Hélène Le Gal : La France veut que l’Iran respecte la souveraineté des Etats
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Interview"Nous sommes dans une situation très tendue"

Hélène Le Gal : La France veut que l’Iran respecte la souveraineté des Etats

Paris croit toujours aux vertus de l'accord nucléaire iranien malgré des "interrogations lourdes" et de "nombreux désaccords" explique l'ambassadrice de France en Israël

Journaliste Société-Reportage

Hélène Le Gal, le 15 février 2018 à Haïfa sur la frégate le Jean-de-Vienne (Crédit: Pierre-Simon Assouline)
Hélène Le Gal, le 15 février 2018 à Haïfa sur la frégate le Jean-de-Vienne (Crédit: Pierre-Simon Assouline)

Jean-Yves Le Drian est de retour à Paris après un court séjour en Iran où il a tenté de sauver l’accord sur le programme nucléaire, pris en tenaille entre l’intransigeance américaine et iranienne.

Mais le ministre des Affaires étrangères n’a pu parvenir au résultat escompté : obtenir que Téhéran bride son programme balistique au développement « frénétique » selon ses mots, afin que Donald Trump renonce à sortir de l’accord. L’ambassadrice de France Hélène Le Gal revient sur cette rencontre, dans laquelle le conflit de l’Iran avec Israël fut évoqué à mots couverts.

Times of Israel : Ni « émissaire de Trump » ni « avocat des Iraniens » selon ses propres mots, quelle a été la démarche du ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian en visite à Téhéran ?

Hélène Le Gal : Dans une période de crise il est capital de parler à tout le monde. C’est ce que fait le président de la République, et c’est ce que fait le ministre des Affaires étrangères qui s’est également rendu à Moscou la semaine dernière pour aborder la situation humanitaire en Syrie.

Nous sommes dans une situation très tendue, il ne faudrait pas aboutir à des explosions qui ne sont souhaitées aujourd’hui par personne. L’objectif de la France est que cette région retrouve le chemin de la stabilité et que les crises régionales trouvent des solutions politiques. C’est ce que nous disons à l’ensemble de nos partenaires.

L’interception par Israël d’un drone iranien au nord du pays en février a-t-elle marqué un changement sensible de la France à l’égard de l’Iran ?

L’action régionale de l’Iran emporte des conséquences déstabilisatrices.

Nous souhaitons que ce pays respecte la souveraineté des Etats. A cet égard, la crise en Syrie et notamment la situation humanitaire qui y prévaut ont également été abordés par le ministre, aux côtés des autres dossiers régionaux dans lesquels l’Iran est impliqué (Yémen, Liban, Irak).

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif (à droite), serre la main du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors de leur rencontre à Téhéran, capitale de l’Iran, le 5 mars 2018 (AFP / ATTA KENARE)

Quel est votre sentiment suite à ses négociations qui ont démarré sous des auspices peu prometteurs (déclarations hostiles des autorités iraniennes en amont de la visite, propos frontaux de M. Le Drian en novembre dernier évoquant la volonté « hégémonique de l’Iran…) ?

Les désaccords sont nombreux mais le chemin de la paix passe par un dialogue exigeant, c’est pourquoi à la demande du Président de la République, le ministre s’est rendu à Téhéran pour rencontrer les autorités iraniennes, à la fois le secrétaire du conseil suprême de sécurité nationale, l’amiral Ali Shamkhani, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et le président Hassan Rouhani.

Le ministre a discuté franchement avec tous ses interlocuteurs de l’ensemble des sujets difficiles : le JCPOA, les questions régionales et la question balistique.

Sur quelle partie de l’accord est-il pertinent de négocier en priorité ? Pourquoi ?

La France est déterminée à préserver cet accord et est attachée au nécessaire respect par toutes les parties de leurs engagements. Le JCPOA donne des garanties robustes contre le risque de détournement du programme nucléaire iranien à des fins militaires.

A cet égard, l’Iran doit continuer de mettre en œuvre rigoureusement les obligations qui lui incombent et la France sera très vigilante à cet égard. Mais au-delà de la question nucléaire, il nous faut discuter avec l’Iran d’autres aspects de ses capacités militaires, qui peuvent apparaître comme des menaces dans la région.

Comment traduire en actes la critique française de la volonté iranienne de plus en plus « hégémonique » selon les termes de M. Le Drian de l’Iran au Moyen Orient ? Cette diplomatie franche représente-elle un frein ou une force supplémentaire lors de négociations avec l’Iran ?

Nous avons échangé très franchement, très librement, chacun exprimant son point de vue avec beaucoup de clarté et de fermeté. Le ministre a fait part des interrogations lourdes de la France quant à la politique régionale et au programme balistique de l’Iran, mais il y a encore beaucoup de travail, c’est pourquoi nos autorités comptent poursuivre ce dialogue.

Jean-Luc Martinez (à gauche), président du musée du Louvre, Jean-Yves Le Drian (au centre), ministre français des Affaires étrangères, et Ali Asghar Mounesan, vice-président iranien du patrimoine culturel, présentent une exposition de 50 œuvres du Louvre au Musée national d’Iran, dans le centre de Téhéran, le 5 mars 2018 (PHOTO AFP / ATTA KENARE)

Quels sont les atouts de la diplomatie française dans cette négociation en terme d’échanges commerciaux, ou autres ?

Nous nous attachons à développer notre relation bilatérale et nous souhaitons poursuivre notre dialogue avec l’Iran sur le long-terme, dans le domaine économique bien sûr mais aussi en favorisant les échanges culturels, scientifiques et humains entre nos sociétés.

C’est dans cet esprit que M. Le Drian a d’ailleurs inauguré l’exposition « Le Musée du Louvre à Téhéran » lors de son déplacement.

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