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Et si Judith Kaplan, la première bat mitzvah américaine, avait eu Instagram ?

Une série de films et de messages commémorent le 100e anniversaire de la communauté reconstructionniste, pour exposer les jeunes à l'histoire dans un format familier

Le compte Instagram @judithkaplan1922 a pour but de commémorer le 100e anniversaire de la bat mitzvah de Judith Kaplan, la première pour une Américaine. (Crédit : Ironbound Films, Inc./via JTA)
Le compte Instagram @judithkaplan1922 a pour but de commémorer le 100e anniversaire de la bat mitzvah de Judith Kaplan, la première pour une Américaine. (Crédit : Ironbound Films, Inc./via JTA)

New York Jewish Week via JTA – Si Instagram avait existé il y a 100 ans, qu’aurait publié Judith Kaplan, 12 ans, la première Américaine à fêter sa bat mitzvah ?Quelles auraient été ses préoccupations ? Quels sentiments aurait-elle partagés avec ses amis et ses followers sur les réseaux sociaux au sujet de ce grand jour ?

Autant de questions auxquelles le producteur vidéo Mik Moore et le réalisateur Jeremy Newberger ont cherché à répondre lorsqu’ils ont créé le compte Instagram @judithkaplan1922. La mini-série multimédia raconte le jalon juif franchi par Kaplan à travers un média avec lequel la plupart des enfants de 12 ans d’aujourd’hui ne sont que trop familiers.

« L’idée était d’utiliser une plateforme comme Instagram pour raconter l’histoire d’une jeune fille – qui aurait pu utiliser Instagram si cela avait existé », a déclaré Moore à la New York Jewish Week.

Judith Kaplan était la fille aînée du rabbin Mordecai Kaplan, éminent enseignant au Jewish Theological Seminary et le fondateur de la Society for the Advancement of Judaism – la synagogue de Manhattan actuellement connue sous le nom de SAJ-Judaism That Stands for All. Ses idées sur le judaïsme en tant que « civilisation » ont finalement conduit à la fondation du judaïsme reconstructionniste, la plus petite des principales dénominations du judaïsme.

La promotion de 1945 de l’école hébraïque de la SAJ, avec Judith Kaplan Eisenstein – la fille du fondateur de la SAJ, le rabbin Mordecai Kaplan, qui a également eu la première bat mitzvah aux États-Unis – et son mari, le rabbin Ira Eistenstein. (Crédit : Autorisation/via JTA)

Permettre à sa fille de célébrer son passage à l’âge adulte en public – un honneur auparavant réservé aux garçons juifs – n’était qu’un des domaines dans lequel Kaplan et le reconstructionnisme avaient une longueur d’avance : il faudra attendre 50 ans de plus pour que les cérémonies de bat mitzvah se démocratisent dans les synagogues réformées, conservatrices et, par la suite, dans de nombreuses synagogues orthodoxes.

Le compte Instagram, qui comporte 11 épisodes d’une à trois minutes, a été lancé à l’occasion du 100e anniversaire de la bat mitzvah de Judith, le 18 mars 2022.

Cette initiative fait partie d’une série d’événements organisés par la SAJ pour commémorer le centenaire de la congrégation reconstructrice. Parmi les festivités, un événement de célébration a eu lieu en mars en collaboration avec Jewish Women’s Archive, où Dylan Tanzer, l’actrice qui joue Kaplan dans la mini-série, a interprété un monologue.

Le compte Instagram de Judith Kaplan est en partie inspiré du compte  @eva.stories, une série représentant une jeune fille, Eva Heyman, qui raconte ce qui lui est arrivé, à elle et à sa famille, pendant la Shoah. L’objectif est d’intéresser les collégiens à l’histoire dans un format auquel ils peuvent s’identifier et de remettre l’histoire d’une jeune fille au premier plan d’une nouvelle manière.

https://www.instagram.com/reel/CZ9dR-XIp1t/?utm_source=ig_web_copy_link

Pour faire des recherches sur Kaplan , des jeunes filles de 12 ans de New York, du Connecticut, du New Jersey et de Philadelphie ont été sollicitées. Elles ont aidé Moore à rédiger le scénario et à comprendre la présence, sur les réseaux sociaux, d’une préadolescente active sur le plan politique et orientée vers la justice sociale. Les filles lui ont dit que beaucoup de leurs amis utilisaient Instagram pour relayer des infographies sur des causes qui les passionnaient – ​​cela a donné à Moore l’idée de demander à Kaplan de « publier » et de « repartager » des informations et des réflexions sur des événements actuels qu’elle aurait pu rencontrer, comme le le mouvement des suffragettes et les déclarations de la NAACP et de l’American Birth Control League, une première version du planning familial américain.

Moore, qui dirige une agence de création qui produit des vidéos et du contenu pour des campagnes à impact social, a également consulté les biographes de Mordecai Kaplan et des experts de l’histoire des bar et bat mitzvah aux États-Unis pour rechercher le scénario et l’arc narratif de la série.

Tanzer, qui a 12 ans dans la vraie vie et fréquente la Golda Och Academy à West Orange, dans le New Jersey, était l’une des 400 filles qui ont auditionné. Son énergie pour le rôle transperce l’écran alors qu’elle raconte avec empressement à ses followers les discussions qu’elle a avec son père et le stress qu’elle ressent avant son grand jour.

La série a été tournée au cours d’une seule journée de janvier, a déclaré Moore, dans l’appartement de ses grands-parents à Chelsea. Moore, dont la famille appartient à la SAJ depuis des décennies et dont les grands-parents étaient amis avec Kaplan, a déclaré qu’il était intéressant de filmer la série dans un appartement où Judith avait passé du temps. (Quand Kaplan avait 12 ans, elle a vécu dans ce qui est actuellement l’Upper West Side.)

La série est produite par Ironbound Films, et Moore s’est également associé à Moving Traditions, une organisation juive à but non lucratif qui développe des programmes éducatifs pour les adolescents. Chaque épisode a été présenté pour la première fois sur le compte Instagram ; puis ont été  transformés en un court métrage qui pourra être utilisé pendant des cours de préparation à la bar mitzvah et à la bat mitzvah à travers le pays.

Le rabbin Mordecai Kaplan, le fondateur du mouvement reconstructionniste, a reçu le prix Henrietta Szold en 1955. (Crédit : Autorisation/via JTA)

« De cette façon, l’histoire de Judith est transmise à la prochaine génération dans des termes et dans un format potentiellement plus intéressants pour les élèves et adaptés à leur tranche d’âge », a déclaré Moore.

Le compte Instagram vise à rappeler aux spectateurs tout le travail qu’il reste à faire en termes d’inclusion dans le judaïsme. « Je pense que notre génération va changer les choses pour les filles », déclare Kaplan avec ferveur dans un épisode tout en discutant du droit de vote et de son désir d’obtenir un diplôme universitaire.

Kaplan a ensuite obtenu son doctorat au Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion et a enseigné la l’éducation musicale et l’histoire de la musique juive au Jewish Theological Seminary Teachers Institute.

« Il y a des parallèles vraiment intéressants dans l’innovation des bat mitzvahs il y a cent ans avec les ‘b-mitsvahs’ d’aujourd’hui », a déclaré Moore, faisant référence à une cérémonie non genrée pour les enfants trans et non binaires – dont la SAJ a été l’un des pionniers.

« L’un des thèmes est que cette cérémonie à la SAJ il y a un siècle a déclenché des changements radicaux dans le rôle des femmes et des filles dans la vie juive et cela a lancé une tradition où ce genre de changements se poursuit encore aujourd’hui », a-t-il ajouté.

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