Gantz : Israël va vers un troisième scrutin parce que Netanyahu veut l’immunité
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Gantz : Israël va vers un troisième scrutin parce que Netanyahu veut l’immunité

Gantz s'exprimait à une conférence de la Knesset sur la "protection de l'Etat de droit" organisée par l'élue travailliste-Gesher Revital Swid

Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz s'exprimant lors d'une conférence à la Knesset organisée par l'élue Travailliste Gesher Revital Swid (centre) sur 'la protection de l'Etat de droite", le 11 décembre 2019. (Elad Malka/Kakhol lavan)
Le chef de Kakhol lavan Benny Gantz s'exprimant lors d'une conférence à la Knesset organisée par l'élue Travailliste Gesher Revital Swid (centre) sur 'la protection de l'Etat de droite", le 11 décembre 2019. (Elad Malka/Kakhol lavan)

Alors qu’il ne reste que quelques heures avant que la Knesset ne convoque les troisièmes élections en l’espace d’un an en Israël, Benny Gantz, le chef du parti Kakhol lavan, a déclaré mercredi que le pays allait probablement se diriger vers un autre scrutin uniquement parce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu cherchait à obtenir l’immunité contre des poursuites judiciaires.

Gantz, qui s’exprimait à une conférence de la Knesset sur la « protection de l’État de droit » organisée par l’élue travailliste-Gesher Revital Swid, a dénoncé : « il semble maintenant que nous allions vers un troisième scrutin aujourd’hui à cause de la tentative de Netanyahu d’obtenir l’immunité ».

Intervenant lors d’un meeting de son propre parti Yisrael Beytenu, Avidgor Liberman a renvoyé dos à dos Kakhol lavan et le Likud en déclarant « les deux grands partis, qui disposent ensemble de 65 sièges, sont responsables ».

Si aucun candidat ne reçoit le soutien de 61 députés d’ici minuit mercredi, des élections nationales seront automatiquement convoquées. Du fait de différents impératifs de calendrier, le Knesset va voter aujourd’hui un projet de loi pour fixer la date des élections avant la fin de la période d’attente obligatoire de 90 jours, le 2 mars.

Kakhol lavan et le Likud se sont dits en faveur d’un gouvernement d’unité. Netanyahu a refusé de démissionner et a insisté pour diriger l’exécutif pendant les premiers mois de l’accord de rotation, alors que Gantz a refusé de servir dans un gouvernement Netanyahu tant que le statut juridique du Premier ministre n’était pas tranché.

Esther Hayut, présidente de la Cour suprême (C) est entourée du Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et de Benny Gantz (à gauche), chef du parti Kakhol lavan, lors d’une cérémonie commémorative pour feu le président Shimon Peres, au mont Herzl à Jérusalem, le 19 septembre 2019. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Netanyahu est inculpé pour fraude et abus de confiance dans trois affaires, mais aussi pour corruption dans l’une d’entre elles. Il nie toute malversation et accuse la police et les procureurs de mener une « tentative de coup d’État » contre lui.

Lors de la conférence, Gantz a estimé que ce dernier prévoyait de profiter de son immunité parlementaire afin d’éviter des poursuites et que son « recours à la loi d’immunité est excessif ».

« Nous devons nous opposer à cela », a-t-il déclaré.

Netanyahu n’a pas encore annoncé s’il cherchait ou non à obtenir l’immunité des poursuites, mais devrait très probablement le faire.

La semaine dernière, le procureur général Avichai Mandelblit a transmis au président de la Knesset, Yuli Edelstein, les documents d’inculpation contre le Premier ministre, publiés pour la première fois le 21 novembre, lançant ainsi le compte-à-rebours de 30 jours dont dispose Netanyahu pour demander une immunité parlementaire.

En raison de l’impasse politique dans laquelle se trouve actuellement le pays, la question de l’immunité ne sera probablement pas discutée par la Knesset avant plusieurs mois, retardant ainsi le dépôt officiel des plaintes contre Netanyahu.

La Commission de la Knesset, qui examine les demandes d’immunité, ne fonctionne pas en pleine impasse politique après deux élections qui n’ont pas permis de former un gouvernement. Un troisième scrutin se profilant, la Commission resterait inactive pendant plusieurs mois. Eyal Yinon, le haut conseiller juridique du Parlement, a statué la semaine dernière que l’inculpation de Netanyahu devait être reportée jusqu’à ce que la Commission de la Knesset décide s’il faut ou non octroyer l’immunité au Premier ministre.

Pour Gantz, les lois d’immunité « ne sont pas pensées comme une immunité pour les élus, mais plutôt comme un moyen de leur permettre de réaliser leurs mandats. Nous travaillerons dans cette Knesset, si elle devait se maintenir, ou dans la prochaine Knesset pour examiner le sujet et le régler. »

« Il n’y a aucune place pour l’immunité. La loi d’immunité en Israël doit évoluer et être utilisée dans le cadre pour lequel elle a été pensée », estime-t-il.

Liberman, qui a refusé d’apporter les huit sièges d’Yisrael Beytenu dans une coalition qui n’inclurait pas à la fois le Likud et Kakhol lavan, a accusé les deux partis d’avoir opéré « des coups de bluff » lors des négociations, en affirmant vouloir l’unité tout en bloquant les négociations.

« Au Likud, il était clair, et il est encore clair aujourd’hui, qu’il n’est pas de leur intérêt d’avoir un gouvernement réduit ou large, mais un gouvernement de 61 élus sans Beytenu afin de résoudre d’autres problèmes liés à des affaires d’État », a-t-il dénoncé, faisant allusion aux efforts de Netanyahu pour obtenir l’immunité.

« Kakhol lavan s’est comporté de manière honteuse. Ils ont trompé leurs électeurs », a-t-il attaqué.

Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, prend la parole lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 18 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Et, lançant officiellement la campagne de son parti pour le troisième scrutin, Liberman a ajouté : « Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour former un large gouvernement national. Nous voulons faire appel aux personnes de bons sens dans ce pays. Nous ne pouvons pas accepter le fait qu’un problème personnel du Premier ministre dirige l’État. Ou que trois chefs veulent former un gouvernement avec Ayman Odeh [président de la Liste arabe unie] et la Liste arabe unie [alliance à majorité arabe] ».

Ni Kakhol lavan ni le Likud ne dispose d’assez d’alliés pour former un gouvernement sans l’autre ou sans le soutien du parti Yisrael Beytenu d’Avidgor Liberman. Mais les deux formations n’ont pas réussi à faire avancer les négociations d’unité.

De son côté, le président de la Liste arabe unie a répondu à Avidgor Liberman après que ce dernier a répété l’accusation que des membres du parti à majorité arabe sont des soutiens du terrorisme.

« Nous faisons la différence entre le public russe, et le raciste corrompu qui dirige un parti de pacotille appelé Yisrael Beytenu », a ainsi tweeté Odeh.

« Le seul budget que Liberman ait passé dans sa vie était sur le compte en banque de sa fille », a-t-il raillé. Il y a presque dix ans, la police a ouvert une enquête sur l’ancien ministre de la Défense concernant des accusations selon lesquelles l’argent transféré par des sources étrangères inconnues à une entreprise appartenant à sa fille avait ensuite été utilisé pour lui verser des millions de shekels. Aucune poursuite n’avait jamais été engagée.

« Les quinze sièges pour la Liste arabe unie [dans la prochaine élection] le renverront [à son statut de] voyou irrespectueux », a poursuivi Odeh.

A LIRE : Une ex-procureur déplore l’échec de l’inculpation de Liberman

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