Golan : la reconnaissance US condamnée par la Syrie, la Russie et l’Iran
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Golan : la reconnaissance US condamnée par la Syrie, la Russie et l’Iran

L'annonce de Trump de la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan - renversant 50 ans de politique - aurait pris de court responsables israéliens et américains

Un jeune résident druze du plateau du Golan brandit le drapeau national syrien durant un rassemblement dans le village de Majdal Shams, sur le plateau du Golan, le 14 février 2019 (Crédit :  JALAA MAREY / AFP)
Un jeune résident druze du plateau du Golan brandit le drapeau national syrien durant un rassemblement dans le village de Majdal Shams, sur le plateau du Golan, le 14 février 2019 (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

La Syrie, la Russie et l’Iran, trois pays alliés, ont condamné vendredi la reconnaissance par le président américain Donald Trump de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, capturé par l’Etat juif à son voisin du nord pendant la guerre des Six jours de 1967.

« Après 52 ans, il est temps pour les Etats-Unis de reconnaître pleinement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, qui a une importance stratégique pour l’Etat d’Israël et la stabilité régionale », a tweeté le président américain au moment où son chef de la diplomatie Mike Pompeo se trouvait à Jérusalem.

Cette visite et le tweet de Donald Trump ont été interprétés comme un coup de pouce au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui est en pleine campagne électorale pour les législatives du 9 avril.

Citant une source non-identifiée du ministère des Affaires étrangères, l’agence de presse officielle syrienne SANA a qualifié la décision « d’irresponsable ». C’est « une violation flagrante du droit international » et des résolutions des Nations unies concernant le statut du territoire, a-t-elle ajouté.

« La position américaine sur la partie occupée du Golan syrien reflète clairement le mépris des Etats-Unis pour les règles internationales et leur violation flagrante du droit international », a estimé la source.

Pour le régime syrien, les déclarations du président américain « confirment une nouvelle fois le parti pris aveugle des Etats-Unis en faveur de l’occupation sioniste et leur soutien à cette attitude agressive » (des Israéliens), selon le ministère. Mais « les déclarations du président américain et de son administration ne changeront rien au fait que le Golan est et restera arabe et syrien ».

Ces commentaires sont la première réaction à l’annonce-surprise faite par Trump dans la soirée de jeudi, qui a entraîné des réactions largement mitigées au sein de la communauté internationale.

Un faux panneau vers Damas, capitale de la Syrie, et la silhouette d’un soldat dans un vieil avant-poste du plateau du Golan à proximité de la frontière avec la Syrie, le 10 mai 2018 (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

La Russie, un soutien déterminant de la Syrie qui lutte aux côtés des forces loyales à Bashar al-Assad dans la guerre civile syrienne, a condamné la déclaration de Trump, évoquant une violation des décisions de l’ONU.

« La Russie, comme vous le savez, adopte une position de principe sur la question de la propriété par la république arabe syrienne du plateau du Golan… Notre conviction de la nature illégale de la décision israélienne d’étendre sa souveraineté sur le plateau du Golan reste inchangée », a fait savoir la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova selon le site Sputnik, sponsorisé par le Kremlin.

« Changer le statut du plateau du Golan en contournant le Conseil de sécurité est une violation flagrante des décisions prises par les Nations-unies », a ajouté Zakharova.

L’Iran, autre allié déterminant du régime d’Assad, a affirmé que cette initiative était illégale.

« Cette reconnaissance illégale et inacceptable ne change pas le fait que le Golan appartient à la Syrie », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Bahram Qasemi, des propos repris par Reuters.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a averti que l’annonce américaine avait mis la région au bord de la crise.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’adresse aux parlementaires musulmans pendant une rencontre consacrée à Jérusalem à Istanbul, le 14 décembre 2018 (Crédit : Service de presse présidentiel via AP, Pool)

« Nous ne pouvons pas permettre la légitimation de l’occupation du plateau du Golan », a-t-il expliqué vendredi matin dans un discours prononcé lors d’une réunion de l’Organisation de la coopération islamique, selon Reuters.

Avec le style qui est le sien, Trump a fait son annonce sur Twitter, rompant plus de 50 années de politique américaine depuis la capture par Israël du plateau stratégique de Syrie.

Cette démarche de Trump a pris au dépourvu les responsables israéliens et américains, selon l’agence de presse McClatchy.

« Nous avons tout appris par ce tweet », aurait déclaré un responsable israélien. « Cela fait longtemps que nous exercions des pressions en faveur de cette reconnaissance, mais elle n’est pas le fruit d’un appel. Il y a bien eu des allusions à ce sujet mais nous n’avions pas été avertis au préalable. »

Une autre source israélienne a fait savoir à l’agence de presse que les leaders israéliens avaient eu l’information de cette reconnaissance peu de temps avant la parution du tweet, comme cela avait déjà été le cas lors de l’annonce abrupte par Trump, au mois de décembre, du retrait des soldats américains de Syrie.

Les négociateurs pour la paix au Moyen-Orient du président américain et le département d’Etat auraient également été pris par surprise, les responsables américains s’étaient attendus à ce que cette annonce soit faite lors de la visite du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, la semaine prochaine.

Netanyahu est apparu ravi, saluant cette décision lors d’une conférence de presse organisée jeudi à Jérusalem aux côtés du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, qui a eu l’air « pris au dépourvu », a noté le New York Times.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à droite, accueille le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo à sa résidence de Jérusalem, le 21 mars 2019 (Crédit : Jim Young/Pool/AFP)

Alors que le moment choisi pour l’annonce de Trump a été inattendu, il y a eu un certain nombre de signes augurant d’un changement prochain de la politique américaine – notamment avec l’évocation par le Département d’Etat du plateau du Golan « sous contrôle israélien » au lieu « d’occupé par les Israéliens » pour la toute première fois, selon un rapport sur les droits de l’Homme diffusé la semaine dernière.

Le tweet de Trump n’a pas été précédé par une révision politique, selon McClatchy. Si le président américain fera suivre cette annonce par une reconnaissance plus officielle – telle qu’une ordonnance d’exécution – reste pour le moment indéterminé.

Il est difficile également de savoir si Israël répondra par une initiative propre. L’Etat juif n’a jamais officiellement annexé le plateau du Golan même s’il a étendu la loi israélienne sur le territoire en 1981 – une démarche qui n’a jamais été reconnue par la communauté internationale.

Le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, visite le mur Occidental dans la Vieille ville de Jérusalem, le 6 janvier 2019. (Ziv Sokolov/Ambassade américaine à Jérusalem)

Citant des responsables de la Maison Blanche qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat, l’agence de presse McClatchy a noté que le conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, avait tenu un rôle essentiel dans cette décision suite à sa visite en Israël au mois de janvier, la considérant comme le signal de l’attachement à l’Etat juif des Etats-Unis suite à l’annonce par le président américain du retrait de ses forces en Syrie.

L’ambassadeur américain David Friedman aurait également prôné cette reconnaissance pour les mêmes raisons.

Ces dernières années, Israël a averti que son ennemi juré, l’Iran, tentait d’établir une présence militaire en Syrie susceptible de menacer l’Etat juif. Le pays a fait des centaines de frappes militaires sur des cibles liées à l’Iran.

Le déclenchement de la guerre en Syrie, en mars 2011, avait attisé les tensions sur le Golan.

« C’était une demande », a déclaré un responsable américain à McClatchy. « Et en raison du timing – c’est devenu soudainement un problème cohérent concernant l’Iran ».

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