Frictions avec la Turquie : la France exige une réaction de l’Otan
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Frictions avec la Turquie : la France exige une réaction de l’Otan

La France accuse la Turquie de violer l’embargo sur les armes à destination de la Libye et d'avoir visé une de ses frégates lors d'un contrôle de navires

La frégate française Aconit, qui participe actuellement à la mission Irini, au sortir des passes du port de Toulon en septembre 2003. (Crédit : CC BY-SA 3.0)
La frégate française Aconit, qui participe actuellement à la mission Irini, au sortir des passes du port de Toulon en septembre 2003. (Crédit : CC BY-SA 3.0)

La France s’est retirée temporairement mercredi de l’opération de sécurité maritime de l’Otan en Méditerranée, espérant obtenir un soutien plus franc de l’alliance dans ses frictions avec la Turquie, qui se multiplient dangereusement depuis des mois.

« Nous avons décidé de retirer temporairement nos moyens de l’opération Sea Guardian », a expliqué le ministère français des Armées lors d’un point-presse téléphonique, dans un contexte de fortes tensions entre les deux membres de l’Otan, en particulier autour du conflit libyen. 

Paris a pris l’organisation à témoin d’un récent incident naval franco-turc. Elle accuse la Turquie de violer l’embargo sur les armes à destination de la Libye et d’avoir visé une de ses frégates lors d’un contrôle de navires. Ce qu’Ankara dément.

« Il ne nous parait pas sain de maintenir des moyens dans une opération censée, parmi ses différentes tâches, contrôler l’embargo avec des alliés qui ne le respectent pas », a encore fait valoir le ministère.

Au delà de l’incident maritime, « le fond de l’affaire, ce sont les violations répétées de l’embargo par la Turquie et un historique de falsifications et de trafics qui est extrêmement préoccupant ». 

Paris exige notamment, avant de revenir dans l’opération Sea Guardian, « que les alliés réaffirment solennellement leur attachement et leur engagement au respect de l’embargo ». Elle réclame aussi un mécanisme de déconfliction plus précis au sein de l’Alliance atlantique, ainsi qu’une meilleure coopération entre celle-ci et la mission européenne Irini, qui surveille elle aussi le respect de l’embargo.

À la demande de Paris, soutenue par huit pays européens sur un total de 30 membres, l’Otan  s’était saisie de l’incident naval bilatéral. Mais son rapport est classifié et n’a pour l’heure pas fuité à Bruxelles.

La Libye, dossier numéro Un

Mercredi, l’ambassadeur de Turquie en France, Ismail Hakki Musa, l’a pourtant évoqué devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat français.

« Ce n’est pas concluant (…). Les experts de l’Otan, semble-t-il, n’arrivent pas à la même conclusion » que la France, a-t-il assuré. Et d’ajouter : « Il n’y aura plus d’Otan sans la Turquie ! Vous ne saurez pas traiter l’Iran, l’Irak, la Syrie, la Méditerranée au Sud, le Caucase, la Libye, l’Egypte. »

Selon le site du journal L’Opinion à Paris, l’Otan a été informée du retrait français par un courrier de la représentante permanente de la France, Muriel Domenach, au secrétaire général Jens Stoltenberg. Ce « rapport d’enquête n’a pas permis d’établir correctement les faits » juge Paris.

« L’Otan victime collatérale du conflit libyen », a commenté sur Twitter le professeur Michael Tanchum de l’institut de recherche autrichien AIES.

La Libye constitue le plus important d’une série de dossiers opposant la France et la Turquie, qui ne passent guère plus de quelques jours consécutifs sans échanger d’amabilités.  

Les forces loyales au gouvernement d’union nationale libyen (GNA – Government of National Accord), le 18 avril 2019, après avoir pris le contrôle de la région d’al-Aziziyah, située à quelque 40 kilomètres au sud de la capitale libyenne Tripoli, à la suite d’affrontements féroces avec les forces loyales à l’homme fort Khalifa Haftar. (Mahmoud TURKIA / AFP)

La France dénonce de plus en plus vigoureusement l’intervention militaire turque en Libye au côté du gouvernement d’union nationale (GNA) de Tripoli qui, fort de cet appui, a fait reculer les hommes du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est du pays.

Le président français Emmanuel Macron a même jugé lundi que la Turquie avait une « responsabilité historique et criminelle » dans ce conflit, en tant que pays qui « prétend être membre de l’Otan ».

Le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a répliqué en dénonçant l’approche « destructrice » de la France, l’accusant de chercher à renforcer la présence de la Russie, adversaire historique de l’Otan, dans ce pays déchiré par une guerre civile depuis 2011.

Le maréchal Haftar est en effet appuyé par les Emirats arabes unis, l’Egypte et la Russie. La France, bien qu’elle s’en défende, l’a également soutenu, selon nombre d’analystes.

Mais Paris, qui estime que l’alliance ménage la partie turque en dépit de faits censés l’accabler, a réaffirmé avec vigueur refuser la « syrianisation » du conflit libyen, ajoutant qu’elle dénonçait la violation de l’embargo quelle que soit la provenance des armes et leurs destinataires. 

« On n’a jamais été pour la présence russe en Libye, il n’y a pas d’ambiguïté sur notre position », a répété le ministère français des Armées.

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