L’épidémie provoque la hausse des abandons d’animaux, mais aussi des adoptions
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L’épidémie provoque la hausse des abandons d’animaux, mais aussi des adoptions

Les organisations de protection des animaux en Israël craignent que de nombreux animaux adoptés ne soient renvoyés dans des refuges une fois que la vie reviendra à la normale

Illustration : Chiens errants. (JDMaddox/ iStockphoto, Getty Images)
Illustration : Chiens errants. (JDMaddox/ iStockphoto, Getty Images)

Le coronavirus est synonyme de bonnes et de mauvaises nouvelles pour les chats et les chiens.

Au cours des trois dernières semaines, une quarantaine de chiens et 25 chats ont été abandonnés ou déposés dans des refuges ces dernières semaines en Israël, a fait savoir samedi le porte-parole de l’organisation israélienne SPCA (Société de prévention contre la cruauté envers les animaux).

Gadi Vitner a déclaré à la Douzième chaîne que l’organisation avait constaté une augmentation de 35 % du nombre d’abandons d’animaux domestiques depuis la mise en place des restrictions officielles visant à endiguer l’épidémie de coronavirus.

Il a souligné que l’organisation n’avait jamais connu une telle situation.

« Je travaille dans ce refuge depuis que j’ai 8 ans, et j’en ai presque 50 », a-t-il précisé. « Nous avons survécu à des guerres et à des crises économiques. Mais au cours des deux dernières semaines, les gens ont été emportés par la panique, ils ne savent pas ce qui va se passer, ils abandonnent leurs chiens, ils abandonnent leurs chats », en raison des directives de distanciation sociale, a-t-il commenté.

Pablo, qui a rejoint la SPCA de Tel-Aviv, a maintenant trouvé un nouveau foyer. (Autorisation)

Certaines personnes ont abandonné leurs animaux de compagnie après avoir lu de fausses informations selon lesquelles les chiens et les chats pouvaient être porteurs du Covid-19. D’autres ont perdu leur emploi ou estimaient qu’elles ne pouvaient pas faire face à la situation pour diverses raisons.

Les Israéliens ont également réduit leurs dons à l’organisation. Selon le reportage télévisé, cela serait dû à la hausse du chômage et aux restrictions de mouvement.

Les vétérinaires ont assuré que les animaux domestiques n’étaient pas contagieux en ce qui concerne le Covid-19.

Au cours des deux derniers jours, aucun compagnon à quatre pattes n’a été déposé à la SPCA.

Il y a néanmoins de bonnes nouvelles. Les adoptions ont explosé à la SPCA de Tel-Aviv, venant presque compenser le nombre d’abandons. Selon Gadi Vitner, pendant la même période, une quarantaine d’animaux ont trouvé un foyer.

Les adoptions actuelles sont-elles pour du long terme ?

Gadi Vitner craint qu’à l’issue de la crise et à la reprise du travail et de l’école, de nombreux animaux récemment adoptés seront ramenés au refuge.

Haya Beili, membre du conseil d’administration et bénévole au chenil de Jérusalem, d’une capacité d’accueil de 130 chiens et actuellement presque plein, a fait part de préoccupations similaires.

Un refuge pour chiens à Jérusalem. (Autorisation)

« Nous n’avons pas observé d’augmentation du nombre d’animaux abandonnés. Ils le sont tout le temps. Les gens ont toujours une excuse. Celle qui revient le plus souvent, c’est le manque de moyens ». « Nombre de personnes disent vouloir adopter un chien, mais ce qu’elles veulent vraiment, c’est un jouet, parce qu’elles s’ennuient chez elles. Nous devons être vigilants, j’ai dit non à de nombreuses personnes. Je leur dis qu’un chien est un engagement pour 15 ans, et ils sont surpris. »

« Je crains qu’une fois que les gens seront à court d’argent [pendant la période du coronavirus], ils ne renonceront pas à leur portable ou à leur télévision, ils renonceront au chien. C’est une question de priorité. Cela m’inquiète beaucoup et cela se produira sûrement à mesure que le taux de chômage augmente. »

Yuval Navon, qui a passé 20 ans à travailler dans la high-tech et le tourisme avant de réaliser son rêve et de gérer un refuge pour animaux, s’occupe d’une structure qui couvre la périphérie de Tel Aviv depuis 3 ans.

« A chaque fois que la routine change ; les animaux domestiques en payent le prix », a déploré Yuval Navon, marié à une vétérinaire, avec qui il a deux enfants, cinq chiens et six chats. « Pendant l’été, ils les abandonnent parce qu’ils ne veulent pas payer quelqu’un pour les surveiller pendant qu’ils partent en vacances. »

« Mais c’est une période où les adoptions sont en hausse, et c’est vraiment une période unique maintenant, pendant laquelle les nouveaux propriétaires et les familles ont le temps d’établir une relation avec un nouvel animal ».

Yuval Navon et ses animaux. (Autorisation)

Il a toutefois mis en garde : « vous vous ennuyez peut-être, mais un chien ou un chat, ce n’est pas un jouet. Vous ne pouvez pas dire ‘on verra comment ça se passe’. Nous faisons des vérifications précautionneuses auprès des personnes [intéressées]. Un chien ou un chat, ça apporte tellement de joie. Mais c’est un engagement. Un chat peut vivre 20 ans. »

Yuval Navon a indiqué que son abri – qui a une capacité d’accueil de 50 chiens et chats – met l’accent sur l’engagement communautaire et encourage actuellement les jeunes à promener les chiens des résidents âgés confinés chez eux. « Nous sommes une association à but non lucratif axée sur la communauté et la situation a également généré de très bonnes choses », a-t-il déclaré.

Les dons se font de plus en plus rares

En Israël, chaque refuge – appelé Tza’ar Ba’alei Hayim — est une organisation à but non lucratif indépendante, et adopte une approche qui lui est propre. Certains récupèrent des animaux dans les fourrières municipales et tentent de les faire adopter. D’autres recueillent les animaux abandonnés dans la rue. Une autre catégorie d’organisations ne dispose pas de refuges, mais essaie d’encourager à l’adoption.

Le registre Guidestar, qui répertorie les organisations caritatives en Israël, énumère 21 organisations de protection des animaux, avec un chiffre d’affaires combiné de plus de 43 millions shekels en 2018 – la dernière année pour laquelle des données sont disponibles.

Selon Gadi Vitner, des petits dons mensuels, à hauteur de 12 000 shekels, ont déjà été annulés par des personnes paniquées par le climat d’incertitude. Ils ont toutefois promis de renouveler leurs versements une fois l’épidémie terminée.

« Nous avons un budget mensuel de 350 000 shekels », a-t-il indiqué, « et nous dépendons totalement des dons. C’est notre approvisionnement en oxygène ».

Des chats au refuge pour animaux de Jérusalem. (Autorisation)

Les restrictions portant sur la circulation des personnes édictées pour endiguer la propagation de Covid-19 auront également un impact croissant sur la possibilité d’adoption.

La SPCA israélienne – qui peut accueillir jusqu’à 300 chiens et 70 chats – est actuellement reconnue comme un « service essentiel », et les personnes qui souhaitent adopter peuvent toujours s’y rendre, dans le cadre des règles relatives aux coronavirus. La clinique est ouverte 24 heures sur 24, et les candidats à l’adoption viennent – un par un – pour remplir des questionnaires et rencontrer le conseiller en adoption.

Gadi Vitner révèle que l’organisation fait pression sur les ministères de l’Agriculture et de la Santé pour qu’elle continue à être exclue des règles de confinement. Elle se prépare également à ce que les gens ne soient plus autorisés à venir physiquement.

Toujours à la recherche d’un foyer, d’un chien de famille, abandonné après cinq ans, qui aime les enfants. (Crédit : SPCA Tel Aviv)

Yuval Navon, qui s’est dit prêt à faire des « livraisons à domicile » d’animaux de compagnie, a qualifié les organisations à but non lucratif d’Israël de « cœur de la société ». « Nous allons peut-être faire des entretiens par vidéo, des questionnaires par ordinateur et envoyer des photos de chiens qui pourraient convenir. Ensuite, soit ils viendront les chercher, soit nous irons les voir ».

« Autrefois, je me disputais pour savoir si ma voiture de fonction aurait un toit ouvrant ou non », dit-il. « Aujourd’hui, je comprends que les organisations à but non lucratif sont le monde réel. Ce sont elles qui achètent ce yaourt supplémentaire pour le retraité qui n’a pas d’argent. Ce sont elles qui donnent un abri aux chiens abandonnés. Ce sont des choses qui lient la communauté, qui motivent les gens à faire du bénévolat. Je ne publie pas de photos de chiens tristes sur le point d’être abattus, mais je mets l’accent sur la joie que peut apporter un animal de compagnie. J’aime toujours regarder le verre à moitié plein ».

Le refuge de Yuval Navon a pour but de trouver des foyers pour les chats et les chiens et d’éduquer.  » Mes bénévoles et moi-même donnons des cours à des milliers d’élèves chaque année « , a-t-il déclaré. « Nous travaillons avec 30 groupes de jeunes marginalisés et d’élèves aux besoins spécifiques. Tout cela est arrêté maintenant. Beaucoup de bénévoles ne peuvent pas venir ici à cause des restrictions de mouvement imposées par le coronavirus. Notre travail en cours a subi un grand coup d’arrêt ».

« Les organisations à but non lucratif craignent de ne pas s’en relever »

« Cette période a, et aura, un impact colossal sur les organisations à but non lucratif », redoute Yuval Navon.

« Tout le monde parle des problèmes de la compagnie aérienne nationale israélienne El Al [qui a immobilisé ses avions à cause du coronavirus] et d’autres compagnies, et il est vrai qu’elles ont des problèmes », a-t-il reconnu.

« Mais qui parle du monde associatif aux JT de 20 heures ? Nous craignons tous un de ne pas pouvoir nous en relever ».

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