Hegseth compare les médias aux pharisiens, secte juive ancienne raillée par les chrétiens
Les Juifs affirment que ce mot du Secrétaire américain à la Défense a des relents antisémites ; pour les chrétiens et conservateurs, il compare Trump, Hegseth et l'armée américaine à Jésus

JTA — Quasiment sept ans jour pour jour après qu’un candidat à la présidence américaine a renoncé à employer le terme « pharisiens », suite à des rumeurs d’antisémitisme, c’est un autre éminent politicien, Pete Hegseth, qui le reprend.
Et cette fois, ce ne sont pas seulement les Juifs mais aussi les chrétiens qui trouvent cette allusion offensante.
En 2019, c’est Pete Buttigieg, alors maire dans l’Indiana et sur le point de se déclarer candidat à la présidence pour le parti démocrate, qui avait comparé l’un de ses adversaires aux pharisiens, cette secte juive ancienne dont les membres sont présentés comme des hypocrites dans le Nouveau Testament.
« Il se dit énormément de choses affreuses sur les pharisiens par là », avait alors déclaré Buttigieg au Washington Post en parlant de l’ancien vice-président, Mike Pence, un républicain prompt à revendiquer ses valeurs chrétiennes. « Et quand on voit quelqu’un, surtout quelqu’un qui a une vision à ce point dogmatique de la foi qu’il en fait un sujet de la vie publique, prêt à s’attacher à cette administration pour le pouvoir, cela ne peut qu’alerter et rappeler des thèmes du Nouveau Testament. Pas dans le bon sens. »
Spécialistes du judaïsme ancien et dirigeants juifs libéraux s’étaient opposés à l’emploi de ce terme, affirmant qu’il avait des connotations antisémites, qu’on le veuille ou non.
Quelques jours plus tard, l’équipe de campagne de Buttigieg annonçait qu’il n’utiliserait plus ce terme : « Nous remercions les personnes qui nous ont contactées pour nous informer. »
Et aujourd’hui, c’est le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, qui se moque de cette secte, considérée comme des précurseurs du judaïsme rabbinique moderne et de la pratique juive.
Jeudi dernier, c’est devant un parterre de médias que Hegseth a déclaré avoir aux pharisiens, à l’église, lorsque le prêtre a évoqué cet épisode du Nouveau Testament dans lequel Jésus pénètre dans une synagogue et guérit un malade.
« Les pharisiens — élites autoproclamées de leur temps — étaient là pour témoigner, écrire, rapporter », a-t-il déclaré. « Mais … alors même qu’ils ont été témoins d’un véritable miracle, ils n’en ont rien fait ni dit. Peu leur importait la bonté, seul leur importaient leurs intérêts. »
Pour Hegseth, le rapprochement fait sens en ce moment où la guerre américaine contre l’Iran fait preuve d’une couverture médiatique pour le moins critique à travers le monde.
« Notre presse agit comme ces pharisiens. Pas vous tous, pas vous tous, mais cette vieille presse qui hait Trump, votre animosité politique envers le président Trump vous rend presque aveugle au génie de nos guerriers américains », a-t-il déclaré. « Comme les pharisiens étaient aux aguets de tout acte de qualité pour y trouver une erreur, obnubilés par le négatif. »
Ses propos ont alerté des Juifs, comme en témoignent des publications sur les réseaux sociaux qui répondent en substance que, pour les chrétiens, les pharisiens sont des « hypocrites et des imbéciles, la progéniture de vipères, obnubilés par l’extorsion, la cupidité et l’injustice ». Des propos que tenait déjà la spécialiste juive des premières relations entre Juifs et Chrétiens, Amy-Jill Levine, dans un article de 2015 soutenant que la critique chrétienne envers les pharisiens était antisémite.
Cette fois, cette comparaison soulève un tollé bien plus grand au sein de la communauté chrétienne et conservatrice, car elle y assimile de surcroît Donald Trump et l’armée américaine à Jésus, le président ayant récemment secoué une partie de sa base chrétienne en publiant une image de lui, générée par l’IA, le représentant en Jésus voire en Dieu. (Il a dit que cette image était à ses yeux davantage celle d’un médecin que de Jésus, avant de la retirer.)
« Hegseth et Trump feraient bien de laisser de côté le jargon religieux », a écrit sur X Peter Laffin, rédacteur en chef du Washington Examiner conservateur. « Il est grotesque de comparer la presse aux pharisiens, car cela implique qu’eux, Hegseth et Trump, sont Jésus. » Il faut qu’ils arrêtent. »
Cette image de lui en Jésus est sortie peu de temps après son échauffourée de la semaine passée avec le pape Léon XIV.
Suite aux critiques du pape contre la guerre en Iran, Trump s’en est pris à ce dernier sur Truth Social en lui disant qu’il ferait bien de « se reprendre », laissant entendre que Trump avait joué un rôle dans sa nomination. Ce à quoi le pape a réagi en balayant d’un revers de main les propos de Trump, ce qui a entretenu une querelle qui a captivé les catholiques du monde entier et même conduit à des changements dans la politique de l’italienne Giorgia Meloni.
Peu après le discours de Hegseth, le pape Léon XIV a de nouveau tweeté : « Malheur à ceux qui manipulent la religion et le nom de Dieu pour servir leurs intérêts militaires, économiques et politiques, ce qui ne fait qu’entraîner ce qu’il y a de sacré dans l’obscurité et la souillure. »
Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump insuffle des idées, références et pratiques ouvertement chrétiennes au sein des activités gouvernementales. Et ce ne furent pas là les seuls commentaires de Hegseth sur les Écritures qui lui ont valu un tollé, la semaine passée. Pour justifier la violence, il a en effet également cité un verset de la Bible — Ézéchiel 25:17 — non dans sa version des textes juifs ou chrétiens, mais dans celle de l’un des personnages de « Pulp Fiction », de Quentin Tarantino.
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