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Habad : Célébration du 120e anniversaire de naissance du rabbin Schneerson

Des "chars de mitsva" ont été déployés dans les rues de New York et des célébrations ont été organisées pour l'anniversaire du rabbin Menachem Mendel Schneerson

Un rabbin et ses élèves d’Oholei Torah à Crown Heights, Brooklyn se préparent à distribuer des matzot aux passants, près du Lincoln Center à Manhattan, le 12 avril 2022. (Crédit : Jackie Hajdenberg par l'intermédiaire de la JTA)
Un rabbin et ses élèves d’Oholei Torah à Crown Heights, Brooklyn se préparent à distribuer des matzot aux passants, près du Lincoln Center à Manhattan, le 12 avril 2022. (Crédit : Jackie Hajdenberg par l'intermédiaire de la JTA)

JTA – Un rassemblement et un concert géant ont attiré 15 000 personnes dans les rues de Crown Heights, à Brooklyn, dimanche soir. Lundi, une autre fête a eu lieu dans les rues du Queens en fin de soirée.

Mardi, pas moins de 120 « chars de mitsva » se sont dispersés dans la ville de New York pour distribuer des matzot pour Pessah et permettre aux passants de réaliser les rituels juifs. De retour à Crown Heights, les enfants ont été félicités pour avoir réussi à mémoriser des millions de lignes de textes juifs.

Ces festivités sont parmi les plus importantes à avoir marqué le 120e anniversaire de naissance du rabbin Menachem Mendel Schneerson – le « Rabbi » pour ses disciples –, dernier dirigeant du mouvement orthodoxe Habad-Loubavitch, décédé en 1994, dont la vie et la figure continuent d’inspirer les adeptes du mouvement aujourd’hui.

Les milliers d’adhérents du mouvement Habad qui propagent son message dans le monde entier, les Juifs participant aux activités du Habad sans pour autant y être affiliés, des politiciens et fonctionnaires et même des personnalités extérieures au judaïsme que Schneerson a inspirées ont pris part aux célébrations en son honneur.

« Aujourd’hui, c’est le 120e anniversaire de la naissance du Rabbin Schneerson, le chef spirituel de premier plan auprès duquel j’ai puisé inspiration et leçons au fil des ans », a posté sur Instagram la mannequin Naomi Campbell. Admiratrice de longue date de Schneerson, elle a accompagné sa publication d’un portrait du rabbin souriant et d’une photo d’elle-même, qui n’est pas Juive, priant sur sa tombe.

« Pour lui rendre hommage, je vais consacrer un moment aujourd’hui à méditer sur tout ce que Dieu nous a donné pour faire le bien autour de nous et donner un sens au monde », a ajouté Campbell. « Et vous, comment lui rendrez-vous hommage ? »

Au sein du mouvement Habad, l’anniversaire de Schneerson – le 11e jour du mois hébreu de Nisan, qui cette année est tombé mardi – est un jour férié, utilisé comme instrument de sensibilisation et de soutien à l’instauration d’un moment de réflexion dans le silence, dans les écoles américaines. Le président américain Joe Biden, comme ses prédécesseurs l’ont fait depuis 1978, a publié cette année un message associant l’anniversaire à la « Journée de l’éducation et du partage ».

« L’attachement du Rabbi à l’éducation de par le monde entier et son profond respect pour la diversité, l’inclusion et une justice équitable sont un exemple fort pour des générations d’Américains et de citoyens à travers le monde », a déclaré Biden dans une publication déclinée aux niveau fédéral et local à travers le pays.

Cette année, la communauté internationale Habad a redoublé d’efforts pour l’anniversaire de Schneerson en raison de l’importance symbolique des 120 ans dans la tradition juive. Selon la Bible, Moïse avait 120 ans au moment de sa mort, et cet âge est considéré comme la durée idéale de la vie. « Une longue vie, jusqu’à 120 ans » est le voeu traditionnel qui accompagne les anniversaires, en particulier au sein des communautés orthodoxes.

Pour marquer l’occasion, le mouvement Habad a organisé des événements pendant des semaines, sur les cinq continents : des fêtes à Buenos Aires et Los Angeles en passant par une conférence à Washington, qui a attiré responsables et représentants de tous les horizons politiques. Il a également lancé de nouvelles campagnes d’éducation et s’est engagé à ouvrir plus de 1 200 nouvelles institutions – synagogues, écoles, camps, bains rituels et plus encore – au cours de la prochaine année, en l’honneur de Schneerson.

Un jeune homme sort la tête d’un char à mitzvah qui remonte l’avenue Amsterdam à Manhattan, le 12 avril 2022. (Crédit : Jackie Hajdenberg via JTA)

Les anniversaires sont très importants au sein du mouvement Habad, en partie parce que Schneerson, décédé en 1994 à l’âge de 92 ans, a lui-même encouragé leur célébration, ce qui est loin d’être partagé par les autres communautés orthodoxes.

L’anniversaire de cette année est encore plus important pour le mouvement parce que certains des partisans de Schneerson n’accordent que peu de credit à l’idée de sa mort. Au sein du mouvement Habad, qui a vocation à connecter les Juifs au judaïsme dans le monde entier, des adhérents pensent que Schneerson était le Messie, ce qui n’a pas manqué de créer des tensions entre eux et ceux qui vénèrent Schneerson comme une figure puissante mais finalement mortelle.

Schneur Zalman Newfield, sociologue et ancien membre Loubavitch lui-même, qui a étudié les Juifs en rupture avec le mouvement Habad ou d’autres mouvements orthodoxes, a noté que les vidéos officielles du mouvement avaient tendance à éluder la question de savoir si Schneerson était mort en entremêlant ses discours avec des images contemporaines donnant l’impression qu’il s’adressait au public d’aujourd’hui.

C’est en quelque sorte conforme à la façon dont les Juifs de tous horizons considèrent la Torah, écrite – pour certains par une main divine – il y a des milliers d’années, mais qui continue de jouer un rôle actif dans le quotidien des Juifs, a déclaré Newfield, enseignant au Borough of Manhattan Community College de CUNY.

« La question de savoir si le Rabbi est vivant ou s’il reviendra en tant que Messie est distincte de celle de sa permanence au sein du mouvement », a-t-il ajouté.

Un portrait du rabbin Menachem Mendel Schneerson, le défunt rabbin de Habad, est exposé dans le village de Meron, dans le nord d’Israël en 2006. (Crédit : Menahem Kahana/AFP pour Getty Images, par l’intermédiaire de JTA)

En effet, que Schneerson soit ou non le Messie – et il n’a jamais dit qu’il ne l’était pas, affirment beaucoup de ses disciples –, il est indéniable que sous sa direction et son inspiration, Habad est passé du stade de groupe insulaire décimé par la Shoah à l’une des incarnations du judaïsme les plus connues aujourd’hui.

Né en Ukraine en 1902, Schneerson y a passé une grande partie de sa jeunesse, avant de vivre à Berlin puis en France, après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933. En 1941, il a mis le cap sur les États-Unis. Après la mort de son beau-père, le sixième rabbin Habad, en 1950, il est devenu le chef du mouvement et, au fil du temps, l’une des figures les plus influentes du judaïsme contemporain.

À la tête du mouvement de 1951 jusqu’à sa mort, Schneerson a été un orateur prolifique qui a laissé des milliers d’enregistrements et de photographies, documentant ses interactions avec diverses personnes ainsi que sa philosophie sur les questions du monde et du judaïsme.

« Il est sans doute le leader juif le plus filmé de toute notre histoire », assure Maya Balakirsky Katz, professeur à l’Université Bar Ilan qui a écrit le livre La culture visuelle du mouvement Habad et qui a passé d’innombrables heures aux archives multimédias du mouvement.

Les enregistrements – près de 11 000 heures au total – constituent un corpus qui a contribué à garder intacte l’influence de Schneerson.

« Nous avons presque tout ce qu’il a pu dire. Il y a peut-être eu d’autres leaders juifs plus prolifiques, mais dans ce cas, nous n’en avons pas trace », a indiqué Motti Seligson, directeur des relations de Habad avec les médias. « Nous le faisons pour lui et à travers lui. »

Aujourd’hui, des milliers de couples rabbiniques gèrent des maisons Habad et des entreprises associées au sein de communautés disséminées à travers le monde entier, et parfois des endroits sans présence juive organisée.

Dans de nombreux pays, y compris l’Ukraine natale de Schneerson, et en Russie, Habad domine la vie juive et délègue même auprès du gouvernement les fonctionnaires en charge de représenter les intérêts juifs. (En Ukraine, les émissaires Habad ont aidé à l’évacuation des Juifs et soutenu ceux qui sont restés suite à l’invasion russe en février.)

Le siège mondial du mouvement Habad-Loubavitch, situé au 770 Eastern Parkway à Brooklyn, New York. (Crédit : Wikimedia Commons)

Selon le rapport Pew 2020 sur les Juifs américains, même aux États-Unis, où ils disposent pourtant d’une infrastructure communautaire robuste et très développée, près de 20 % des Juifs de toutes confessions disent participer aux activités de Habad. Les Américains de tous horizons ne peuvent pas manquer les allumages de Hanoukka organisés par les émissaires locaux de Habad dans les espaces publics.

Le siège du mouvement, à Crown Heights, grouille d’activité à toute heure du jour et son immeuble principal, situé au 770 Eastern Parkway, est connu dans le monde entier. (Les adeptes du mouvement y ont dansé toute la nuit le jour de l’anniversaire de Schneerson.)

La tombe de Schneerson, dans le Queens, est un lieu de pèlerinage pour ses disciples du monde entier, en particulier ceux qui souhaitent s’attirer la chance en vue d’un mariage ou d’une procréation. Il est de bon ton de s’y rendre pour annoncer ses fiançailles sur les réseaux sociaux et, selon un site Web lié aux émissaires Habad, il n’est pas rare d’y trouver « une file sans fin » de visiteurs, à l’occasion de son anniversaire de naissance.

Un homme prend un selfie sur la tombe du rabbin Menachem Mendel Schneerson, ancien chef du mouvement Loubavitch, dans le Queens, à New York, le 2 novembre 2018. (Crédit : Andrew Lichtenstein/Corbis via Getty Images, via JTA)

Les partisans de Habad disent mesurer l’influence de Schneerson non pas dans le nombre d’adeptes du mouvement, ou ce qu’ils imaginent de son statut en ce moment-même, mais dans le bien qu’il a inspiré.

Pour Habad, cette influence se mesure principalement à travers l’accomplissement de mitsvot, ou commandements en vertu de la loi juive, qui peuvent aller de la prière régulière au nettoyage de sa maison pour Pessah en passant par la charité. Pour cette raison, une activité de base pour les garçons qui étudient dans les yeshivot est la sensibilisation, dans la rue, dans les quartiers susceptibles d’abriter des Juifs qui ne prient pas tous les jours ou ne célèbrent pas le Shabbat ou les fêtes de manière traditionnelle. En convainquant ces Juifs d’accomplir ne serait-ce qu’une mitsva supplémentaire – porter les tefillin pour les hommes, par exemple, ou allumer des bougies de Shabbat pour les femmes –, alors ils réalisent le projet de Schneerson.

Le mouvement a demandé à ses adeptes de s’engager à de nouvelles célébrations en l’honneur de l’anniversaire de Schneerson et affirme que près de 100 000 l’ont fait jusqu’à présent, beaucoup d’entre eux enregistrant leurs promesses sur un site Web appelé OneMitzvah. Par l’intermédiaire du Habad de Norwood, à Johannesburg, en Afrique du Sud, Tessa Rosendorff s’est par exemple engagée mardi à se rendre à la synagogue pour Shabbat à 18 reprises. « Joyeux anniversaire au Rabbi », a-t-elle écrit dans sa publication.

Les enfants de 135 écoles Habad à travers le monde – principalement aux États-Unis, en Israël, en France et en Australie – ont appris par cœur, collectivement, des millions de lignes de textes juifs en l’honneur de Schneerson. Ils ont été félicités lors d’une fête donnée à Crown Heights, mardi.

« Vous avez prouvé aujourd’hui que vous aimiez vraiment le Rabbi », leur a dit le rabbin Shimon Hecht, qui dirige les activités de Habad à Park Slope, Brooklyn.

« Parce que vous êtes venu ici, même sous la pluie, et vous avez dit : ‘Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, c’est l’anniversaire du Rabbi. Nous allons célébrer l’anniversaire du Rabbi comme le Rabbi voulait que nous le fassions.’ Et vous savez quoi ? Parce que vous êtes venus ici aujourd’hui, le Rabbi va tous nous bénir, ici avec tous les enfants du monde entier. »

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