Eyal Arad : « La seule chose qui pourrait sauver Netanyahu », et 9 autres analyses
Rechercher
Analyse

Eyal Arad : « La seule chose qui pourrait sauver Netanyahu », et 9 autres analyses

Le grand stratège Eyal Arad, que Saar devrait recruter, dit que le Parti travailliste n'est peut-être pas fini... et prévient : c'est l'avion que vous ne voyez pas qui vous abat

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de l'Intérieur Gideon Saar, à la Knesset, le 9 juillet 2013. (Flash 90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de l'Intérieur Gideon Saar, à la Knesset, le 9 juillet 2013. (Flash 90)

Eyal Arad est l’un des stratèges de campagne politique les plus expérimentés d’Israël.

Il a commencé comme porte-parole de Benjamin Netanyahu lorsque celui-ci était ambassadeur d’Israël aux Nations unies au milieu des années 80, et a ensuite joué un rôle majeur dans la première campagne réussie de Netanyahu pour le poste de Premier ministre en 1996.

Les deux hommes se sont cependant brouillés, et Arad a ensuite travaillé comme stratège pour une succession d’opposants directs de Netanyahu, Ariel Sharon, Ehud Olmert et Tzipi Livni.

Lors d’une session organisée jeudi par Media Central, une association à but non lucratif de Jérusalem qui fournit des services aux journalistes, Arad a présenté une série d’aperçus sur les campagnes en cours pour les élections du 23 mars 2021 – la quatrième en Israël en moins de deux ans.

Eyal Arad (Flash 90)

Voici 10 points clés qu’Arad a énoncés, résumés et synthétisés, et qu’il serait bon de garder à l’esprit au moment où se déroule la dernière bataille pour diriger Israël :

1. La cote de popularité de Netanyahu est en baisse, même au Likud. Tout comme les trois derniers scrutins, ces élections sont en grande partie un référendum sur Netanyahu. Par rapport à la question de savoir si l’on peut dire oui ou non à davantage de Netanyahu, il existe des différences relativement étroites entre les différents courants politiques sur les questions politiques actuelles, notamment sur les Palestiniens, la pandémie, les relations avec les États-Unis, l’économie et d’autres sujets. Mais alors qu’il s’agit d’un électorat très confus, et qu’aucun futur Premier ministre n’obtient un taux de popularité proche de 50 %, les chiffres de la popularité de Netanyahu ont diminué – d’environ 15 à 20 % au cours des derniers mois, même parmi les électeurs du Likud, le noyau de sa base.

Netanyahu se bat désormais pour sa survie, sans avoir apparemment échappé à son procès pour corruption. En tant que député ordinaire, et même en tant que chef de l’opposition, il n’aurait aucun moyen de pression pour négocier un arrangement, si jamais il en arrivait là.

2. Combats au sein des blocs. Cette élection sera davantage marquée par des luttes intestines au sein des blocs que par des luttes entre la gauche et la droite. Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, en l’état actuel des choses, il n’y a pas de candidat fort de centre-gauche, alors que la droite se fracture, avec l’émergence de Gideon Saar et Naftali Bennett, rejoignant Avigdor Liberman dans le camp de droite du « tout sauf Bibi », d’autres pouvant encore suivre.

3. La volatilité de l’électorat est incroyablement élevée. Ce qui complique énormément la tâche des instituts de sondage, c’est qu’une proportion étonnante de 50 % de l’électorat indique qu’il n’est pas sûr de savoir pour qui il va voter. Vingt pour cent d’entre eux disent aux sondeurs qu’ils sont indécis. Et 30 % déclarent une préférence, mais ajoutent qu’ils ne sont pas certains. Cela explique en partie les grandes fluctuations que nous observons déjà, avec le parti Yamina de Bennett qui est passé en quelques jours de 20 à 14 sièges, après l’entrée en lice de Saar. Il est probable que d’autres changements de ce type se produiront. Les prévisions des enquêteurs sont donc encore moins fiables que d’habitude.

Le chef de l’opposition Yair Lapid de Yesh Atid-Telem à son bureau de la Knesset, à Jérusalem, le 14 septembre 2020. (Emmanuel Dunand/AFP)

4. Les électeurs de centre-gauche « stockés » avec Saar pourraient encore être courtisés. Les Travaillistes n’ont actuellement aucun espoir de revenir à la Knesset – un effondrement stupéfiant par rapport aux 24 sièges qu’ils ont gagnés en tant qu’Union nationale en 2015. Mais beaucoup de ces électeurs sont toujours là, avec des opinions globalement identiques, et ils cherchent un chez eux. Ils ont soutenu temporairement Kakhol lavan de Benny Gantz, ils ne se sont pas rendus en masse chez Yesh Atid de Yair Lapid, et certains d’entre eux sont « stockés » pour l’instant chez Saar. Mais les données des sondages montrent qu’ils ne l’aiment pas particulièrement ; au contraire, ils n’aiment pas Netanyahu et Saar semble être le challenger le plus crédible de Netanyahu en ce moment.

Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, assiste à la conférence internationale annuelle sur l’innovation municipale à Tel Aviv, le 19 février 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Cela pourrait changer si un sérieux groupement de centre-gauche est formé, comprenant des personnalités telles que le maire de Tel Aviv Ron Huldai, le ministre sortant de la justice Kakhol lavan Avi Nissenkorn, et l’ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. De telles personnes – si elles travaillent également avec Arnon Bar-David, le chef du syndicat de travailleurs Histadrout – pourraient utiliser l’infrastructure organisationnelle encore formidable du Parti travailliste, et le faire renaître.

Tzipi Livni, alors députée de l’Union sioniste, lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 16 juillet 2018. (Miriam Alster/FLASH90)

Ce qui est important dans ce développement potentiel, c’est qu’il déplacerait les sièges de la droite vers la gauche, alors qu’actuellement les sondages montrent qu’il s’agit d’une élection qui, de façon inédite, sera essentiellement disputée à droite.

5. Cinquième round ?! Dans l’état actuel des sondages, il n’y a pas de coalition pro-Netanyahu claire, mais aussi aucune coalition anti-Netanyahu viable. Il y a une majorité potentielle de députés anti-Netanyahu, oui, mais ils sont issus de tous les horizons politiques et ne s’assoient pas facilement ensemble, – c’est le moins qu’on puisse dire. Et donc, la perspective d’une cinquième élection est un scénario tout à fait possible.

Cependant, une baisse continue du soutien au Likud pourrait permettre au camp anti-Netanyahu de réunir une coalition sans lui. Le Likud devrait alors choisir entre rester avec Netanyahu et entrer dans l’opposition, ou l’abandonner. Pour ce que ça vaut, les sondages internes montrent que l’ancien maire de Jérusalem, Nir Barkat, est de loin le candidat le plus populaire pour succéder à Netanyahu à la tête du Likud.

6. L’odeur de la défaite. Malgré le déclin de la cote de Netanyahu, une grande partie de l’électorat ne perçoit pas d’alternative. Netanyahu est le seul poids lourd politique. Saar, Bennett, Lapid et Liberman se regardent tous avec un certain dédain. Chacun pense à l’autre comme « pas mieux que moi ».

Zeev Elkin annonce sa démission du Likud pour rejoindre le parti « Tikva Hadasha » de Gideon Saar, le 23 décembre 2020. (Capture d’écran de Kan TV)

Saar est intelligent et a de l’expérience, mais il manque de charisme et ne suscite pas de passion. Zeev Elkin, dont le discours de démission décrivait en détail ce qu’il considérait comme le recours cynique et délibéré de Netanyahu à ces élections et aux dernières, n’est absolument pas un aimant pour attirer les votes. Il est arrivé troisième sur trois lorsqu’il s’est présenté à la mairie de Jérusalem en 2018. Sa démission n’est pas un coup électoral, mais un coup politique, qui ajoute au sentiment de désintégration du Likud et accentue l’odeur de la défaite.

Le Premier ministre Yitzhak Shamir, (à gauche), s’entretient avec Benjamin Netanyahu, membre de la délégation israélienne, avant le début de la session d’ouverture de la conférence de paix sur le Moyen-Orient, le 30 octobre 1991 à Madrid. (AP Photo/Denis Paquin)

7. La seule voie possible de Netanyahu vers le salut. La pandémie jouera potentiellement un rôle central dans les élections, Netanyahu soulignant déjà son rôle personnel dans la fourniture rapide de millions de doses de vaccins. La grande inquiétude des électeurs concerne le chômage. Yitzhak Shamir a perdu les élections de 1992, bien qu’il soit allé à la conférence de paix de Madrid et qu’il soit resté en dehors de la première guerre du Golfe, parce que le chômage était d’environ 12 %. Il est plus élevé que cela aujourd’hui, et Netanyahu devra s’attaquer au chômage. S’il ne le fait pas, il s’attend à une défaite majeure, un peu comme celle du Likud qui a perdu 12 sièges aux élections de 2006.

A ce propos, le ministre des Finances Israel Katz est le ministre le moins populaire du gouvernement sortant. Si Netanyahu décidait de nommer Katz comme président de sa campagne, il pousserait les électeurs de droite vers Saar et Bennett. En s’appuyant sur sa propre expérience en tant que ministre des Finances, en rassemblant une équipe sérieuse d’économistes, la seule chance de victoire de Netanyahu est de donner le sentiment que lui – et lui seul – peut créer des emplois et lutter contre le chômage. Mais, encore une fois, je ne suis pas sûr que même cela puisse le sauver.

Prof. Gabi Barbash, ancien directeur général du Centre médical Sourasky de Tel Aviv, le 7 avril 2020. (Douzième chaîne)

8. Les recrues de Saar. Pour gagner son pari, Saar doit faire plus que simplement dire que Netanyahu a échoué. Il doit proposer un programme de droite qui ne soit pas trop radical. Et il devrait faire entrer des personnalités crédibles dans son parti. Je ne sais pas si d’autres au Likud ont l’intention de partir, mais Netanyahu les éclipse tous de toute façon. Si l’ancien chef d’état-major Gadi Eizenkot ou le patron d’hôpital Gabi Barbash se joignaient à Saar, cela serait beaucoup plus important que les députés d’arrière-ban du Likud.

9. Évitez de vous associer avec vos adversaires. Ariel Sharon a toujours dit « ne jamais dire jamais » en politique. Comme le souligne le passage de Gantz – du non à Netanyahu au partenariat avec Netanyahu -, le fait est que tout est possible. Mais ce que montre également la démarche de Gantz, et celle de beaucoup d’autres avant lui, c’est que le partenariat avec vos adversaires politiques est la voie de la désintégration. Si Saar veut construire un parti à long terme, veut diriger un gouvernement, et ne peut le faire après les prochaines élections, il sait que la bonne voie serait de passer dans l’opposition. Mais lui et ses collègues seraient-ils prêts à le faire ? C’est là que l’ego entre en jeu.

10. Prenez garde à l’hubris. Netanyahu a peut-être encore des lapins à sortir du chapeau. Je ne les vois pas, mais comme le dit l’armée de l’air israélienne, c’est l’avion que vous ne voyez pas qui vous abat.

La première conférence du nouveau gouvernement d’unité israélien, dirigé par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le leader du parti Kakhol lavan Benny Gantz à la Knesset, le 17 mai 2020. (Alex Kolomoisky/POO)
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...