Incendie d’une église : abandon des poursuites contre des extrémistes de droite
Rechercher

Incendie d’une église : abandon des poursuites contre des extrémistes de droite

La décision marque un nouveau coup dur pour le Shin Bet, qui s'était déjà vu rejeter par le tribunal les confessions obtenues auprès des suspects par des moyens élaborés

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Des militants de droite assistent à une manifestation à Tel Aviv, mettant en scène des tortures présumées par le Shin Bet contre des présumés terroristes juifs (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des militants de droite assistent à une manifestation à Tel Aviv, mettant en scène des tortures présumées par le Shin Bet contre des présumés terroristes juifs (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Lundi, les procureurs ont annoncé renoncer aux poursuites contre deux militants juifs d’extrême-droite qu’ils avaient inculpés de différents crimes, notamment d’appartenance à une organisation terroriste et de vandalisme contre une importante église de Jérusalem.

Ils ont informés la Cour du district de Lod qu’ils ne disposaient pas de suffisamment de preuves pour poursuivre Eyal Reuveni, 23 ans, et un second suspect, dont le nom ne peut être divulgué car mineur au moment des faits.

Cette annonce survient un peu plus de deux mois après que ce même tribunal avait rejeté les confessions du plus jeune des suspects faites sous l’effet de pressions extrêmes. Cette décision est considérée comme un coup important porté à l’agence de sécurité du Shin Bet, qui avait dirigé l’enquête.

Dans un communiqué lundi, le Shin Bet a critiqué la décision de janvier, indiquant que les aveux avaient été rejetés « alors qu’il ne faisait aucun doute qu’une partie importante des aveux avaient été obtenus au cours des enquêtes sans recours à des moyens inappropriés. »

« Le Shin Bet respecte la décision [de lundi] du tribunal et continuera à agir conformément à la loi pour garantir la securité du pays et contrecarrer le terrorisme, quelle que soit l’identité de ses auteurs, » a-t-il poursuivi.

L’agence a également rejeté « les tentatives par les parties intéressées de se servir de façon inappropriée de la décision du tribunal pour attaquer le Shin Bet et délégitimer les activités de l’organisation en général, et celle de l’unité consistant à empêcher le terrorisme » parmi les Juifs, en particulier.

L’avocat des deux suspects, Itamar Ben Gvir, a également réagi et indiqué qu’il s’agissait du point culminant, après trois ans, « de l’une des affaires les plus graves de l’histoire du droit israélien. »

Ben Gvir se présente aux prochaines élections du 9 avril sur la liste de l’Union des partis de droite, en tant que second représentant du parti extrémiste Otzma Yehudit. Il a dit espérer pouvoir continuer à représenter les résidents d’implantation et les militants de droite à la Knesset.

Yinon Reuveni (à droite) et Yehuda Asraf, soupçonnés d’avoir vandalisé l’église de la Multiplication des pains et des poissons à Tabgha, sur le rivage de la mer de Galilée, à la cour de district de Nazareth le 29 juillet, 2015. (Crédit : Basel Awidat / Flash90)

Reuveni et le plus jeune suspect avaient été arrêtés en janvier 2016, dans le cadre d’une opération d’envergure du Shin Bet visant au démantèlement d’une « infrastructure terroriste » responsable de l’incendie mortel d’une maison du village palestinien de Duma en juillet 2015.

Lors de son interrogatoire, le suspect mineur avait avoué être membre d’une organisation terroriste, avoir vandalisé l’abbaye de la Dormition de Jérusalem et d’avoir mis le feu à plusieurs véhicules dans la ville d’Aqraba dans le nord de la Cisjordanie. Cependant, leur avocat avait soutenu que ces aveux avaient été faits au moyen d’une stratégie poussée mise en œuvre par le Shin Bet et la police israélienne. Le suspect avait ainsi été placé dans une fausse prison d’Akko pendant quatre jours, où il a été menacé et harcelé par des enquêteurs prétendant être des détenus.

Dans un reportage diffusé quelques jours avant la décision du tribunal de Lod en janvier, l’émission d’enquête judiciaire « Uvda » avait divulgué des enregistrements de la détention du mineur incarcéré ainsi que de son interrogatoire, dans lesquels on pouvait entendre les faux prisonniers le menacer et l’empêcher de manger et dormir afin de le pousser à parler.

En janvier, la juge Michal Brant avait statué que « bien que les crimes soient sérieux et le mal causé à la société, grave, nous devons maintenir un équilibre entre sécurité publique et respect de la dignité. »

Il avait qualifié le comportement des enquêteurs « d’injuste, pour le moins, d’agressif et de menaçant. »

Saad et Riham Dawabsha, avec leur bébé Ali. Tous les trois sont morts lorsque leur maison dans le village de Douma, en Cisjordanie, a été incendiée par des extrémistes juifs présumés, le 31 juillet 2015 (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

« Cela a créé une situation qui a vu l’accusé subir une forte pression et se sentir démuni… sans mesure compte tenu de son âge, sans compter qu’il n’a pas eu l’occasion de rencontrer un avocat pendant tout ce temps, » avait indiqué le juge.

Le principal crime dont ont été accusés Reuveni et son complice s’est produit en février 2015. Des responsables de l’abbaye de la Dormition avaient retrouvé des partis du séminaire brûlés ainsi que des graffitis haineux en hébreu sur les murs, dont « mort aux chrétiens, » « mort aux Arabes, » et « Jésus est un singe. »

L’abbaye, située près du Cénacle — que les Juifs vénèrent comme étant le site du tombeau du Roi David, et les chrétiens comme le lieu du Dernier souper — dans la Vieille Ville, a été le théâtre de nombreux actes de vandalisme ces dix dernières années. Ainsi, en 2014, quelques heures après une messe célébrée par le Pape François, des pyromanes avaient mis le feu à l’abbaye, causant des dégâts mineurs.

L’abbaye de la Dormition sur le mont Sion à Jérusalem. (Crédit : Anna Kaplan/Flash90)

Le mineur dont les aveux ont été invalidés avait été arrêté aux côtés de deux autres suspects : Reuveni, qui a depuis été condamné à cinq ans et demi de prison pour l’incendie, en juillet 2015, de l’église de la Multiplication des pains et des poissons dans le nord d’Israël ; et un autre mineur mis en examen pour complicité dans l’attaque terroriste de Duma.

En juin, le tribunal de Lod avait rendu un verdict similaire a celui de mardi, rejetant les aveux d’un adolescent complice accusé d’avoir participé à l’attentat à la bombe incendiaire de Duma, estimant qu’ils avaient été obtenus sous la contrainte. Le avait accepté de le libérer. Il est depuis assigné à résidence.

Dans son annonce de lundi, le bureau du procureur du district de Lod a déclaré qu’il s’efforçait toujours de faire condamner les suspects de Duma.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...