Guerre: Le gouvernement critiqué pour ne pas avoir anticipé les perturbations du trafic aérien
Selon un rapport du procureur de l'État, les usagers ont subi des tarifs élevés lors des perturbations dues aux affrontements ; le responsable suggère d'aider le secteur en privilégiant l'intérêt national plutôt que le profit
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Le gouvernement n’a pas anticipé les perturbations majeures du trafic aérien qui sont pourtant susceptibles de survenir en temps de guerre. Une omission qui a donné lieu, ces dernières années, à des crises répétées durant lesquelles des dizaines de milliers d’Israéliens se sont retrouvés bloqués à l’étranger, avec notamment des réservistes qui tentaient rejoindre le front, a dénoncé le contrôleur de l’État dans un rapport accablant publié mercredi.
Le rapport du contrôleur de l’État, qui est dévoilé au moment où le trafic aérien commercial en Israël reprend peu à peu, après la dernière vague de combats, fait état de lacunes structurelles omniprésentes dans la gestion par le gouvernement des perturbations du trafic aérien commercial au cours des périodes d’urgence prolongées – depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a plongé la région dans la guerre.
Après cette attaque, le trafic aérien commercial a été fortement réduit. De nombreuses compagnies aériennes étrangères ont suspendu ou annulé à plusieurs reprises leurs liaisons avec Tel Aviv pour s’adapter à l’évolution de la situation sécuritaire, et notamment aux tirs de missiles balistiques visant l’aéroport. Lors de la guerre de 12 jours contre l’Iran, en juin dernier, et durant la dernière guerre contre l’Iran qui a débuté le 28 février, Israël a également grandement restreint l’accès à son espace aérien.
Depuis 2023, ces perturbations prolongées ont bloqué des centaines de milliers de personnes à l’étranger ou les ont empêchées de partir. Elles ont également contraint à plusieurs reprises les voyageurs à dépendre uniquement des compagnies aériennes basées en Israël : El Al, Israir, Arkia et Air Haifa.
D’après le rapport, les Israéliens – notamment les soldats et les réservistes dont les vols ont été annulés après le 7-Octobre et la guerre de juin contre l’Iran – ont dû composer avec des options de transport aérien limitées et ils ont dû supporter de lourdes charges financières, du fait de la flambée des prix des billets. Au cours de ces deux conflits, « il est apparu clairement que certains pans de l’aviation civile manquaient de préparation face à l’éventualité d’une guerre prolongée », a déploré le contrôleur de l’État Matanyahu Englman dans des commentaires préenregistrés accompagnant le rapport.
Quand la guerre a éclaté le 7-Octobre, « ni le ministère des Transports, ni l’Autorité de l’aviation civile, ni le Conseil de sécurité nationale n’avaient mis en place de procédure visant à prioriser le rapatriement des passagers israéliens se trouvant à l’étranger en cas d’urgence, sur la base de leur caractère essentiel et de leur importance nationale pour l’économie », a expliqué M. Englman.
« Même les soldats et les réservistes qui avaient reçu un ordre de mobilisation se sont vus contraints de trouver eux-mêmes des vols et de dépenser des sommes exorbitantes pour rentrer d’urgence en Israël », a ajouté Englman.
Pendant la guerre de juin, la fermeture de l’espace aérien israélien a mis entre 100 000 et 150 000 personnes dans l’obligation de trouver un moyen de rentrer en Israël. Du fait du nombre limité de vols disponibles, nombre d’entre eux ont dû financer un séjour imprévu à l’étranger. Ceux qui sont parvenus à rentrer ont souvent dû payer le double ou le triple du prix initial de leur billet.
« Par conséquent, les premiers à rentrer ont principalement été les personnes à même de financer des billets à des prix élevés », constate le rapport.
Le contrôleur de l’État s’en est également pris au ministère des Transports, à l’Autorité israélienne de la concurrence et à l’Autorité de protection des consommateurs, qu’il accuse de ne pas avoir pris, malgré les pouvoirs dont ils disposent, les mesures requises pour atténuer la hausse des prix et apporter une aide aux passagers concernés. Les autorités gouvernementales n’ont en outre pas clairement informé les passagers des possibilités de retour.
« Compte tenu des caractéristiques géographiques d’Israël et de sa dépendance vis-à-vis du transport aérien, qui est son principal moyen d’accès au monde, le bon fonctionnement et la continuité des services aériens constituent une priorité nationale absolue », souligne le rapport.
Cette absence persistante de préparation a particulièrement frappé lors de la dernière guerre avec l’Iran, qui a entraîné une nouvelle restriction du trafic aérien. Le rapport avait toutefois été rédigé avant qu’Israël et les États-Unis ne lancent leurs attaques contre l’Iran, le 28 février.
« Les [récentes] attaques de missiles en provenance d’Iran et du Liban dans le cadre de l’opération Lion rugissant confirment la nécessaire garantie par les autorités de l’État du bon fonctionnement du système aérien, même en situation d’urgence », a affirmé Englman.
Le ministère des Transports, qui a examiné le rapport avant sa publication, a fait savoir, en réponse aux critiques concernant sa gestion du trafic aérien lors de la dernière vague de combats, qu’il avait déjà mis en œuvre certaines des recommandations contenues dans le rapport et qu’il était en phase d’implémentation avancée pour d’autres.
« Israël a su gérer avec succès les urgences aériennes pendant l’opération Lion rugissant. Le secteur aérien israélien a ainsi démontré ses capacités opérationnelles et sa résilience, même dans des conditions d’urgence prolongées et complexes, dans un contexte de combats actifs et sous les tirs de missiles », a précisé le ministère dans des commentaires transmis par e-mail. « Cet épisode prouve que certaines des questions et des scénarios évoqués dans le rapport ont déjà trouvé une réponse concrète sur le terrain. »
Selon le contrôleur, le gouvernement manque d’outils efficaces pour peser sur les décisions stratégiques des compagnies aériennes israéliennes lors de situations d’urgence. En conséquence, pendant les périodes de crise, les compagnies aériennes locales ont continué à privilégier leurs intérêts économiques au détriment des besoins nationaux.
Dans son rapport, le contrôleur a appelé le gouvernement à conclure des accords juridiquement contraignants avec les compagnies aériennes israéliennes, afin de conditionner l’aide gouvernementale à l’engagement de ces dernières à servir l’intérêt national plutôt que leurs propres résultats financiers, lors de situations d’urgence.
« Le gouvernement a apporté son soutien aux compagnies aériennes israéliennes depuis le début de la pandémie de COVID-19 et jusqu’à la fin de l’opération Lion rugissant. Mais il n’a pas exigé d’elles, en contrepartie, qu’elles acceptent que leurs activités puissent faire l’objet de contrôles dans le cadre de situations d’urgence à venir », peut-on lire dans le rapport. « Par ailleurs, le gouvernement n’a pas cherché à recourir à des ordonnances d’intérêt supérieur pour maintenir les vols pendant la période de guerre. »
Si les compagnies aériennes israéliennes sont soumises à des coûts de sécurité supplémentaires, le gouvernement prend en charge la majeure partie des dépenses liées à la sécurité. Jérusalem fournit en outre des milliards de dollars de garanties d’État aux transporteurs locaux au titre de l’assurance contre les risques de guerre.
Le ministère des Transports a réagi en déclarant que les questions relatives aux tarifs aériens et à l’assurance soulevées dans le rapport ne relevaient pas de sa « responsabilité, mais de celle des autorités économiques et réglementaires compétentes ».
Malgré la privatisation de la compagnie nationale El Al, l’État conserve une « participation privilégiée », qui est censée garantir que les activités de la compagnie aérienne sont conformes aux intérêts nationaux. Le contrôleur a néanmoins constaté que ce dispositif ne conférait aucun contrôle significatif sur les opérations de la compagnie.
L’État affirme que cette participation ne lui permet pas d’ordonner à El Al d’opérer des vols supplémentaires en période d’urgence, de déterminer les destinations des vols, d’étendre ses programmes pour inclure des vols le jour de Shabbat, ni d’intervenir dans la fixation des tarifs.
Le contrôleur a appelé les ministères des Transports et des Finances à définir une politique aérienne nationale globale visant à encadrer les relations de l’État avec les compagnies aériennes israéliennes. Cette politique législative doit, selon lui, spécifier à l’avance le soutien financier auquel les compagnies aériennes peuvent prétendre en période d’urgence, fixer des normes opérationnelles claires, et établir des principes convenus pour l’indemnisation des transporteurs et des usagers en cas de perturbation des services, tout en veillant à ce que les compagnies aériennes s’engagent, en retour, à garantir la continuité de leurs opérations sans répercuter la hausse des coûts sur les passagers.
Le ministère des Transports a annoncé adhérer à la recommandation du contrôleur selon laquelle « il convient de développer un dispositif législatif permanent et cadré, qui permettrait la flexibilité et les ajustements indispensables lors de futurs états d’urgence ».
Englman a par ailleurs exhorté le Premier ministre Benjamin Netanyahu à accélérer la mise en œuvre de projets vieux de plusieurs décennies portant sur la construction d’un autre grand aéroport international, une « nécessité stratégique », a-t-il souligné.
« Les récents conflits ont clairement démontré la nécessité d’un second aéroport », a commenté Englman. « Les atermoiements et les retards du gouvernement quant au choix de l’emplacement et au calendrier de construction de cet aéroport durent depuis des années, sans qu’il ait encore été construit. »
« Il faut prendre cela très au sérieux », a-t-il averti.
Le gouvernement a récemment approuvé la construction de deux nouveaux aéroports. L’un sur le site actuel de la base aérienne de Ramat David, dans le nord d’Israël, et l’autre sur un site dont le choix suscite la polémique, dans le nord du Neguev. Mais aucun de ces deux projets ne devrait être opérationnel avant plusieurs années, et tous deux continuent de se heurter à des obstacles de taille.
la Communauté du Times of Israël !







