Face au coronavirus, les courants religieux prodiguent leurs conseils
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Face au coronavirus, les courants religieux prodiguent leurs conseils

Le grand rabbin d'Israël David Lau a affirmé que "suivre les directives du ministère de la Santé" était "une obligation religieuse"

Des personnes portant des masques visitent l'église de la Nativité, vénérée comme le lieu de naissance de Jésus-Christ, dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 5 mars 2020. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Des personnes portant des masques visitent l'église de la Nativité, vénérée comme le lieu de naissance de Jésus-Christ, dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 5 mars 2020. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Renoncer à recevoir l’hostie directement en bouche, éviter les lieux
publics : les dignitaires religieux prodiguent leurs conseils pour lutter contre la propagation du coronavirus en Israël, avec parfois des recommandations plus loufoques comme boire une bière « Corona » en s’adressant à Dieu.

Depuis quelques jours, rabbins, imams et responsables chrétiens tentent d’user de leur influence sur leurs fidèles pour qu’ils respectent les consignes de prévention édictées par les autorités, quitte à en ajouter d’autres.

Certains rabbins ont enjoint aux juifs d’écrire une formule sur un parchemin pouvant servir d’amulette, d’autres ont recommandé de ne plus embrasser la mézouza, petit étui placé aux portes des maisons que l’on touche en entrant, comme le veut une coutume largement suivie, où 39 cas du nouveau coronavirus ont été confirmés à ce jour.

Un autre a distribué de la bière de marque « Corona » à ses fidèles, leur demandant de la boire en réclamant à Dieu de mettre fin à l’épidémie, car « quand on prie et qu’on boit une boisson alcoolisée, les prières ont plus de force », a-t-il affirmé, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

De manière plus sérieuse, la mise en quarantaine, imposée à des dizaines de milliers d’Israéliens selon le ministère de la Santé, pose de nombreuses questions aux juifs orthodoxes qui sont tenus de prier en compagnie d’au moins 10 hommes à la synagogue [le quorum de dix personnes nécessaire à la récitation de certains passages de la prière et à la lecture de la Torah], notamment pendant la fête de Pourim qui débute ce lundi.

Le grand rabbin ashkénaze David Lau (au centre) et le grand rabbin sépharade Yitzhak Yosef (à droite) assistent à une réunion du Conseil du Rabbinat à Jérusalem en novembre 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

Alors, certains rabbins ont autorisé leurs fidèles à l’écouter à la radio, une démarche exceptionnelle.

La plupart des célébrations publiques de Pourim ont été annulées en Israël, où les autorités ont interdit dès vendredi l’entrée sur le territoire -sauf à de rares exceptions – aux voyageurs venant de nombreux pays asiatiques et européens.

Certains rabbins ont par ailleurs tenté, dans des vidéos diffusées sur internet, de trouver des justifications théologiques à l’épidémie elle-même, arguant par exemple que le virus était « la conséquence du fait que les non-juifs mangent n’importe quoi ». Un autre rabbin a justifié l’épidémie avec la tenue des marches des fiertés…

Pour le rabbin ultra-orthodoxe Ron Chaya, l’épidémie est carrément un signe de « la venue du Messie ». « Tous les signes annonciateurs (…) sont maintenant réunis et y rester indifférent serait une tragédie », a-t-il affirmé dans une vidéo vue plus de 50 000 fois.

Le meilleur moyen de se protéger contre la maladie est « d’aller voir un médecin », a toutefois tempéré le rabbin Shlomo Aviner, une figure en Israël.

Et le grand rabbin d’Israël David Lau a affirmé que « suivre les directives du ministère de la Santé » était « une obligation religieuse ».

A Bethléem, en Cisjordanie, toutes les mosquées et églises sont fermées après que 20 personnes ont contracté le coronavirus, les seuls cas côté palestinien.

Des personnes portant des masques visitent l’église de la Nativité, vénérée comme le lieu de naissance de Jésus-Christ, dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 5 mars 2020. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Les autorités palestiniennes ont décrété jeudi l’état d’urgence sanitaire de 30 jours, l’interdiction pendant deux semaines des séjours de touristes en Cisjordanie et la fermeture de la basilique de la Nativité à Bethléem.

Les chrétiens sont appelés à ne prier qu’en petit groupe de 15 personnes maximum et à recevoir l’hostie dans la main plutôt que directement dans la bouche, à l’image de mesures prises ailleurs dans le monde.

En Roumanie, à titre d’exemple, la puissance église orthodoxe a autorisé les fidèles à ne plus embrasser les icônes et à utiliser une cuillère jetable pour la communion. En Grèce, médecins et responsables de santé ont eux dénoncé le fait que messes et communions continuent d’être célébrés.

Alors que le pape a parlé en direct par vidéo dimanche à Rome, le patriarcat latin de Jérusalem a aussi appelé les prêtres à enregistrer leur messe et à la diffuser sur les réseaux sociaux, pour que les fidèles n’aient pas besoin d’aller à l’église.

Les Palestiniens musulmans prient en plus petit nombre qu’habituellement lors de la prière hebdomadaire du vendredi midi devant la mosquée du Dôme du Rocher dans le complexe des mosquées Al-Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem, le 6 mars 2020. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

A Jérusalem, le mont du Temple et l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa ont été désinfectés.

La santé est « plus importante que la pratique religieuse », a affirmé le mufti de Jérusalem Mohammad Hussein à la radio, ajoutant que « se protéger est l’une des bases de l’islam ».

« Si une personne tombe malade, elle doit éviter d’aller dans des lieux publics pour éviter la transmission du virus », a renchéri cheikh Majed Saqer, un responsable du ministère palestinien des Affaires religieuses, dans un entretien à l’AFP.

« La religion musulmane nous enjoint à la propreté (…) et le prophète nous donne des façons de prévenir ces maladies », a-t-il ajouté, concluant : « Si un musulman transmet le virus, on considère qu’il a péché ».

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