locale de 60 personnes, pour la plupart âgées.

« Ça n’a pas toujours été comme ça. Au 19e siècle, il y avait plus de 2 000 Juifs », révèle Emanuele Colorni, président de la communauté juive. « Maintenant, la synagogue Norsa, la seule de la ville, est fréquentée par très peu de gens, et seulement les jours fériés. Malheureusement, les activités communautaires sont maintenant annulées à cause de l’épidémie de coronavirus ».

Aldo Norsa (à gauche) et Emanuele Colorni. (Autorisation)

Lea Calvo Platero, conseillère de la communauté juive de Mantoue, est une journaliste indépendante qui travaille pour une agence de communication à Milan.

« Heureusement, je peux me débrouiller pour travailler à la maison », se réjouit-elle. « J’essaie d’éviter les réunions, qui se font plutôt par Skype ».

Interrogée sur la manière dont l’épidémie de coronavirus affecte le comportement et les habitudes religieuses, Lea Calvo Platero a répondu que sa famille avait décidé de célébrer la fête de Pourim à la maison.

« Nous ferons la même chose pour Pessah », dit-elle, « que nous passons habituellement avec les autres. Le premier soir, nous dînons généralement avec des amis, mais cette année, ce ne sera pas possible. De nombreux membres de notre communauté sont âgés. Nous devons les protéger, car ce sont les personnes les plus exposées aux risques liés aux coronavirus ».

La communauté juive de Mantoue est pratiquement à l’arrêt depuis deux semaines.

Nous vivons dans l’incertitude

« Nous avons suspendu les services religieux », indique le conseiller Aldo Norsa. « Nous célébrons habituellement le Shabbat et les fêtes les plus importantes. Nous vivons dans l’incertitude, peut-être serons-nous aussi obligés d’annuler les célébrations [de Pessah] en avril ».

Venise

La communauté juive de Venise a également réorganisé son activité.

La synagogue espagnole de Venise. (Autorisation)

« Pour ce mois, toutes les programmations culturelles ont été annulées », rapporte le porte-parole de la communauté de Venise, Paolo Navarro Dina. « Au départ, nous avions décidé de garder ouverte la synagogue espagnole de l’ancien ghetto, car elle est plus grande que les autres lieux de culte, mais nous avons ensuite changé d’avis. Toutes les fonctions religieuses sont désormais suspendues. Les réunions d’affaires se feront par téléphone ».

Un groupe de jeunes, coordonné par les responsables religieux locaux, fera des courses et apportera des produits de première nécessité aux personnes âgées.

Andrea Mevorach est un entrepreneur vénitien qui travaille dans l’immobilier et la restauration.

Le parking vide d’un centre commercial de Mantoue, le 10 mars 2020. (Crédit : Giovanni Vigna/Times of Israel)

« Je vis dans le centre historique de Venise, mais je travaille dans le quartier du port de Marghera sur la terre ferme, où je gère également un restaurant », indique l’intéressé. « La situation est terrible, mais les Vénitiens ont une capacité exceptionnelle à se relever. Après la crue record de novembre, la ville a redémarré. Maintenant, c’est bien pire – Venise est déserte, les magasins ont subi 100 % de pertes ».

Le restaurant d’Andrea Mevorach est maintenant fermé, mais il précise que l’entreprise continuera à faire des livraisons à domicile aux entreprises de Marghera et à offrir des repas gratuits aux personnes âgées qui ne peuvent pas quitter leur domicile.

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