Gantz : Israël et les US élaborent un plan B si l’accord sur le nucléaire échoue
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Gantz : Israël et les US élaborent un plan B si l’accord sur le nucléaire échoue

Lors d'un briefing très complet, le ministre de la Défense a appelé au renforcement de l'AP et au maintien d'un blocus strict sur Gaza jusqu'à ce que le Hamas libère les captifs

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, prend la parole lors d'une cérémonie de remise des diplômes du Collège de la défense nationale d'Israël, à l'extérieur de Tel Aviv, le 14 juillet 2021. (Crédit : Forces de défense israéliennes) 
Le ministre de la Défense, Benny Gantz, prend la parole lors d'une cérémonie de remise des diplômes du Collège de la défense nationale d'Israël, à l'extérieur de Tel Aviv, le 14 juillet 2021. (Crédit : Forces de défense israéliennes) 

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a déclaré lundi qu’Israël et les États-Unis avaient rétabli leurs liens en matière de renseignement et travaillaient à l’élaboration d’un « plan B » si les pourparlers entre Washington et Téhéran concernant un nouvel accord sur le nucléaire iranien s’essoufflaient, suite à une rencontre entre le Premier ministre Naftali Bennett et le président américain Joe Biden la semaine dernière.

Gantz a averti que si l’Iran se dotait de l’arme nucléaire, cela déclenchera une course aux armements internationale dans laquelle de nombreuses autres nations, au Moyen-Orient et au-delà, tenteront d’acquérir une bombe atomique.

« Les États-Unis et Israël partagent des informations de renseignement, et la coopération avec les États-Unis dans ce domaine ne fait que se renforcer. Nous travaillons avec eux afin d’établir un plan B et de démontrer que s’il n’y a pas d’accord, d’autres activités commenceront, comme l’a dit le président Biden », a déclaré le ministre de la Défense, s’adressant à des correspondants militaires avant le Nouvel An juif la semaine prochaine.

Vendredi, le président américain a déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec Bennett que son administration était « prête à se tourner vers d’autres options » si les pourparlers diplomatiques avec l’Iran venaient à échouer, faisant probablement allusion à la possibilité d’opérations clandestines et de frappes militaires.

La réunion à la Maison Blanche a eu lieu au lendemain de la déclaration par des responsables américains au New York Times que l’administration israélienne précédente avait réduit le partage de renseignements avec les États-Unis après l’entrée en fonction de Biden. Bennett a cherché à rétablir les liens avec les démocrates américains après que leur relation avec l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est détériorée, bien que l’Iran ait été au centre de la réunion de vendredi.

Gantz n’a pas précisé en quoi pourrait consister le « plan B », mais les responsables israéliens ont signalé la nécessité d’une menace militaire crédible pour dissuader l’Iran de se doter d’armes nucléaires.

Les commentaires de Gantz se sont ajoutés à une série de menaces proférées par les responsables de la défense israélienne à l’égard de l’Iran ces derniers jours, notamment le chef d’état-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, qui a déclaré aux journalistes la semaine dernière que l’armée préparait des plans et des fonds pour une éventuelle frappe militaire sur les installations nucléaires de l’Iran.

« Nous allouons des ressources afin de renforcer notre capacité à agir contre les défis de la région, au premier rang desquels l’Iran », a déclaré Gantz.

Le président américain Joe Biden rencontre le Premier ministre Naftali Bennett dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le vendredi 27 août 2021, à Washington, DC. (AP Photo/Evan Vucci)

Le ministre de la Défense s’exprimait lors d’une longue réunion d’information avec les journalistes dans les bureaux du ministère de la Défense sur la base militaire de la Kirya à Tel Aviv. Il s’est concentré sur l’Iran, sur sa rencontre dimanche avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, sur les menaces persistantes de la bande de Gaza suite au conflit du mois de mai avec les groupes terroristes, sur le Moyen-Orient en général et sur les efforts continus du gouvernement pour adopter le budget et financer les programmes du ministère de la Défense.

« Un budget de la défense nous permet de nous réarmer et de disposer de la capacité opérationnelle dont nous avons besoin, parallèlement à d’importantes considérations sociales. Nous travaillons à l’amélioration des fortifications dans le nord et à la construction de la barrière [frontalière libanaise] qui a été retardée pendant des années », a déclaré Gantz.

Faisant référence aux récents efforts du gouvernement pour encourager les hommes ultra-orthodoxes à effectuer leur service national, le ministre de la Défense a déclaré qu’il s’efforçait d’étendre cette mesure afin d’amener une plus grande majorité d’Israéliens à s’enrôler, avertissant que si cela n’est pas accompli au cours de la prochaine décennie, Israël sera contraint de passer à une armée professionnelle et volontaire.

« L’objectif est de faire en sorte que plus de 70 % des gens effectuent leur service militaire chaque année, alors qu’aujourd’hui ils ne sont que 50 % environ », a déclaré Gantz.

Le ministre de la Défense a indiqué qu’il avait donné des instructions aux soldats de Tsahal pour qu’ils commencent à se préparer à l’éventualité de devoir continuer à soutenir la réponse nationale à la pandémie jusqu’à la fin de 2022, après avoir initialement prévu de réduire la participation de l’armée à ces efforts suite à la campagne de vaccination massive de cette année.

Renforcer l’Autorité palestinienne

Gantz a réitéré son soutien au renforcement de l’Autorité palestinienne, qui travaille en étroite collaboration avec Israël sur les questions de sécurité, notamment contre le Hamas et d’autres groupes terroristes en Cisjordanie. Toutefois, l’Autorité palestinienne est souvent critiquée en Israël pour son soutien financier au terrorisme sous la forme d’allocations versées aux familles de Palestiniens emprisonnés en Israël pour terrorisme ou tués lors d’attentats terroristes, ainsi que pour ses efforts répétés pour obtenir la reconnaissance unilatérale de son statut d’État dans des forums internationaux tels que les Nations unies.

« J’ai dit à Abbas que nous n’allions nulle part et que les Palestiniens n’allaient nulle part. Je me suis rendu à la réunion afin d’instaurer la confiance et de préserver les intérêts de l’État d’Israël et les liens importants que nous avons avec l’Autorité palestinienne, que nous devons, selon moi, renforcer », a déclaré Gantz.

« Plus l’Autorité palestinienne se renforce, plus le Hamas s’affaiblit, et dans la mesure où elle a une meilleure gouvernance, nous aurons plus de sécurité et nous devrons moins agir », a-t-il ajouté.

Le ministre de la Défense n’a pas évoqué la possibilité d’une reprise des pourparlers de paix avec les Palestiniens, et un responsable proche du Premier ministre a déclaré aux journalistes plus tôt dans la journée qu' »il n’y a pas de processus diplomatique avec les Palestiniens et il n’y en aura pas ».

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a prononcé un discours sur la pandémie de coronavirus, au siège de l’AP dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 5 mai 2020.

En ce qui concerne la bande de Gaza, qui a récemment connu une augmentation significative de la violence le long de la frontière, Gantz a déclaré qu’Israël maintenait sa politique consistant à subordonner la reconstruction complète et le développement futur de l’enclave à la libération de deux civils israéliens et des restes de deux soldats de Tsahal détenus par le Hamas.

Le ministre de la Défense a déclaré que l’armée continuerait également à frapper plus vigoureusement qu’elle ne l’a fait par le passé en réponse à des actes de violence de faible intensité le long de la frontière, tels que le lancement de ballons incendiaires.

« Nous avons dit que ce qui a été ne sera plus, et ce qui a été n’est pas ce qui se passe maintenant. Cela concerne la nature et la force de nos représailles, le mécanisme différent par lequel les fonds qataris sont transférés, ainsi que les questions civiles et la dépendance de la reconstruction vis-à-vis des captifs, comme je l’ai dit à la fin de l’opération », a déclaré Gantz.

Faisant écho à des commentaires similaires faits récemment par le chef d’état-major, Kohavi, le ministre de la Défense a averti qu’Israël pourrait être au début d’une nouvelle série de combats à Gaza, poursuivant la campagne du conflit de 11 jours de mai, connu en Israël sous le nom d’opération « Gardien des Murs », si la violence le long de la frontière se poursuit.

« Nos frappes à Gaza ont été précises et ont touché des installations de réarmement qui sont douloureuses pour le Hamas et qui le privent de capacités. Je ne peux pas promettre que nous n’aurons pas à poursuivre un 12e jour de Gardien des Murs », a-t-il déclaré.

Gantz a également noté que les attaques à la roquette depuis le Liban, qui ont commencé pendant l’opération « Gardien des Murs », semblent être l’œuvre de cellules terroristes palestiniennes liées au Hamas.

Pendant les combats à Gaza, trois tirs de roquettes ont été lancés sur le nord d’Israël, sans faire de blessés ni de dégâts. Une quatrième attaque a été lancée le 20 juillet et une cinquième le 4 août par ces cellules palestiniennes.

L’artillerie israélienne tire en direction du Liban depuis une position près de la ville de Kiryat Shmona, dans le nord du pays, suite à des tirs de roquettes du Hezbollah depuis le côté libanais de la frontière, le 6 août 2021 (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

« Nous avons vu que le Hamas International tente de créer une infrastructure au Liban », a déclaré Gantz.

L’armée israélienne ne considère pas ces cellules comme une menace majeure, mais elle a affecté des ressources supplémentaires en matière de renseignement à leur surveillance. La principale menace au Liban reste la milice terroriste du Hezbollah, soutenue par l’Iran.

Après qu’Israël a riposté avec force à l’attaque du 4 août, le Hezbollah a tiré 19 roquettes sur le nord d’Israël, la première fois que l’organisation a lancé ouvertement une telle attaque depuis la deuxième guerre du Liban en 2006. Ces tirs de roquettes depuis le Liban ont fait planer le spectre d’une éventuelle guerre sur deux fronts à l’avenir, dans laquelle Israël devrait combattre à la fois le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban.

« La situation humanitaire au Liban est très préoccupante, mais les efforts de réarmement du Hezbollah le sont tout autant. Nous sommes préparés à l’éventualité de combats sur le front nord, y compris une situation dans laquelle nous nous battrions sur les fronts nord et sud », a déclaré Gantz.

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