Le représentant de l’UE : je ne comprends pas pourquoi Israël fait tout ce tapage autour de l’étiquetage
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Le représentant de l’UE : je ne comprends pas pourquoi Israël fait tout ce tapage autour de l’étiquetage

Jérusalem déclare fièrement qu’il a le droit de construire partout chez lui, alors pourquoi est-il dérangé si nous marquons les produits des implantations, demande l’ambassadeur Faaborg-Andersen

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Lars Faaborg-Anderson, l'émissaire de l'Union européenne en Israël, dans son bureau à Ramat Gan, le 21 septembre 2015. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
Lars Faaborg-Anderson, l'émissaire de l'Union européenne en Israël, dans son bureau à Ramat Gan, le 21 septembre 2015. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

L’ambassadeur de l’Union européenne en Israël a déclaré qu’il ne parvient pas à comprendre pourquoi Jérusalem fait « autant d’histoires » au sujet du plan de l’UE d’étiquetage des produits israéliens venant de la Cisjordanie, puisqu’Israël a déjà accepté la politique de l’Union de distinguer les produits fabriqués en Israël et ceux des implantations.

Dans un récent entretien, l’Ambassadeur Lars Faaborg-Andersen a déclaré qu’Israël n’est pas timide au sujet des implantations et affirme son droit de construire partout sur sa terre, alors il se demande pourquoi le gouvernement israélien est si fortement opposé à l’étiquetage par l’UE des produits fabriqués là-bas.

Le représentant a rejeté l’idée que l’étiquetage serait équivalent au boycott, expliquant que, au contraire, distinguer les produits des implantations est « en fait un avantage » en ce que cela « pourrait même améliorer » le standing des produits venant directement d’Israël.

L’entretien a été réalisé avant l’arrivée de la vague actuelle de terrorisme et de violence qui submerge Israël, dont l’UE a déclaré que « cela souligne une fois de plus la nécessité d’une solution politique au conflit israélo-palestinien ».

S’adressant au Times of Israel dans son bureau de l’ambassade de l’UE à Ramat Gan, Faaborg-Andersen a déclaré que l’Accord d’Association UE-Israël, qui a été signé en 1995, après avoir été ratifié par le Parlement européen et la Knesset, a pris effet cinq ans plus tard, stipule que les droits préférentiels de douane des produits en provenance directe d’Israël ne s’appliquent pas en dehors des frontières de l’état d’Israël internationalement reconnues.

Israël, tout en étant réticent, a accepté les termes de l’accord, reconnaissant consciemment la politique de l’UE de distinguer Israël et des implantations.

« Alors pourquoi venez-vous 10 ans après [que l’accord ait été signé], objecter sur quelque chose qui a déjà été décidé ?, a-t-il déclaré. Pourquoi n’aviez-vous pas formulé des objections à l’ensemble de l’accord dès le départ ? Pourquoi venez-vous 10 ans après, quand nous ne faisons que mettre en pratique un des détails qui découle de l’accord du départ, faire autant d’histoires là-dessus », a déclaré Faaborg-Andersen.

Jérusalem considère que les implantations sont une démarche totalement légitime, affirme son droit de construire dans sa propre capitale et s’offense que la communauté internationale condamne les annonces de l’expansion des implantations, a déclaré le diplomate d’origine danoise.

« Alors quel est le problème ? Pourquoi avez-vous si peur que l’on précise sur les produits qu’ils viennent d’une implantation ? Vous semblez vraiment fiers de votre démarche d’implantation, alors pourquoi est-ce que cela pose un tel problème ? Cela m’intrigue un petit peu ? »

Jérusalem a réagi avec colère aux commentaires de Faaborg-Andersen. La référence à l’Accord d’Association est « erronée et trompeuse, elle ignore des éléments significatifs », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon au Times of Israel.

« L’accord technique qui a été accepté avec l’UE à l’époque traite seulement avec le droit de l’UE d’exempter [des produits d’implantations] des exceptions de douanes que l’UE elle-même avait accordé [aux produits d’Israël]. Cela ne justifie en aucune manière toute forme de discrimination contre les produits israéliens à travers l’étiquetage ».
Nahshon a également critiqué la stupéfaction exprimée par Faaborg-Andersen quant à l’opposition d’Israël à l’étiquetage malgré le fait d’être « fier » de l’activité d’implantation.

« Le cynisme et le faux humour ne peuvent pas déguiser la nature discriminatoire des mesures qui ont les caractéristiques d’un boycott, a-t-il déclaré. L’UE connaît très bien la position et la politique du gouvernement israélien sur cette question [l’introduction d’un régime d’étiquetage], autour de laquelle il y a un consensus politique en Israël ».

Des politiciens israéliens de la droite au centre ont critiqué avec force le plan de l’UE d’introduire une régime d’étiquetage, que l’on doit annoncer dans les semaines à venir, expliquant que c’est l’équivalent d’un boycott de tous les Israéliens, et faisant des comparaisons avec les politiques nazies contre les propriétaires juifs de magasins.

Rencontre entre la chef de la politique étrangère de l'UE Federica Mogherini (à gauche) et  le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 30 septembre 2015 (Photo: Autotisation/ PMO)
Rencontre entre la chef de la politique étrangère de l’UE Federica Mogherini (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 30 septembre 2015 (Photo: Autotisation/ PMO)

La semaine dernière, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré à la chef de la diplomatie de l’Union Européenne Federica Mogherini, lors d’une rencontre à New York, que le plan d’étiquetage « pour de nombreux Israéliens, cela rappelle les jours sombres en Europe » et « cela durcit l’opinion interne israélienne », selon une déclaration publiée par son bureau.

Faaborg-Andersen a rejeté fermement ces accusations, ajoutant qu’il trouve les affirmations d’antisémitisme européen déplacées dans ce contexte. L’UE ne sera pas découragée par de telles accusations et poursuivra ses intentions, a-t-il assuré.

« Les produits, dont nous parlons seront librement sur le marché européen de 500 millions de consommateurs, a-t-il déclaré. Mais ils seront étiquetés avec une information correcte, qui précise la provenance d’une implantation, et pas d’Israël, a-t-il souligné. L’élément clef ici est qu’il y a une différence entre Israël et tout ce qui est situé au-delà de la Ligne Verte ».

Des comparaisons entre le plan d’étiquetage de l’UE et l’antisémitisme nazi sont « totalement hors de propos », a fulminé l’ambassadeur. « En quoi cela aurait à voir avec de l’antisémitisme, qui est un phénomène répugnant, absolument condamnable comme nous le percevons en UE ? »

‘L’étiquetage pourrait en fait être un avantage pour Israël’

Etiqueter les produits de la Cisjordanie n’a rien à voir avec du boycott, a-t-il insisté. Au contraire, cela pourrait, en réalité, être négatif pour les efforts du mouvement anti-Israël du BDS (Boycott, Disvest et Sanctions), a affirmé Faaborg-Andersen.

En effet, on pourrait argumenter que l’étiquetage est « exactement l’opposé » du BDS, a-t-il suggéré. Parce que le BDS est un boycott général qui cible tous les produits israéliens, des implantations et d’autres endroits [à l’intérieur de la Ligne Verte]. Ici [avec notre plan d’étiquetage], nous opérons une distinction très importante, expliquant que cela n’a rien à avoir avec le BDS. Cela concerne une certaine politique qu’Israël mène au niveau des implantations que nous désapprouvons et que nous ne voulons pas soutenir ».

En ce sens, la mise en place d’un régime d’étiquetage de l’UE pourrait être perçue comme un avantage réel », a affirmé Faaborg-Andersen. Cela distingue l’UE du mouvement du BDS et « pourrait même améliorer la situation des produits en provenance d’Israël ».

Tout en reconnaissant qu’il y a un aspect politique à l’initiative d’étiquetage, et en admettant que ce n’est pas, comme des officiels de l’UE l’expriment parfois, uniquement une question de protection du consommateur, Faaborg-Andersen a nié que cela visait à faire pression contre Israël pour faire des concessions. Après tout, les produits venant des implantations représentent moins d’1 % des exportations israéliennes vers l’UE.

« Je pourrais penser à plusieurs autres domaines dans lesquels nous serions probablement capables de mettre plus de pression, si c’est ce que nous voulions ».

Il y a une grande « préoccupation » au sujet de l’expansion des implantations dans le public européen, qui le perçoit comme « nuisible à l’avancée du processus de paix », a déclaré Faaborg-Andersen. Ainsi, personne ne devrait être surpris de la décision de l’UE d’étiqueter de tels produits, permettant aux consommateurs de connaître l’origine des produits qu’ils trouvent dans les supermarchés.

« Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas d’aspect politique dans tout cela, a déclaré l’ambassadeur.

Si les implantations étaient à un niveau très marginal, alors évidemment il y aurait moins d’attention à cette question en particulier, et cela aurait pu être inutile de mettre en place une telle règle », a-t-il affirmé au sujet des directives d’étiquetage. Mais puisque les « implantations se développent tout le temps », a-t-il déclaré, l’UE se sent obligée d’introduire un mécanisme d’informations des consommateurs sur les origines des produits israéliens.

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