Près de 70 000 personnes à la marche contre l’antisémitisme à Londres
Le grand rabbin du Royaume-Uni et des membres de l'opposition ont pris la parole ; aucun représentant du gouvernement travailliste, qui avait été invité, n'était présent, ont déploré les organisateurs
Environ 70 000 personnes, selon les estimations, ont participé dimanche à la marche contre l’antisémitisme qui était organisée à Londres. Ils ont estimé que ce défilé était un « appel » lancé au pays « à se réveiller » face à la recrudescence des attaques antisémites.
La marche, qui a relié les locaux de la BBC à Parliament Square, a eu lieu à l’initiative du groupe Campaign Against Antisemitism (CAA), avec le soutien d’autres organisations communautaires juives. Parmi les intervenants ont notamment figuré le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis, le ministre conservateur de l’Intérieur fantôme Chris Philp et Richard Tice, vice-président du parti anti-immigration Reform UK.
Les représentants du gouvernement Travailliste au pouvoir étaient manifestement absents, malgré une invitation qui a été envoyée il y a plusieurs semaines, a fait savoir l’organisation CAA.
« La décision scandaleuse du gouvernement de ne pas déléguer de représentant susceptible de s’adresser à la communauté juive au moment où le Royaume-Uni connaît la pire vague d’antisémitisme de son Histoire ne contribuera en rien à rassurer les Juifs britanniques sur le fait que ce gouvernement les soutient réellement, sur le fait qu’il comprend vraiment l’ampleur de la crise », a commenté Campaign Against Antisemitism.
Le groupe a ajouté que la marche avait débuté à la BBC « parce qu’il est impossible de lutter contre l’antisémitisme en Grande-Bretagne sans aborder le problème que pose cette dernière ». La BBC est accusée de partialité anti-israélienne dans sa couverture de la guerre à Gaza par les organisations favorables à l’État juif.
Les participants au rassemblement ont observé une minute de silence en hommage aux victimes du pogrom commis par le Hamas sur le sol israélien, le 7 octobre, quand des milliers de terroristes avaient pris d’assaut le sud du pays, massacrant plus de 1200 personnes et kidnappant 251 personnes qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza. Cette attaque sanglante avait déclenché la guerre qui ravage actuellement l’enclave côtière.
De plus, le défilé a été marqué par le son du shofar, ou corne de bélier, conformément à la coutume juive alors que le Nouvel An juif sera célébré à la fin du mois, a noté Campaign Against Antisemitism, qui a évoqué un « appel au réveil », précisant que « aucun message n’est plus important pour la Grande-Bretagne en ce moment ».
Selon le groupe, le rabbin Mirvis aurait déclaré lors du rassemblement : « Nous vivons une période terrible. Nous avons assisté à une explosion de haine à travers tout le Royaume-Uni. L’antisémitisme est omniprésent à travers tout le Royaume-Uni. Vous le verrez. Vous l’entendrez. Vous le sentirez. Grande-Bretagne, réveille-toi maintenant ! ».
Sur les images du rassemblement, la foule disparaît sous les drapeaux britanniques et israéliens. Les dignitaires qui menaient la marche ont tenu, pour leur part, une grande banderole où était écrit le slogan : « Grande-Bretagne, défends tes valeurs ».
Ce défilé a eu lieu le lendemain de l’annonce, par la police londonienne, de l’arrestation de près de 900 personnes à l’occasion d’une manifestation organisée en soutien à Palestine Action, un groupe anti-israélien inscrit sur la liste noire des organisations terroristes par le gouvernement après que ses membres ont vandalisé des avions après s’être infiltrés dans une base de la Royal Air Force.
Par ailleurs, le groupe Scotland Against Antisemitism a annoncé, dimanche, qu’il avait remis une lettre ouverte au Premier ministre John Swinney, avertissant que les récentes déclarations faites par le gouvernement écossais sur Israël étaient susceptibles d’exacerber l’antisémitisme, accroissant encore les risques pour la communauté juive.
Il a indiqué que la lettre avait jusqu’à présent recueilli quelque 3 000 signatures – des avocats, des éducateurs, des religieux, des étudiants et de simples citoyens vivant en Écosse et ailleurs.
Le groupe a souligné qu’il y a environ 5 000 Juifs vivant en Écosse – ils forment moins de 0,1 % de la population – mais que les crimes de haine commis à l’égard des membres de la communauté avaient représenté 17 % de tous les crimes à motivation religieuse ,l’année dernière.
« Les souffrances humaines à Gaza sont réelles et elles ne peuvent pas être minimisées, et ce n’est pas notre intention de le faire. Mais nous devons être absolument clairs avec vous en ce qui concerne l’impact réel des mesures qui ont été annoncées par votre gouvernement », est-il écrit dans la lettre ouverte. « L’accusation de génocide est l’une des plus graves à figurer dans le droit international. Elle nécessite un niveau de preuve exceptionnel qui ne peut être satisfait, devant un tribunal, qu’en produisant des preuves irréfutables de l’intention ».
« Ni la propagande virale, ni les affirmations faites par des personnalités de l’ONU qui ont été discréditées, comme Francesca Albanese qui nie des atrocités sexuelles avérées et qui est accusée d’avoir falsifié ses diplômes juridiques, ou comme Tom Fletcher, auteur de l’accusation des ’14 000 bébés morts’ qui a été immédiatement démentie, ne sont suffisantes. Le fait que le gouvernement écossais approuve cette diffamation moderne ne sauvera pas une seule vie innocente à Gaza, mais cela encouragera ceux qui utilisent aujourd’hui le langage du génocide pour justifier le harcèlement et l’intimidation des Juifs ici en Écosse », poursuit la lettre.
Elle appelle de surcroît le gouvernement à retirer ses déclarations susceptibles de s’apparenter à de la provocation, à consulter la communauté juive et à mettre en œuvre des mesures concrètes pour garantir sa sécurité.
Par ailleurs, dans la matinée de dimanche, le groupe CAA a diffusé une étude qui a révélé que plus d’un adulte britannique sur cinq avait désormais des opinions antisémites bien ancrées – ce qui représente presque le double du niveau qui avait été enregistré il y a quatre ans. Près de la moitié des personnes interrogées (45 %) ont déclaré croire qu’Israël traitait les Palestiniens de la même manière que les nazis traitaient les Juifs – ils étaient 33% l’année dernière. Chez les 18-24 ans, ce pourcentage a même atteint les 60 %.
Le Community Security Trust, une organisation à but non lucratif qui assure la protection des Juifs britanniques, a déclaré le mois dernier avoir enregistré 1 521 incidents antisémites au Royaume-Uni entre le mois de janvier et le mois de juin 2025.
Un chiffre qui représente une baisse de 25 % par rapport au record historique de 2 019 incidents qui avaient été répertoriés au cours de la même période en 2024 – mais il s’agit du deuxième nombre total le plus élevé jamais enregistré pour une période de six mois, avec plus de 200 incidents par mois.
Il y a eu une recrudescence mondiale de l’antisémitisme dans le sillage de l’attaque sanglante du 7 octobre et de la guerre qui a suivi à Gaza.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.












