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Idit Silman rejette l’accord du mur Occidental, invoquant son « caractère orthodoxe »

Les propos de la présidente de la coalition contre le compromis suscitent des critiques de la part des Juifs réformés et conservateurs

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Anat Hoffman, présidente de Women of the Wall et le rabbin Rick Jacobs, président de l’URJ, tiennent des rouleaux de la Torah au Mur occidental, le 4 mars 2022. (Crédit : Rick Jacobs/Twitter)
Anat Hoffman, présidente de Women of the Wall et le rabbin Rick Jacobs, président de l’URJ, tiennent des rouleaux de la Torah au Mur occidental, le 4 mars 2022. (Crédit : Rick Jacobs/Twitter)

La présidente de la coalition s’est fermement opposée dimanche à ce qui est qualifié de compromis du mur Occidental, un accord qui accorderait des libertés supplémentaires aux courants non orthodoxes du judaïsme sur le lieu saint de Jérusalem.

La députée Idit Silman, du parti Yamina, le parti du Premier ministre Naftali Bennett, a rejeté la proposition, qui avait récemment suscité un regain d’intérêt après avoir été bloquée depuis 2016.

« Il y a un statu quo avec le mur Occidental qui, je pense, ne va pas changer. Toute l’attention qu’il y a autour n’est que pure démagogie. C’est un lieu de prière. Il y a une minorité – une minorité réformée – qui fait beaucoup de bruit comme si c’était la majorité. Nous devons dire la vérité: ce n’est pas le cas », a déclaré Silman dans une interview accordée à la radio publique Kan.

« Ce gouvernement et certainement nous – ou du moins moi – devons préserver le caractère orthodoxe du mur Occidental », a-t-elle ajouté.

Le compromis du mur Occidental avait initialement été élaboré par le gouvernement en 2016, mais le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, l’avait brusquement abandonné quelques mois plus tard en raison de l’opposition de ses partenaires de coalition ultra-orthodoxes, qui l’avaient précédemment accepté.

En vertu de ce compromis, la place principale du site resterait divisée entre la section des hommes et celle des femmes, et le côté des femmes ne serait pas autorisé à tenir de lectures d’un rouleau de la Torah. Toutefois, un espace séparé, où hommes et femmes pourraient prier ensemble et où tout le monde pourrait lire un rouleau de la Torah, serait agrandi et un conseil serait formé pour gérer le mur Occidental, comprenant des représentants des mouvements réformé et Massorti. Le mouvement Massorti est l’équivalent israélien du mouvement conservateur américain.

Le fait que les responsables juifs américains aient remis en cause l’abandon de l’accord par Netanyahu, et le refus persistant du gouvernement israélien actuel de le mettre en œuvre, mettent à rude épreuve les relations entre l’État d’Israël et les Juifs américains, en particulier les Juifs libéraux.

Les remarques de Silman dimanche ont déclenché une vague de condamnations de la part des mouvements et responsables juifs progressistes.

 

La présidente de la coalition, Idit Silman, prend la parole à la Knesset à Jérusalem le 28 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, le député du parti Kakhol lavan, Alon Tal, membre du mouvement Massorti profondément impliqué dans les négociations en cours sur le mur Occidental, a déclaré qu’il pensait que Silman s’était mal exprimé ou mal compris la question.

« L’accord fait de la place actuelle [du mur Occidental] un espace orthodoxe. C’est le compromis », a déclaré Tal au Times of Israël.

Ainsi, a-t-il dit, le compromis du mur Occidental ne changerait pas ce que Silman a décrit comme le « caractère orthodoxe » du site. Bien qu’il y aurait un changement dans l’autorité chargée de gestion du mur Occidental, la configuration et les pratiques sur la place elle-même ne seraient pas modifiées.

Les seules modifications physiques seraient l’agrandissement de l’espace de prière égalitaire existant, dans une zone connue sous le nom d’arche de Robinson, qui subirait un « lifting », a-t-il déclaré.

« Je n’ai pas de problème avec ce qu’elle a dit », a déclaré Tal, bien qu’il ait ajouté qu’il prévoyait d’évoquer personnellement la question avec Silman, qu’il a décrite comme une « bonne amie et partenaire ».

Tal, qui a assisté le mois dernier à une réunion entre Bennett et les chefs des courants progressistes du judaïsme largement décrite comme positive et constructive, a déclaré qu’il restait optimiste quant à la promesse du Premier ministre de rénover le site de l’Arche de Robinson, en ruine, quel que soit le statut du compromis complet du mur Occidental.

« Je crois qu’il fera le nécessaire pour changer les choses », a déclaré Tal.

Des représentants des mouvements réformistes et conservateurs du judaïsme d’Amérique du Nord et d’Israël se tiennent devant le bureau du Premier ministre, à Jérusalem, avant une réunion le 28 février 2022. (Crédit : Reform Movement in Israel)

Bien que le compromis du mur Occidental soit largement au point mort en raison de l’opposition au sein du gouvernement, son adoption fait partie de l’accord de coalition entre le parti travailliste et le parti Yesh Atid du ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid.

En tant que cheffe de la coalition, Silman est chargée de garder les membres de la coalition au pouvoir alignés sur le programme du gouvernement. Bien qu’un vote à la Knesset ne soit probablement pas nécessaire pour approuver la plupart des aspects du compromis du mur Occidental – à l’exception d’un amendement à une loi – son opposition à la proposition démontre de manière plus significative les lignes de fracture idéologiques au sein du gouvernement actuel, qui comprend à la fois des partis de droite et de gauche.

« Les propos d’Idit Silman sont très décevants. Ce n’est pas seulement un piètre commentaire ; c’est plutôt un point de vue qui démontre un manque de vision », a déclaré Yizhar Hess, ancien chef du mouvement Massorti et actuel vice-président de l’Organisation sioniste mondiale, au Times of Israël.

Hess a noté que le gouvernement actuel, dans le cadre des termes de coalition avec le parti islamiste Raam, a accordé des concessions considérables à la population arabe du pays. « Mais pour le peuple juif, ne peut-on pas montrer la même coopération, la même générosité ? Quoi qu’il en soit, j’attends des éclaircissements de la part du Premier ministre Bennett. J’espère que les choses que Silman a dites ne reflétaient pas son opinion », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, le mouvement Massorti a accusé Silman de « céder aux voix extrémistes de l’opposition » en s’exprimant contre le compromis du mur Occidental, et a qualifié ses remarques de « très préoccupantes ».

Le Mouvement réformé en Israël a également dénoncé les commentaires de Silman.

« Le compromis du mur Occidental représente une solution appropriée qui répond aux besoins de tous ceux qui souhaitent prier au mur Occidental. Le gouvernement Netanyahu a approuvé le plan mais l’a retiré sous la pression des extrémistes. Le gouvernement actuel a déclaré et s’est engagé à trouver des solutions de compromis. Par conséquent, nous nous attendons à ce qu’il n’y ait pas de reddition aux voix extrémistes et que le gouvernement travaille pour faire du mur Occidental un lieu de prière ouvert et respectueux pour chaque Juif », a déclaré le mouvement dans un communiqué.

Ancienne députée de la Knesset et personnalité de premier plan en Israël sur les questions de religion et d’État, Tehila Friedman a averti que même si le report indéfini de la mise en œuvre de l’accord du mur Occidental serait de nature à apaiser les dirigeants ultra-orthodoxes, qui autrement mèneraient des manifestations massives contre lui, cela se ferait au prix de l’aliénation de la communauté juive américaine, dont la plupart s’identifient aux courants progressistes du judaïsme et de la prière égalitaire.

« C’est une erreur, à mes yeux. La relation avec les Juifs américains est importante et d’une importance stratégique pour Israël, même si elle n’est pas importante électoralement », a-t-elle écrit dans un tweet.

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