Explosion à Beyrouth : Le propriétaire du navire lié à la banque du Hezbollah
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Explosion à Beyrouth : Le propriétaire du navire lié à la banque du Hezbollah

Der Spiegel et l'OCCRP affirment que Charalambos Manoli était le véritable propriétaire du Rhosus et qu'une grande quantité de nitrate d'ammonium avait disparu avant l'explosion

Une photo montre le site d'une explosion dans le port de la capitale Beyrouth, au Liban, le 4 août 2020. (Crédit :  STR / AFP)
Une photo montre le site d'une explosion dans le port de la capitale Beyrouth, au Liban, le 4 août 2020. (Crédit : STR / AFP)

Le navire qui transportait l’énorme réserve de nitrate d’ammonium qui a explosé ce mois-ci dans le port de Beyrouth appartiendrait à un homme d’affaires chypriote en lien avec une banque utilisée par le groupe terroriste du Hezbollah, et non pas à un ressortissant russe.

Le Rhosus, sous pavillon moldave, se dirigeait de la Géorgie vers le Mozambique en septembre 2013 avec 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un produit chimique volatil couramment utilisé dans les engrais et les explosifs.

Le navire, qui fuyait et avait d’autres problèmes techniques, s’est amarré à Beyrouth pour charger plus de marchandises. Il n’a finalement jamais quitté la capitale libanaise, car il était jugé non navigable par les autorités locales et ne s’était pas acquitté des frais.

Le nitrate d’ammonium a ensuite été stocké dans des conditions peu sûres au port pendant des années, malgré de nombreuses demandes des autorités de retirer la substance dangereuse de la ville.

À la suite de l’explosion du 4 août, qui a tué au moins 180 personnes et a blessé des milliers d’autres, des informations indiquaient que le Rhosus appartenait à Igor Grechushkin. Cependant, un article publié vendredi par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et le Projet de Signalement du crime organisé et de la corruption (OCCRP) indique que le navire appartenait en fait à Charalambos Manoli et que Grechushkin n’avait qu’affrété que le Rhosus.

Après avoir affirmé avoir vendu le Rhosus à Grechushkin, Manoli a admis à l’OCCRP que l’homme d’affaires russe avait tenté de le lui acheter, mais a refusé de donner plus d’informations.

Selon l’enquête journalistique, Manoli a emprunté 4 millions de dollars en 2011 à FBME, une banque basée en Tanzanie et accusée par les États-Unis de blanchiment d’argent pour le Hezbollah, et une société écran liée au centre de recherche sur les armes chimiques de la Syrie. La banque a ensuite été fermée par la Tanzanie en raison des accusations américaines.

Manoli, qui avait offert le Rhosus en garantie, aurait encore une dette de 1,1 million de dollars envers FBME en octobre 2014. Bien qu’il ait nié tout lien entre ses dettes et la décision d’arrêter le navire à Beyrouth, un enquêteur a déclaré dans le rapport que la FBME était connue pour faire pression sur ses emprunteurs afin qu’ils rendent service à des clients suspects tels que le Hezbollah.

L’acheteur mozambicain du nitrate d’ammonium, Fábrica de Explosivos de Moçambique, ou FEM, n’a jamais réclamé la cargaison après son déchargement à Beyrouth, selon l’enquête. Il relate que le courtier pour le nitrate d’ammonium avait demandé aux autorités libanaises d’en vérifier la quantité et la qualité en 2015, mais n’avait fait aucun effort apparent pour récupérer les produits chimiques.

Selon les journalistes, une grande quantité de nitrate d’ammonium qui se trouvait à bord du Rhosus a disparu de l’entrepôt de la capitale libanaise où il était stocké avant l’explosion d’août. Il y est mentionné une inspection plus tôt cette année, qui signalait qu’une partie de la cargaison n’était plus là, une porte manquante à l’entrepôt, et un grand trou dans le mur. L’article indique aussi des estimations des responsables du renseignement européen enquêtant sur l’explosion, selon lesquelles il s’agissait de 700 à
1 000 tonnes.

Les conséquences d’une explosion massive dans Beyrouth, au Liban le 4 août 2020. (AP Photo/Hassan Ammar)

Cette enquête intervient quelques jours après que le quotidien allemand Die Welt a annoncé mercredi que l’Iran avait fourni au Hezbollah des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium en 2013-2014, à peu près au moment où le Liban a confisqué la cargaison à bord du Rhosus.

Citant les services de sécurité occidentaux, le journal a déclaré que la force extraterritoriale al-Quds de Téhéran avait fourni au Hezbollah quelque 670 tonnes de nitrate d’ammonium pendant la seconde moitié de 2013, pour 72 000 dollars.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a nié « catégoriquement » que son groupe avait stocké des armes ou des explosifs dans le port de Beyrouth.
« Je voudrais exclure absolument et catégoriquement que quoi que ce soit nous appartienne au port. Pas d’armes, pas de missiles, ni de bombes, pas de fusils, ni même de balle et pas de nitrate d’ammonium », a déclaré Nasrallah. « Pas de stockage, rien du tout. Ni maintenant, ni jamais ».

Die Welt a reconnu qu’il n’y avait aucune preuve que le Hezbollah était responsable de l’arrivée du nitrate d’ammonium dans le port. Mais il a laissé entendre que l’intérêt du groupe terroriste pour cette substance aurait pu contribuer à l’incapacité des autorités à la retirer du port.

Le Hezbollah a déjà eu des contacts avec le nitrate d’ammonium, y compris dans des incidents médiatiquement couverts en Allemagne et au Royaume-Uni, dans lesquels ses agents auraient été trouvés avec des quantités non négligeables de la substance. À Londres en 2015, à la suite d’une information du Mossad, les services de renseignement britanniques auraient mis la main sur quatre agents du Hezbollah en possession de trois tonnes de nitrate d’ammonium dans des sacs de farine. Un processus similaire amena à la découverte, en Allemagne, d’agents du Hezbollah disposant de suffisamment de nitrate d’ammonium « pour faire sauter une ville ».

Un reportage de la Treizième chaîne, au début de ce mois a affirmé que le Hezbollah comptait utiliser le stock de nitrate d’ammonium qui a provoqué l’explosion au port de Beyrouth, pour une éventuelle « troisième guerre du Liban » contre Israël. Les sources n’étaient pas citées.

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