Excuses d’un Allemand dont le grand-père a acheté un magasin à un Juif en 1938
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Excuses d’un Allemand dont le grand-père a acheté un magasin à un Juif en 1938

M. Heidelberger avait dû revendre sa boutique à M. Edelmann en vertu des lois de Nuremberg ; le petit-fils a retrouvé la petite-fille israélienne de M. Heidelberger pour s'excuser

Le magasin de Benjamin Heidelberger à Bad Mergentheim, dans le sud de l'Allemagne, photo non datée (Autorisation)
Le magasin de Benjamin Heidelberger à Bad Mergentheim, dans le sud de l'Allemagne, photo non datée (Autorisation)

Un Allemand qui a découvert que le magasin de son grand-père avait été acheté à un Juif contraint par les lois nazies de le vendre, a récemment pris contact avec la petite-fille israélienne du propriétaire initial pour s’excuser et connaître l’histoire de la famille.

Thomas Edelmann a confié à CNN qu’il avait découvert il y a des années que la boutique de sa famille avait été acquise dans des circonstances douteuses, mais qu’il n’avait jamais su ce qu’il était advenu des propriétaires d’origine.

Cependant, une conversation fortuite sur le sujet avec un représentant de MyHeritage a conduit la société de généalogie à retrouver les parents du propriétaire initial, et même à envoyer à Thomas Edelmann une photo de sa tombe dans le nord d’Israël.

Le premier propriétaire de la quincaillerie de Bad Mergentheim, dans le sud de l’Allemagne, était Benjamin Heidelberger. Mais ce dernier avait été forcé de vendre le magasin à Wilhelm Edelmann lors de l’introduction des lois de Nuremberg, qui ont largement exclu les Juifs de l’économie allemande.

Sous la direction de Wilhelm Edelmann, ce magasin est devenu au fil des ans une chaîne de quincailleries prospère qui existe encore aujourd’hui.

Benjamin Heidelberger s’est enfui en Palestine mandataire peu après, où il a élevé une famille. MyHeritage a mis Thomas Edelmann en contact avec la petite-fille de celui-ci, Hanna Ehrenreich, âgée de 83 ans.

Les deux descendants ont échangé des lettres puis se sont parlé au téléphone.

« Je crois que si ma famille a soutenu l’injustice vécue par vos grands-parents, il est de notre devoir d’en tenir compte et de prendre nos responsabilités, au moins en vous contactant pour écouter et apprendre [votre histoire] », a écrit Thomas Edelmann à Hanna Ehrenreich. « Comme je fais partie de la famille Edelmann, je voulais faire le premier pas et vous écouter ».

La ville allemande de Bad Mergentheim, (Capture écran/YouTube)

Hanna Ehrenreich a raconté à CNN qu’au téléphone, « Thomas voulait savoir comment nous allions. J’ai dit que nous étions heureux et que nous avions eu une bonne vie ».

Elle avait encore une photo de l’ancienne boutique familiale accrochée chez elle.

Elle lui a dit que, contrairement à ses craintes, son grand-père avait en fait été décent envers elle, lui payant le loyer à temps chaque mois avant la vente.

Dans son journal, M. Heidelberger écrit : « Un jour, M. Edelmann est venu me voir et m’a dit que je devais quitter l’Allemagne le plus vite possible. Des actions contre les Juifs étaient prévues, et il s’est senti obligé de me mettre en garde, moi, sa bonne connaissance ».

Il a alors vendu son magasin à M. Edelmann et s’est enfui quelques semaines avant la Nuit de Cristal, les pogroms de novembre 1938 en Allemagne et en Autriche qui tuèrent des dizaines et blessèrent des milliers de personnes suite à l’assassinat d’un diplomate allemand par un Juif.

Hanna Ehrenreich a indiqué à CNN : « J’ai compris que [M. Edelmann] était un homme bon, bien qu’il ait été membre du parti nazi. »

Thomas Edelmann n’a actuellement aucun lien avec la chaîne de quincailleries familiale. Il est toujours mal à l’aise vis-à-vis de son grand-père, qui a acheté le magasin à un prix inférieur à celui du marché.

Les conséquences du pogrom de la « Nuit de cristal » en Allemagne, novembre 1938 (Domaine public)

« Je sais que mon grand-père était un très bon homme d’affaires », a-t-il commenté. « Quand il était étudiant dans les années 20, il était déjà membre du parti nazi, c’est-à-dire avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Je ne crois donc pas qu’il était un homme si bon, je ne suis pas convaincu à 100 %. Je doute qu’il n’ait pas profité de la situation ».

Mais il a dit qu’il était très heureux d’avoir eu l’opportunité de contacter Hanna Ehrenreich.

« Ce fut un moment très émouvant quand j’ai entendu Hanna au téléphone et quand elle m’a parlé de son grand-père », a-t-il relaté. « Bien que sa famille ait été si maltraitée, elle a été très amicale et ne m’a pas tenu responsable de quoi que ce soit ».

Il a dit qu’il était important pour lui d’enseigner cette histoire à son fils de 15 ans.

« Je veux qu’il comprenne ce qu’est et ce que signifie l’histoire. Bien qu’il n’ait rien à voir avec cette histoire-là, c’est notre ancêtre qui a eu un impact sur la vie de toute une famille qui a vécu dans ce pays », a-t-il déclaré. « Je veux qu’il apprenne et comprenne que toutes les décisions qu’il prend ont un impact sur la vie de quelqu’un d’autre ».

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