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Face au réchauffement climatique, l’Egypte, « dernier refuge des coraux »

Les coraux ne couvrent que 0,2 % des fonds marins mondiaux mais ils abritent au moins un quart de la faune et de la flore marines et plus de 500 millions de personnes en dépendent

Des poissons nagent au large de la côte de Hurghada, station balnéaire de la mer Rouge, en Egypte, le 4 avril 2019. (Crédit : Mohamed el-Shahed / AFP)
Des poissons nagent au large de la côte de Hurghada, station balnéaire de la mer Rouge, en Egypte, le 4 avril 2019. (Crédit : Mohamed el-Shahed / AFP)

Le long de la côte égyptienne, une longue barrière de corail brille de mille couleurs. Ici, en mer Rouge, s’étend ce qui pourrait devenir « le dernier refuge de coraux » au monde, observent des chercheurs.

« Nous avons des preuves solides que cette barrière de corail représente l’espoir pour l’humanité de conserver un écosystème corallien », affirme Mahmoud Hanafy, spécialiste de l’environnement marin à l’Université du Canal de Suez.

Car l’immense récif de la mer Rouge – 5 % des coraux du globe – est « très tolérant au réchauffement des eaux », explique-t-il à l’AFP.

Un atout pour cette côte connue des plongeurs du monde entier, alors que réchauffement climatique et pollution ont déjà emporté 14 % des coraux de la planète entre 2009 et 2018.

Sur les côtes égyptiennes, cependant, un autre danger menace le récif corallien : l’humain avec son tourisme de masse, sa surpêche et le béton qu’il coule.

Des touristes égyptiens et étrangers dans la mer Rouge, au-dessus d’un récif de corail dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh, à la pointe sud de la péninsule du Sinaï, en Egypte, le 29 septembre 2021. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

Morts en 2100 ?

Les coraux ne couvrent que 0,2 % des fonds marins mondiaux mais ils abritent au moins un quart de la faune et de la flore marines et plus de 500 millions de personnes en dépendent directement, pour pêcher, attirer les touristes ou simplement continuer de vivre sur leurs terres, car le récif corallien protège de l’érosion.

Cependant, « si le réchauffement se poursuit », les coraux les moins profonds « ne devraient pas survivre jusqu’à la fin du siècle », préviennent les experts du climat à l’ONU.

Même avec un réchauffement de la planète limité à +1,5 °C en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle, un objectif fixé en 2015 par « l’accord de Paris » mais pour l’heure hors d’atteinte, 99 % des coraux seraient incapables de survivre à des canicules marines de plus en plus fréquentes.

Cet été encore, l’une de ces canicules a fait blanchir 91 % de la Grande Barrière de corail d’Australie, longue de 2 300 kilomètres et classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Les coraux blanchis peuvent se rétablir si les conditions météorologiques s’améliorent, à l’exception de ceux qui ont fortement blanchi ou qui subissent des canicules à répétition.

Des plongeurs près d’un récif de corail de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, sur la mer Rouge, à la pointe sud de la péninsule du Sinaï, en Egypte, le 29 septembre 2021. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

Mémoire de l’époque glaciaire

En Egypte, les coraux semblent défier cette règle. La raison ? « Une mémoire biologique développée au fil de l’évolution », explique Eslam Osman, de l’Université King Abdullah en Arabie saoudite, sur l’autre versant de la mer Rouge.

Avec d’autres chercheurs, M. Osman a établi que les larves de coraux de la mer Rouge sont arrivées de l’océan Indien via le golfe d’Aden, à la fin de la dernière ère glaciaire, il y a de cela 12 000 ans.

« En arrivant par le sud de la mer Rouge, ces larves ont dû traverser des eaux très chaudes qui ont agi comme un filtre et n’ont laissé passer que les espèces pouvant survivre jusqu’à 32 degrés », explique-t-il à l’AFP.

Plus au sud, au Soudan où l’eau est plus chaude, des canicules marines ont créé des épisodes de blanchissement.

Dans un pays déchiré par les conflits, les études sont néanmoins rares et « surveiller » les récifs est « difficile » sans argent, plaide le Conseil suprême pour l’Environnement et les Ressources naturelles.

Dans le nord de la mer Rouge, en revanche, où les températures sont plus clémentes, « les coraux peuvent encore tolérer une hausse d’un, deux ou même trois degrés », souligne M. Osman.

Un récif de corail de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, sur la mer Rouge, à la pointe sud de la péninsule du Sinaï, en Egypte, le 29 septembre 2021. (Crédit : Khaled DESOUKI / AFP)

Zone à défendre

Une telle résilience des récifs coralliens implique une « responsabilité », prévient pour sa part Mahmoud Hanafy. Les acteurs du tourisme en mer Rouge – qui constituent 65 % de ce secteur vital pour l’économie égyptienne en pleine crise – doivent en être conscients, poursuit-il.

Il réclame au ministère de l’Environnement de déclarer zone protégée l’intégralité des 400 kilomètres carrés de barrière corallienne quasiment collés à la rive.

Cela permettrait de renforcer « la tolérance et la résilience des coraux » : « en régulant l’activité des plongeurs et des pêcheurs et en y faisant disparaître les sources de pollution. »

À l’heure actuelle, seule la moitié du récif est protégée et certains sites de plongée dépassent dix à quarante fois leur capacité recommandée, tandis que la pêche devrait être divisée par six pour être durable, ajoute ce spécialiste de l’environnement.

« Il faut absolument préserver le nord de la mer Rouge comme l’un des derniers refuges pour les coraux car cette zone pourrait servir de pépinière pour les projets de régénération (des coraux) à l’avenir », plaide pour sa part Eslam Osman.

En Egypte comme en Arabie saoudite, M. Osman a constaté les dégâts des constructions côtières : « eaux usées » et « sédimentation » de particules provenant des chantiers de construction étouffent les coraux.

C’est un cercle vicieux, dit-il : la résistance des coraux et leurs mille couleurs attirent les touristes… pour lesquels on construit des infrastructures qui font du tort à la barrière de corail.

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