Irrités de l’ascension de Trump, juifs et musulmans s’allient
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Irrités de l’ascension de Trump, juifs et musulmans s’allient

Des groupes religieux s’associent pour se battre contre ce qui les inquiète après la victoire inattendue du président élu

Yossi Klein Halevi, à gauche avec Abdullah Antepil, sont les codirecteurs du Muslim Leadership Initiatve (Crédits : Netanel Tobias/Shalom Hartman Institute)
Yossi Klein Halevi, à gauche avec Abdullah Antepil, sont les codirecteurs du Muslim Leadership Initiatve (Crédits : Netanel Tobias/Shalom Hartman Institute)

JTA – Depuis toujours, lorsque juifs et musulmans ouvrent le dialogue et s’engagent ensemble, c’est au sujet d’une seule thématique : le conflit israélo-palestinien.

Mais il semblerait que les choses évoluent, l’ascension de Trump à la présidence. En dépit de tout ce qui se passe de l’autre côté de l’océan, juifs et musulmans aux États-Unis s’associent pour se battre pour ce qui les préoccupe, au sein de leur pays.

« C’est peut-être une reconnaissance croissante que [le conflit israélo-palestinien] ne peut pas définir les relations entre les juifs américains et les musulmans américains », explique le rabbin David Fox Sandmel, le directeur de l’engagement interreligieux de la Ligue Anti-Diffamation.

« Les préoccupations communes que nous avons au sujet de la discrimination, des préjugés, des menaces de violence, de la dépossession, ce sont le genre de choses qui nous rapprochent. »

Lundi, l’American Jewish Committe et l’Islamic Society of North America a lancé le Muslim Jewish Advisory Council, un groupe de dirigeants religieux et d’hommes d’affaires des deux communautés aideront à rédiger des projets de loi sur la politique intérieure et feront la promotion des inquiétudes que les deux groupes partagent.

L’ADL prévoit d’intensifier ses efforts pour aider à la lutte contre l’intolérance musulmane.

Le Shalom Hartman Insitute’s Muslim Leadership Initiative, qui informe les jeunes musulmans à propos du judaïsme et d’Israël a organisé un séminaire durant le week-end intitulé « Vivre dans l’Amérique de Trump : la vulnérabilité musulmane et les échos juifs ».

« Ce qui a découlé de l’atmosphère empoisonnée créée par Trump, c’est que tous les musulmans américains cherchent désespérément des alliés », explique Yossi Klein, le codirecteur du Muslim Leadership Initiative.

« L’argument du MLI, selon lequel les juifs sont, en théorie du moins, des alliés naturels des musulmans assiégés, devient irréfutable. »

Les groupes juifs et musulmans ont manifesté leur inquiétude concernant la rhétorique de Trump et les actions de ses partisans, dans le cadre de la campagne présidentielle. Les musulmans ont protesté en 2015 contre l’appel de Trump à interdire l’immigration musulmane aux États-Unis, ainsi qu’au sujet de ses insinuations selon lesquelles les musulmans auraient célébré les attentats du 11 septembre 2001 et qu’ils détiennent des informations au sujet du terrorisme.

Durant sa campagne, les attaques contre les musulmans ont connu une recrudescence, et une nouvelle série d’attaques fait rage depuis son élection.

Et bien que Trump n’ait pas officiellement pris les juifs pour cible, des groupes juifs tirent le signal d’alarme, suite au soutien qu’il reçoit des nationalistes blancs, et des attaques antisémites en ligne de ses sympathisants, ainsi que ses propos à la fin de sa campagne, à teneur antisémite.

Des groupes juifs ont protesté contre la nomination de Stephen Bannon au poste de chef de la stratégie.

Le président exécutif du site Breitbart News a été accusé d’incitation contre les musulmans et de compter des antisémites parmi ses auteurs et lecteurs. De plus, l’ADL a déploré une « vague de vandalisme antisémite » depuis l’élection.

Dans le passé, les positions sensibles et divergentes au sujet de l’extrémisme islamique ou de l’action militaire israélienne a séparé les groupes. Ibrahim Hooper, porte-parole pour le Council on American-Islamic Relations, déclare qu’il espère que les groupes juifs seront enclins à travailler avec son organisation après l’élection de Trump. Les groupes juifs, dont l’ADL se sont abstenues de travailler avec le CAIR, étant donné ses positions anti-Israël.

« Nous avons toujours été ouverts à une action partagée et commune avec la communauté juive », affirme Hooper.

« Nous n’avons pas besoin d’un Donald Trump pour nous y inciter. Je pense que cela a créé un besoin urgent d’une coopération mutuelle entre toutes les organisations et les communautés qui partage le même état d’esprit. »

Le Muslim-Jewish Advisory Council compte 31 membres des deux communautés, et a été établi peu après l’élection de Trump la semaine dernière. Le conseil se focalisera sur la protection du droit à se couvrir la tête, à interdire la discrimination au travail, à signaler les crimes haineux et la défense des immigrants et des réfugiés, selon Robert Silverman, le directeur des relations entre musulmans et juifs pour l’American Jewish Committee.

« C’est une réaction à l’intolérance et aux discours haineux qui ont émané de la campagne », analyse Silverman.

« Nous sommes inquiets du discours public dans tout le pays. Nous sommes aussi inquiets des messages qui ont pris naissance dans les deux communautés. Le phénomène Trump va juste accélérer les choses. »

Les activistes juifs, qui ont longtemps encouragé la collaboration entre juifs et musulmans, croient que leur communauté prend enfin forme.

Le rabbin Marc Schneier, cofondateur de la Foundation for Ethnic Understanding, qui rapproche les dirigeants des deux religions, espère que les juifs viendront défendre les musulmans si Trump met en pratique sa proposition d’interdire aux musulmans l’accès au pays, ou de créer un registre des Américains musulmans.

En juin, la fondation de Schneier a lancé une initiative appelée Muslims are Speaking Out, qui met en valeur les condamnations de l’extrémisme de la part des musulmans, et vise à détruire les légendes que les Américains entretiennent à l’égard de la communauté musulmane.

« Nous avons un obstacle, une islamophobie grandissante, une rhétorique antimusulmane », explique Schneier.

« C’est un nouveau test pour la communauté juive américain. Vont-ils s’entraider, et agir comme ils l’ont fait dans le passé ? »

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