Etiqueter des produits, « le contraire du boycott » selon un représentant européen
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Etiqueter des produits, « le contraire du boycott » selon un représentant européen

Les pays qui ne respectent pas les instructions consistant à étiqueter les marchandises en provenance des implantations ne seront pas sanctionnés, déclare un représentant alors que cette mesure contestée s’apprête à entrer en vigueur

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Une ouvrière palestinienne à l'usine SodaStream à Mishor Adumim, le 2 février  2014 (Crédit: Nati Shohat/Flash90)
Une ouvrière palestinienne à l'usine SodaStream à Mishor Adumim, le 2 février 2014 (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

Le système d’étiquetage des produits en provenance des implantations pourrait en réalité engendrer une augmentation de l’ensemble des exportations venant d’Israël. Voilà ce qu’a déclaré un haut diplomate européen, rejetant ainsi les affirmations israéliennes selon lesquelles cette mesure équivalait à un boycott et pourrait gravement nuire au commerce israélien.

Ce mercredi, la Commission européenne de Bruxelles doit publier ses directives relatives à l’étiquetage des marchandises fabriquées ou produites dans les implantations israéliennes en Cisjordanie. Ces directives devraient lier tous les Etats membres, selon un représentant. Toutefois, les pays qui ne respecteront pas les directives n’auront aucune sanction à craindre, a ajouté le représentant.

« Nos statistiques montrent que, dans les pays où [l’étiquetage des produits en provenance des implantations] est en vigueur – comme au Royaume Uni par exemple – le volume global des affaires avec Israël a augmenté, n’a pas diminué depuis que l’étiquetage séparé pour les produits en provenance des territoires disputés a débuté », a déclaré le haut représentant.

« Nous sommes convaincus que les gens qui, pour des raisons politiques, ne veulent pas acheter de produits en provenance des implantations auront des informations plus claires concernant les produits fabriqués en Israël, par conséquent les échanges commerciaux ne connaîtront pas de baisse. Puisqu’au contraire ils ont augmenté depuis l’étiquetage… Jérusalem pense que cela sert le boycott, en réalité c’est l’inverse : c’est le contraire du boycott ».

Israël est fermement opposé à cette démarche européenne, protestant qu’elle isole et discrimine l’Etat juif. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a qualifiée d’ « injuste », déclarant que c’est une « déformation de la justice » qui sape les perspectives de paix israélo-palestinienne.

Mardi soir, Netanyahu a rencontré un groupe bipartisan de sénateurs américains à Washington et les a exhortés à aider Israël à repousser la décision de l’UE d’étiqueter des marchandises en Cisjordanie.

Les 36 sénateurs de tous bords ont envoyé lundi une lettre à Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, pour protester contre ce qu’ils ont qualifié un « boycott de facto » d’Israël. « Nous sommes fermement convaincus que ces efforts ne sont pas garantis, qu’ils sont dangereux et qu’ils constituent un obstacle aux perspectives d’une solution négociée au conflit [israélo-palestinien] », ont-ils écrit.

Jeudi dernier, un groupe de membre de la chambre des Représentants des Etats-Unis a adressé une missive semblable à Mogherini, affirmant que le système d’étiquetage favorise « des mesures commerciales restrictives et illégales contre Israël ».

En Israël, de nombreux hommes politiques de premier ordre, certains appartenant même à des partis de l’opposition, ont qualifié cette initiative européenne d’antisémite, la comparant à l’étoile jaune que les Juifs étaient obligés de porter pendant l’Holocauste.

« Il y a plus de 200 territoires disputés dans le monde et Israël est le seul pays à devoir appliquer cette règle. C’est intolérable », pouvait-on lire mardi sur le site internet du ministère des Affaires étrangères.

Les représentants européens ont démenti en bloc les accusations d’antisémitisme. « C’est un argument émotionnel qui n’a absolument rien à voir avec le problème actuel. Cela ne repose pas sur des motifs politiques. Cela repose sur la logique selon laquelle un produit étiqueté en provenance d’Israël doit réellement venir d’Israël, pas de zones qui ne sont pas internationalement reconnues comme Israël », a rétorqué le haut représentant.

« L’Union européenne fait ce qu’elle a toujours dit : les territoires disputés ne font pas partie de l’Etat d’Israël ».

Etiqueter des marchandises produites en-dehors des frontières reconnues d’Israël signifie simplement que l’Union européenne met en place une politique de longue date. « Voilà ce que fait la Commission européenne mercredi : [elle ne présente pas] une nouvelle législation, seulement une présentation plus claire d’une législation existante ».

« Il n’y aura aucun changement pour les produits en provenance d’Israël à proprement parler. Mais pour les produits issus des zones contrôlées par Israël après 1967, les Etats membres devront se conformer aux exigences en vigueur. Ils devront indiquer si ces produits viennent de zones contrôlées par Israël après 1967 ».

Or, la mise en place de cette législation européenne se fera à la discrétion des Etats membres. « S’ils ne s’y conforment pas, il ne se passera probablement rien. Mais 16 Etats membres m’ont demandé des précisions donc j’imagine que ce sera mis en place [au moins] partiellement », a déclaré le haut représentant.

Lars Faaborg-Andersen, l'émissaire de l'Union européenne en Israël (Crédit : Yossi Zwecker)
Lars Faaborg-Andersen, l’émissaire de l’Union européenne en Israël (Crédit : Yossi Zwecker)

Le mois dernier, l’ambassadeur de l’UE en Israël, Lars Faaborg-Andersen, a déclaré dans une interview que démarquer les produits en provenance des implantations n’a rien à voir avec le mouvement de boycott anti-Israël et que c’est « plutôt un avantage » car cette mesure « pourrait même améliorer » la vente de produits venant d’Israël.

Faaborg-Andersen a déclaré au Times of Israel que l’étiquetage pourrait même nuire aux efforts du mouvement anti-Israël, le BDS (Boycott, Divestment and Sanctions).

En réalité, on pourrait faire valoir que l’étiquetage est « exactement le contraire » du BDS, a-t-il suggéré. « Parce que le BDS est un boycott général qui vise tous les produits israéliens, qu’ils viennent d’implantations et d’autres lieux [dans la Ligne verte]. Ici [avec notre système d’étiquetage], nous faisons une distinction très importante en disant que cela n’a rien à voir avec le BDS. Cela a à voir avec une certaine politique qu’Israël poursuit quand il s’agit des implantations à laquelle nous nous opposons et que nous refusons de soutenir. »

Dans cette optique, la mise en place d’un système d’étiquetage de l’UE pourrait être interprétée comme « un avantage en réalité », a proposé Faaborg-Andersen. Il éloigne clairement l’UE du BDS et « pourrait même améliorer la situation pour les marchandises en provenance d’Israël ».

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