Google appelé à bannir les pub pour les options binaires et les crypto-monnaies
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Google appelé à bannir les pub pour les options binaires et les crypto-monnaies

Les autorités canadiennes et américaines ont expliqué au géant de l'Internet comment la publicité permet aux escrocs de trouver des victimes et lui ont demandé de suivre Facebook

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Mogo de la multinationale américaine Google (AFP PHOTO / LOIC VENANCE)
Mogo de la multinationale américaine Google (AFP PHOTO / LOIC VENANCE)

Suite à l’annonce de Facebook la semaine dernière qui a déclaré qu’il interdisait toute publicité pour les options binaires, les crypto-monnaies et les offres initiales de pièces de monnaie (ICO), un organisme de réglementation canadien a demandé à Google de faire de même.

Jason Roy, enquêteur à la commission des Valeurs mobilières du Manitoba et président du Groupe de travail sur les options binaires du Canada, a déclaré au Times of Israel : « nous sommes très heureux de la décision de Facebook. Mon espoir est que Google adoptera une politique similaire, où ils nomment spécifiquement des produits comme les options binaires, des ICO et des crypto-monnaies »

Le 30 janvier, Facebook a annoncé qu’il interdisait toute publicité pour les options binaires, les crypto-monnaies et les offres initiales de pièces de monnaie, après de nombreux mois de pressions de la part du FBI et des autorités boursières canadiennes qui enquêtaient sur la fraude en ligne.

Les options binaires sont une fraude israélienne récemment déclarée illégale et dont on estime qu’elle rapporte 5 à 10 milliards de dollars par an avant que l’escroquerie ne soit révélée.

« Nous avons créé une nouvelle politique interdisant les publicités qui font la promotion des produits et des services financiers fréquemment associés à des pratiques promotionnelles trompeuses ou mensongers, comme les options binaires, les offres initiales de pièces de monnaie et la crypto-monnaie », a écrit Rob Leathern, le directeur de Facebook le 30 janvier dans un blog lors de l’annonce de l’interdiction de la publicité.

Jason Roy, président du groupe de travail sur les options binaires du Canada (Canada’s Binary Options Task Force) (Autorisation)

Mais Google, qui selon les experts de l’industrie génère une grande partie du trafic payant pour les options binaires frauduleuses, la crypto-monnaie et les sociétés ICO, n’a pas encore banni ces publicités.

Interrogée par le Times of Israel pour savoir si le réseau social allait adopter une interdiction similaire, la porte-parole de Google, Roni Levin, a répondu dans un courrier électronique que « nous interdisons et appliquons déjà l’interdiction sur les annonces trompeuses et les fausses déclarations dans toutes les catégories. Voici les politiques sur les Fausses déclarations et les annonces trompeuses. »

Une rapide recherche sur les « options binaires » ou les « crypto-monnaies » dans la barre de recherche Google révèle que la société vend encore des annonces pour ces produits.

Roy a déclaré que les autorités canadiennes et d’autres autorités attendent que Google suive l’exemple de Facebook et adopte une interdiction spécifique.

« Ce qui s’est passé, c’est que le groupe de travail sur les options binaires du Canada ainsi que le FBI ont expliqué à Facebook quelles étaient leurs préoccupations et que ces types d’annonces font en sorte que les gens deviennent des victimes. Nous avons parlé à Google et avons eu des discussions similaires et nous attendons qu’ils prennent des mesures similaires. »

Roy et le FBI discutent depuis des mois avec Google et Facebook de la prédominance de la publicité pour l’industrie des options binaires, qui sont généralement frauduleuses. L’industrie, au travers de laquelle des victimes du monde entier ont été escroquées au cours des dix dernières années, a finalement été mise hors-la-loi par la Knesset en octobre, à la suite des articles du Times of Israel publiés depuis mars 2016.

Selon une source proche de l’industrie des options binaires, certaines sociétés d’options binaires israéliennes ont simplement changé le produit qu’elles vendent et l’ont transformé en crypto-monnaie et en ICO, et ont continué à escroquer les clients en utilisant des scripts et des techniques similaires.

« Ils ont juste retiré l’autocollant de leur porte et l’ont remplacé avec un nouvel autocollant et disent maintenant que nous faisons des ICO », a déclaré une source sur l’une de ces entreprises. « Rien dans l’entreprise n’a changé. Peut-être seulement certains documents juridiques. »

Toutes les crypto-monnaies sont-elles frauduleuses ?

Alors que les options binaires étaient une fraude largement basée en Israël, la situation avec les crypto-monnaies et les ICO est plus trouble. Les experts ont expliqué au Times of Israel que certaines start-ups de crypto-monnaie sont légitimes, ou du moins pas intentionnellement frauduleuses, alors que d’autres sont purement et simplement des escroqueries. Des sociétés de crypto-monnaie frauduleuses apparaissent à la surface pour provenir de partout dans le monde, et pas seulement d’Israël.

« Je pense que tout le monde essaie de comprendre ce qui se passe », a déclaré Roy. « Il y a juste eu une explosion de différents ICO et de nouveaux jetons et d’offres folles. Vous voyez des ICO qui recueillent de grosses sommes d’argent et il n’y a rien derrière eux dans certains cas, mais les gens sont tellement excités qu’ils leur lancent de l’argent. »

Quand Roy analyse les crypto-monnaies annoncées sur Internet, il voit plusieurs modèles.

Un écran indique les taux de change de crypto-monnaies dans un bureau de change à Séoul, le 20 décembre 2018. (Crédit : AFP / JUNG Yeon-Je)

« Vous avez les anciennes entreprises d’options binaires qui propose maintenant des crypto-monnaies, et c’est essentiellement le 2.0 de l’escroquerie à l’option binaire. Ensuite, vous avez des ICO frauduleux et non enregistrés qui ciblent les gens. Et puis vous avez des pyramides de Ponzi sur la crypto-monnaie ou des systèmes de marketing multi-niveaux. Nous avons récemment lancé une alerte aux investisseurs concernant une société appelée UTI-Tech. Il y a un aspect israélien à toute cette fraude avec les anciennes firmes d’options binaires, mais ce n’est pas tout. Cela semble provenir de partout dans le monde. »

Interrogé sur la façon de différencier les firmes de crypto-monnaie légitimes des firmes illégitimes, Roy a répondu : « nous examinons ce qu’ils faisaient et déterminons s’il s’agit d’une activité qui peut être enregistrée et si elle s’est effectivement enregistrée. Nous chercherions à savoir s’ils enfreignent nos règles, car toute entreprise légitime qui offrira un type d’investissement devrait suivre les règles dans la juridiction où elle propose ces titres. C’est notre premier test en termes de légitimité d’une entreprise. »

Comment Google AdWords aide les fraudeurs à trouver des clients

Il y a quelques semaines, le Times of Israel a été contacté par un ancien expert PPC (pay-per-click) de l’industrie du jeu en ligne qui a travaillé brièvement sur les options binaires. Joshua, qui a demandé à ce que nous ne révélions pas son vrai nom, a déclaré que la majeure partie du trafic payant vers les sites d’options binaires vient de Google AdWords.

« Je pense que Facebook représente environ 15 à 20 % du trafic des clics payants, mais le plus gros budget de ces entreprises va à Google AdWords. »

Il a expliqué que dernièrement, il continuait à voir des publicités pour des offres initiales de pièces de monnaie (ICO) partout sur Internet, et qu’il a récemment eu un éclair de perspicacité qui l’a poussé à contacter le Times of Israel.

« Quand je travaillais sur des options binaires, l’une des choses qui m’a fait réaliser qu’il était frauduleux, c’est qu’ils donnaient des bonus aux investisseurs. Si quelqu’un investit 100 dollars, et que vous lui donnez 100 dollars en capital, eh bien, il est évident que vous ne prévoyez pas de rembourser quoi que ce soit. Il y a quelques semaines, j’étais sur Facebook et je voyais ces ICO. Et je vois qu’ils commencent à proposer des ICO avec des bonus. J’ai eu un déclic et je me suis dit, ces gens de l’ICO sont des options binaires ! ».

Quand le Times of Israel a souligné que les « membres de l’équipe » listés sur les sites internet de nombreux ICO annoncés par Google semblent venir du monde entier et pas seulement d’Israël, Joshua a suggéré que certaines de ces personnes pourraient être d’anciens affiliés des options binaires que les propriétaires israéliens utilisent pour masquer leur implication.

« Ils ont des affiliés partout — au Canada, à Chypre, au Belize — dans n’importe quel pays auquel vous pourrez penser ».

Joshua indique qu’il ne peut pas dire avec certitude que chaque ICO qui fait de la publicité sur Google est une escroquerie, mais qu’une crypto-monnaie légitime serait plus susceptible de recueillir des fonds « par le biais des relations publiques, des gens qui s’y intéressent réellement et en répondant à un besoin. »

Un cadre de Gogle donne une conférence sur les options binaires, à la conférence de l’IFXExpo à Hong Kong, le 20 janvier 2016.
(Crédit : capture d’écran YouTube)

Selon Joshua, les entreprises d’options binaires avaient l’habitude de payer plus de 100 dollars par clic pour occuper le spot publicitaire en haut d’une page des résultats de recherche Google. Il est persuadé que le prix payé par clic pour les crypto-monnaie peut être aussi élevé.

En d’autres termes, si vous cliquez sur une annonce Google pour les options binaires, l’entreprise peut devoir payer Google 100 dollars ou plus, en fonction de ce que les autres sociétés proposent.

« Habituellement, une entreprise légitime qui fait de la publicité sur Google paiera 50 cents par clic, ou peut-être un dollar ou deux, parce qu’elle essaie simplement d’attirer des gens normaux. Mais lorsque vous offrez des enchères contre vos concurrents. Si votre concurrent a commencé à enchérir 20 dollars, ils apparaîtront au-dessus de vous. Si vous voulez apparaître au-dessus d’eux, vous auriez à enchérir à 21 dollars. »

Joshua a ajouté que cela expliquait pourquoi les escrocs sont prêts à enchérir 100 dollars ou plus.

« Ces compagnies frauduleuses, elles veulent prendre l’argent des gens et veulent le prendre rapidement. Ils vont faire une offre à 100 dollars pour s’assurer qu’ils obtiennent cette position. »

Cela fonctionne économiquement pour les entreprises d’options binaires, car ils suivent attentivement le comportement des clients et savent exactement quel pourcentage de personnes qui cliquent sur une annonce Google déposera de l’argent. Joshua a indiqué que la valeur du client à vie (le montant moyen d’argent gagné par client) dans les sociétés de jeu pour lesquelles il travaillait était de 1 200 dollars et dans certaines sociétés d’options binaires, il estimait qu’elle se situait entre 1 500 dollars et 2 000 dollars.

« C’est leur stratégie. S’ils doivent payer 400 dollars à Google pour obtenir cinq clics et que l’un d’entre eux convertit (fait un dépôt initial), c’est une affaire lucrative. »

Selon Joshua, s’appuyer sur Google AdWords est le talon d’Achille des forex frauduleux, des CFD, des options binaires et des sociétés de crypto-monnaie. Si tout un tas d’investisseurs fâchés et escroqués devaient commencer à cliquer sur les publicités sans réellement déposer de l’argent, leur modèle commercial s’effondrerait, a-t-il estimé.

« Même quelques milliers de personnes qui font cela leur seraient préjudiciables », a-t-il suggéré.

Le Times of Israel a contacté Google pour lui demander ce qu’il pensait de cette suggestion. La porte-parole de Google, Roni Levin, a répondu qu’un tel système ne fonctionnerait pas.

« Notre équipe chargée de la qualité du trafic publicitaire est déterminée à bloquer tous les types de trafic non valides », a-t-elle répondu dans un e-mail.

« Les clics ne représentent pas un véritable intérêt pour les annonceurs. Parce qu’il n’en profite pas. Veuillez consulter : https://www.google.com/ads/adtrafficquality/invalid-activity.html pour plus d’informations ».

Les origines des options binaires

Joshua a déclaré que dans un scénario idéal, Google interdirait simplement les annonces pour les sociétés offrant des devises, des CFD, des options binaires et des crypto-monnaies.

« Globalement, les revenus générés par les clics sur le forex, les CFD, les options binaires et les jeux en ligne pourraient atteindre des centaines de millions ou un milliard de dollars », a-t-il souligné. Si c’est le cas, a-t-il poursuivi, « ce n’est pas beaucoup d’argent pour Google. Je doute que Google soit là pour de l’argent obtenue d’une manière corrompue. Ils suivent strictement la loi et jusqu’à ce que quelque chose soit interdit par la loi, ils ne la censurent pas. »

Joshua a déclaré que les options binaires ont été inventées par les acteurs de l’industrie du jeu après que les États-Unis ont interdit les jeux en ligne en 2006 et Google a placé des restrictions sur la publicité des jeux en ligne.

Le haut du site internet du FBI, dominé par un avertissement sur la fraude aux options binaires, le 15 mars 2017. (Crédit : capture d’écran FBI)

« Entre 2000 et 2006, Israël était une plaque tournante de l’industrie du jeu en ligne », a-t-il déclaré. « Les casinos ont été autorisés à opérer en Israël tant qu’ils n’incluait aucun joueur d’Israël. Et ils nageaient dans l’argent. Il n’y avait aucune raison d’entrer dans un autre domaine parce qu’ils gagnaient tellement d’argent. Ils avaient le marché américain et tous ces autres marchés du monde entier. »

Mais en 2006, les États-Unis ont adopté la Loi sur le jeu illégal sur Internet, interdisant à une entreprise d’accepter les paiements des joueurs en ligne des États-Unis.

Les sociétés de jeux en ligne voulaient toujours trouver un moyen d’obtenir de l’argent des clients américains. Certains l’ont fait en utilisant des processeurs de paiement qui falsifiaient les codes de transaction des cartes de crédit afin qu’ils ne reflètent pas l’activité de jeu.

Mais une fois que la publicité sur le marché américain a été limité par Google, « la plupart des opérations de casino taille ont été réduites, et les opérations se sont alors déplacées vers le forex et des options binaires, pour lesquelles vous pouviez faire de la publicité librement sur Google AdWords. »

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