Inquiétant pour Israël si le Hezbollah devient une source clé d’informations
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Opinion

Inquiétant pour Israël si le Hezbollah devient une source clé d’informations

Israël a toujours considéré le recours à la désinformation par nos ennemis comme un signe de faiblesse ; alors pourquoi nos dirigeants militaires et politiques s'y livrent-ils ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Vidéo de la chaîne de télévision Al-Manar du Hezbollah montrant une attaque de missile contre un véhicule militaire israélien près de la frontière nord le 1er septembre 2019, diffusée le 2 septembre. (Twitter, capture d'écran)
Vidéo de la chaîne de télévision Al-Manar du Hezbollah montrant une attaque de missile contre un véhicule militaire israélien près de la frontière nord le 1er septembre 2019, diffusée le 2 septembre. (Twitter, capture d'écran)

Pendant la nuit de dimanche à lundi, au milieu d’une profusion d’informations, de contre-informations et de désinformations sur ce qui s’était passé et ce qui ne s’était pas passé les heures ayant précédé les tirs de missiles du Hezbollah sur Tsahal à la frontière nord, j’ai écrit un court article dans lequel j’avais peur que la vérité des faits ne s’obscurcisse dans le brouillard de la quasi-guerre et je me demandais si, comme certains journalistes militaires israéliens l’avaient dit sans répit à des Israéliens dimanche après-midi, nous étions vraiment à 30 minutes d’une guerre totale.

Maintenant, il s’avère que nous étions plutôt à quelques mètres et millisecondes de la guerre totale – et nous savons cela non pas par courtoisie des autorités israéliennes, mais à cause des images du Hezbollah, admises tardivement par Israël.

Pour résumer : le 24 août, l’armée israélienne a devancé une attaque de drones armés Iran-Hezbollah contre Israël en ciblant un site au sud de Damas d’où devaient être lancés les « drones tueurs », faisant cinq morts dont deux agents du Hezbollah. Quelques heures plus tard, deux drones ont attaqué une installation de l’organisation terroriste libanaise dans le quartier de Dahiyeh à Beyrouth – frappant un QG de propagande, selon le Hezbollah ; ciblant un outil sensible et sophistiqué crucial pour les efforts conjoints de l’organisation et de l’Iran visant à équiper l’organisation chiite libanaise d’un arsenal révolutionnaire de missiles à guidage précis, selon les sources israéliennes. Israël a revendiqué la frappe en Syrie, est resté officiellement silencieux au sujet de celle de Beyrouth et s’est préparé aux représailles promises par le groupe terroriste de Hassan Nasrallah.

Cette attaque du Hezbollah a eu lieu dimanche après-midi. Israël a reconnu qu’une base militaire et des véhicules de Tsahal avaient été visés par des missiles antichars guidés. Initialement, les responsables militaires israéliens avaient déclaré qu’une ambulance de Tsahal clairement identifiée avait été touchée et « transpercée », mais ils ont dit plus tard que le terme « ambulance » était incorrect et que le véhicule ne portait pas de sigles médicaux. On a pu voir deux soldats apparemment blessés évacués par hélicoptère militaire vers l’hôpital Rambam, à Haïfa. Le Hezbollah a proclamé qu’il avait blessé et tué des soldats israéliens.

Un soldat « blessé » de Tsahal à l’héliport de l’hôpital Rambam à Haïfa, dans une évacuation simulée après qu’un VBTT a été frappé par un missile antichar du Hezbollah à la frontière du Liban le 1er septembre 2019. (Capture d’écran/Twitter)

Or le ministre du Likud, Yoav Gallant, a déclaré à la radio de l’armée qu’il n’y avait pas eu de blessés. Rambam a déclaré que les deux soldats étaient sortis de l’hôpital sans avoir eu besoin de traitement médical. Des sources israéliennes ont indiqué que les images de cette évacuation faisaient partie d’un stratagème visant à faire croire au Hezbollah que sa frappe de missiles avait « réussi » et, de ce fait, à lui faire cesser les hostilités. Ce soir-là – après que les forces armées israéliennes eurent tiré 100 obus de mortier sur le Sud-Liban, y compris sur la cellule qui avait lancé les missiles – le Hezbollah s’est effectivement abstenu de continuer à tirer sur Israël, et un calme relatif a été rétabli à la frontière. A ce stade, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré à une nation soulagée qu’aucun soldat n’avait été le moindrement blessé.

Toutefois, il semble maintenant que les informations rapportées par les correspondants militaires, en fin d’après-midi dimanche, selon lesquelles la cible principale des tirs de roquettes du Hezbollah était un véhicule médical de Tsahal vide et/ou garé étaient erronées, et que l’affirmation selon laquelle des soldats étaient à bord du même véhicule blindé de transport de troupe « Wolf », qui a été utilisé « 30 minutes » avant d’être attaqué (selon la Radio de l’armée, par exemple) était tout aussi fausse.

Au contraire, comme le montrent les images de l’attaque de missiles diffusées lundi soir par la télévision Al-Manar, affiliée au Hezbollah, le véhicule visé n’était certainement pas vide ou garé. Il parcourait plutôt une route entre le Moshav Avivim et le kibboutz Yiron. Et à l’intérieur, selon une nouvelle série d’articles de journalistes militaires israéliens, lundi soir, se trouvaient cinq soldats, qui ont aujourd’hui beaucoup de chance d’être en vie.

Le Hezbollah a toujours insisté pour que ses missiles frappent, tuent et mutilent. Ses images indiquent qu’ils n’en étaient vraiment pas loin du tout. L’armée israélienne précise maintenant qu’un éclat d’obus provenant de l’explosion d’un des projectiles a heurté un pneu, obligeant le véhicule à s’arrêter sur le bord de la route. Si les deux missiles du Hezbollah avaient été un peu plus efficaces, a déclaré une source militaire israélienne à la Douzième chaîne d’information israélienne lundi soir, la flambée de dimanche ne serait très certainement pas terminée. « Le fait que Nasrallah ait raté et n’ait tué aucun Israélien a sauvé le Hezbollah de la destruction de son programme de missiles de précision », d’après cette source. « Nos avions étaient déjà dans les airs. »

Ce qui émerge, par conséquent, c’est que Tsahal et, par extension, Israël, ont été extrêmement chanceux d’avoir échappé à la perte de vies humaines lors de l’attaque du Hezbollah de dimanche – des vies qui auraient radicalement changé ce qui s’est passé ici depuis dimanche après-midi.

Ce qui émerge aussi, c’est que l’effort initial des hiérarchies politiques et militaires israéliennes – au travers de déclarations, de fuites d’images et de briefings non sourcés – pour décrire l’incident non seulement comme un échec du Hezbollah, mais comme un incident dans lequel l’armée terroriste iranienne a été dépassée dans un épisode de guerre psychologique, n’a pas représenté exactement ce qui s’était passé.

Il y a eu, inévitablement, beaucoup de confusion dans les premières minutes et  heures qui ont suivi l’attaque de missiles du Hezbollah. Même aujourd’hui, le tableau d’ensemble n’est pas tout à fait clair ; l’armée israélienne elle-même enquête actuellement sur ce qui s’est passé exactement. Certaines inexactitudes et contradictions dans les rapports étaient sans doute la conséquence de malentendus au milieu du chaos initial. Mais d’autres sont aussi le fruit d’une désinformation visant à donner une bonne image de Tsahal – et à donner au Hezbollah une image négative et peu crédible – alors que la situation est beaucoup plus complexe dans son ensemble.

La volonté d’Israël, au cours des décennies, de reconnaître ses échecs stratégiques, d’y faire face de front et d’en tirer les leçons pour les éviter à l’avenir, a été considérée à juste titre comme un élément clé de notre force

Soyons clairs : la première obligation de nos hiérarchies militaires et politiques est de protéger et préserver Israël et ses citoyens. Et l’auteur de ces lignes ne doute pas un seul instant que cet impératif est au centre des préoccupations des chefs de l’armée et du gouvernement israéliens. Mais un élément essentiel de notre résilience nationale est la confiance du peuple israélien dans le fait que ses dirigeants militaires et politiques, dans les limites de leurs préoccupations plus larges en matière de sécurité, lui disent la vérité.

Un discours du leader du mouvement chiite libanais du Hezbollah, Hasan Nasrallah, est retransmis sur grand écran dans la banlieue sud de Beyrouth, la capitale libanaise, le 2 septembre 2019. (AFP)

Pendant des décennies, nous nous sommes moqués des dirigeants arabes qui ont induit en erreur leurs citoyens sur l’évolution de leurs différentes guerres contre Israël, et nous avons considéré à juste titre la désinformation désespérée avec laquelle nos ennemis ont tenté de couvrir leurs échecs militaires comme un signe de faiblesse. La volonté d’Israël, au cours des décennies, de reconnaître ses échecs stratégiques, d’y faire face de front et d’en tirer les leçons pour les éviter à l’avenir, a été considérée à juste titre comme un élément clé de notre force.

Dans ce contexte, il est profondément déconcertant de voir les images d’une attaque au missile du Hezbollah sur un véhicule de Tsahal occupé et se déplaçant rapidement, un jour après que les hiérarchies officielles d’Israël, par une combinaison de choses dites et soigneusement laissées de côté, ont initialement livré un récit destiné à suggérer une attaque moins sérieuse, moins efficace.

Les Israéliens ne veulent pas que Hassan Nasrallah ou nos autres ennemis nous fournissent des informations crédibles sur ce qui se passe près de notre frontière nord, ou sur tout autre endroit, d’ailleurs. Encore une fois, dans les limites de leurs préoccupations plus larges en matière de sécurité, nous nous attendons à ce que nos dirigeants nous en fassent part.

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