Enfin sur scène, les danseurs israéliens évoquent les anxiétés de l’année passée
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"On ne pouvait pas se permettre de perdre le moral"

Enfin sur scène, les danseurs israéliens évoquent les anxiétés de l’année passée

Les premières des compagnies de danse Fresco et Batsheva permettront de découvrir leurs nouvelles œuvres contemporaines après une longue période de calme

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

"ON", d' Adi Salant pour la compagnie de danse Fresco dont la première aura lieu le 11 mai 2021 à Tel Aviv. (Autorisation :  Efrat Mazor)
"ON", d' Adi Salant pour la compagnie de danse Fresco dont la première aura lieu le 11 mai 2021 à Tel Aviv. (Autorisation : Efrat Mazor)

La danse fait partie de ces expressions artistiques qui ont pâti durant la pandémie.

Les vidéos ont pu sembler lentes et molles, et les diffusions en direct n’ont pas toujours valu la peine.

Néanmoins, la créativité n’a nullement diminué.

« L’année a été très artistique », commente Yoram Karmi, chorégraphe et fondateur de la Troupe Fresco. « Nous avons fait le choix de nous immerger dans les activités artistiques ».

‘Kapow,’ un nouveau ballet d’Eyal Dadon pour la compagnie de danse Fresco, dont la première a lieu le 11 mai 2021 à Tel Aviv. (Autorisation : Efrat Mazor)

Et toute cette énergie contenue trouve enfin un moyen de s’exprimer avec la présentation par Fresco – compagnie de danse contemporaine dont les studios se trouvent à la gare routière de Tel Aviv – de « O.K-19 », qui comprend deux œuvres, « Kapow » de Eyal Dadon et « ON » d’Adi Salant. Des ballets à découvrir du 11 mai au 30 mars au Théâtre Inbal, au centre de danse et de théâtre Suzanne Dellal.

La première du spectacle – qui a été nommé en reprenant les initiales des deux œuvres et en rajoutant le chiffre « 19 » qui évoque évidemment la COVID-19 – devait à l’origine avoir lieu au mois de mai 2020. Mais la pandémie de coronavirus en a décidé autrement.

Il y a eu des changements, du côté des danseurs, pendant l’année, ainsi que de nouvelles séries de répétition pour des ballets qui, selon Karmi, « résonnent fortement » avec l’état du monde d’aujourd’hui.

Les deux œuvres contemporaines parlent de force intérieure, de société et de pouvoir, et aussi d’ambitions. Elles se réfèrent au soi et à cette manière dont les individus appréhendent le stress, les anxiétés et les duretés du quotidien.

« Kapow », de Dadon – en référence à ce punch du super-héros souvent illustré par des couleurs brillantes et de fortes exclamations – parle des forces et des faiblesses des êtres humains, et de leurs capacités super-humaines. De l’autre côté, le travail de Salant évoque le stress et l’optimisme persistant malgré les défaites et les tragédies personnelles.

Les deux œuvres sont épuisantes à danser, explique Karmi. Les danseurs montent sur scène, chacun, pendant 30 minutes, avec une pause d’un quart d’heure pour « faire sécher la sueur » et changer de costumes pendant que le public, dans la salle, peut se dégourdir les jambes.

Mais les neuf danseurs de la compagnie sont prêts à faire leur retour sur scène, ajoute Karmi, qui a eu des difficultés à payer sa troupe pendant l’année entière mais qui y est parvenu grâce à des dons. Il a dû se défaire de certains employés administratifs et lui-même ne s’est pas versé de rémunération pendant presque un an.

Il a reçu une grande partie de son budget habituel de la part du ministère de la Culture et des Sports et de la municipalité de Tel Aviv. Et même s’il a été dans l’obligation de se serrer la ceinture, il dit être heureux d’être encore là.

« On ne pouvait pas se permettre de perdre le moral », indique-t-il. « Je pense que finalement, cela ne s’est pas trop mal passé ».

Le travail n’a cessé à aucun moment pendant toute l’année et les chorégraphes ont réalisé soudainement qu’ils avaient enfin le temps de réfléchir et de créer.

« C’est très, très excitant de nous trouver aujourd’hui à nouveau là mais c’est également très effrayant », s’exclame Karmi. « Nous ignorons tout de la nature du public qui va venir nous voir ».

Difficile de dire, en effet, si le public habituel va faire son retour – s’il pourra se permettre d’acheter des billets, si les spectateurs qui avaient pris l’habitude de venir voir des spectacles deux fois par mois pourront encore se permettre de le faire financièrement.

« Je pense qu’il faut que nous fassions nos preuves », dit-il. « Et nous avons travaillé très dur pour être prêts à la fin de l’épidémie de coronavirus ».

Les billets pour O.K-19 coûtent 140 shekels l’unité et ils peuvent être achetés sur internet.

Pour certains danseurs comme Landiwe Khoza, danseuse de ballet d’Afrique du sud qui a rejoint en 2017 l’ensemble Batsheva, la première qui s’annonce sera sa chance de se présenter pour la toute première fois sur scène en tant que danseuse titulaire dans la troupe.

Landiwe Khoza dans ‘Sade’, une œuvre classique de la compagnie de danse de Batsheva (Autorisation : Ascaf)

Khoza va monter sur scène pour « Neige d’été », un nouveau ballet chorégraphié par Ella Rothschild qui a été créé pour Batsheva et qui a été produit en coopération avec la Fondation Mart – à découvrir le 4, le 6, le 28 et le 31 mai ainsi que le 1er juin, le 10, le 12, le 17 et le 19 juin au Centre Suzanne Dellal de Tel Aviv.

L’œuvre contemporaine consiste en une série de scènes surréalistes, à travers lesquelles le public découvre l’histoire d’un personnage, entremêlée à l’histoire des autres. Elle soulève des questions sur les objets, les souvenirs, les aspirations, les déceptions qui agitent les individus, s’interrogeant sur ce qu’il reste quand la vie est bousculée dans ce qu’elle a de plus intime.

« C’est presque comme un film mais en direct, avec beaucoup d’éléments, beaucoup de moments émouvants », explique Khoza. « Ella a une histoire très spécifique et chaque danseur a aussi sa propre individualité, ce qui ajoute une nouvelle profondeur à l’ensemble. On a vraiment le sentiment que chacun quittera le spectacle avec une interprétation différente, mais que chacun aura en commun d’avoir été touché, ému, par ce qu’il a vu. »

‘Neige d’été’, un nouveau ballet de la compagnie Batsheva dont la première aura lieu le 4 mai à Suzanne Dellal (Autorisation : Mart Festival)

Ces interprétations différentes face à une seule danse, qui sont la caractéristique des ballets présentés par la troupe Batsheva, c’est quelque chose que Khoza a appris à apprécier au cours de ses cinq années passées auprès de la compagnie.

D’ailleurs, la majorité des ballets de Batsheva sont improvisés à 30 %, chaque danseur jouissant de sa totale liberté d’interprétation.

« Chacun est autonome, mais tout le monde jouit de cette autonomie au même moment », note Khoza.

Khoza, danseuse classique de formation, était venue dans la compagnie pour un apprentissage aux côtés du principal chorégraphe de la troupe, Ohad Naharin, restant finalement une année entière. Puis elle avait passé – sans s’y attendre, dit-elle – une audition pour intégrer la troupe en 2017 – avec succès – et elle est devenue titulaire en 2020.

« J’adore encore réellement la danse classique, j’adore la regarder et j’adore l’idée même de la danser », explique-t-elle. « J’apprécie d’avoir eu cette expérience dont je peux m’inspirer quand j’en ai besoin ».

‘Neige d’été’, un nouveau ballet de la compagnie Batsheva dont la première aura lieu le 4 mai à Suzanne Dellal (Autorisation : Batsheva)

Cela fait maintenant cinq ans que Khoza a intégré la troupe. Elle raconte qu’au commencement de son aventure, elle avait dit à sa mère qu’elle avait l’impression d’être à nouveau une toute petite fille.

« J’avais eu le sentiment de réapprendre à marcher, de réapprendre comment respirer ou soutenir mon visage », explique Khoza. « J’ai dû apprendre à manier de nouveaux outils et apprendre comment tisser les liens entre ces deux danses ».

Aujourd’hui âgée de 27 ans, Khoza a passé l’année 2020 en Israël, prenant du repos pour guérir d’une blessure. Elle dit s’être sentie très chanceuse de toucher un salaire de Batsheva.

« Je pense que j’ai eu vraiment de la chance de me trouver au bon endroit, au bon moment. C’est un endroit unique qui vous donne beaucoup de liberté, » déclare Khoza.

Les billets pour « Neige d’été » sont mis en vente sur le site du centre Suzanne Dellal.

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