Rechercher

Israël accélère la procédure d’entrée des réfugiés ukrainiens naturalisables

Face au nombre croissant de réfugiés ukrainiens avec des attaches juives, Israël décide d'ouvrir ses portes, subordonnant l'octroi de la citoyenneté à un examen ultérieur

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Illustration. Des réfugiés juifs ukrainiens dans un refuge d’urgence parrainé par l’International Fellowship of Christians and Jews et le Joint Distribution Committee à Chisinau, en Moldavie, le 5 mars 2022. (Nati Shohat/Flash90)
Illustration. Des réfugiés juifs ukrainiens dans un refuge d’urgence parrainé par l’International Fellowship of Christians and Jews et le Joint Distribution Committee à Chisinau, en Moldavie, le 5 mars 2022. (Nati Shohat/Flash90)

Un haut responsable israélien a déclaré au Times of Israël, dimanche soir, que pour faire face au nombre croissant de demandes d’immigration introduites par des réfugiés ukrainiens d’ascendance juive, le gouvernement avait décidé d’assouplir les conditions d’entrée afin de généraliser l’entrée, sans accorder immédiatement la citoyenneté.

Jusqu’à présent, les réfugiés ukrainiens désireux d’immigrer en Israël devaient attendre que leurs documents soient approuvés pour recevoir un visa d’immigration, leur conférant la citoyenneté dès leur arrivée.

Cette procédure a généré un engorgement important, forçant les candidats à l’immigration à patienter sine die dans les pays voisins le temps que les agents israéliens examinent leurs documents et s’assurent de leur éligibilité à la citoyenneté. Ce processus déjà long était encore compliqué par le fait que de nombreux réfugiés, fuyant les zones de guerre, n’avaient pas les documents nécessaires en leur possession et aucun moyen de les récupérer.

En vertu de la Loi israélienne du retour, la citoyenneté peut être automatiquement accordée à toute personne ayant au moins un grand-parent juif.

Le nouveau système, baptisé « Voie verte », permettra à presque tous les réfugiés pouvant raisonnablement prétendre être éligibles à la citoyenneté israélienne d’entrer dans le pays, sans recevoir de visas d’immigration. Une fois en Israël, ils finaliseront le processus d’immigration pour recevoir la citoyenneté, a déclaré Neta Briskin-Peleg, chef de l’organisation gouvernementale Nativ, au Times of Israel.

Briskin-Peleg a déclaré que cette décision avait été motivée par le très grand nombre de réfugiés fuyant la guerre en Ukraine. « Avec de telles foules, même avec 100 agents de plus, nous n’aurions pas pu traiter les demandes dans les temps », a-t-elle déclaré.

Nativ a été créé dans les années 1950 pour faciliter le contact entre les Juifs soviétiques et Israël, assistant aujourd’hui les ressortissants de pays de l’ex-Union soviétique éligibles à la citoyenneté israélienne à émigrer en Israël.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a généré une hausse importante des demandes d’immigration, que Nativ a été chargé d’examiner et valider en sa qualité de représentant du gouvernement israélien.

Nativ a essuyé des critiques récurrentes tenant à la lenteur d’examen des demandes et de délivrance des visas, laissant les demandeurs en attente dans un état d’incertitude difficile à gérer.

« L’État d’Israël fait tout – tout – pour compliquer l’arrivée de Juifs en Israël », a déclaré dimanche Yoel Azman, fils de l’éminent rabbin ukrainien Moshe Azman, au Times of Israël, depuis Chisinau, la capitale moldave.

« Nous avons plus de 1 400 lits occupés. Et, chaque minute, il continue d’arriver des réfugiés », a-t-il déclaré. Azman a déclaré que certains de ces lits étaient de simples matelas posés sur des planchers dans des salles de stockage car il n’y avait plus de place.

Selon Azman, bon nombre des personnes dont lui et d’autres bénévoles s’occupent à Chisinau sont des femmes âgées et des personnes handicapées, avec des problèmes de santé -autant de personnes que l’on peut difficilement faire dormir sur des matelas à même le sol pendant de longues périodes, le temps que leurs documents soient examinés.

« La situation est catastrophique », a-t-il ajouté.

Un porte-parole de l’International Fellowship of Christians and Jews (IFCJ), qui travaille en étroite collaboration avec le gouvernement sur les questions d’immigration, a reconnu le problème, déclarant que les assouplissements annoncés par le gouvernement étaient supposés résorber les demandes en souffrance.

Le porte-parole de l’IFCJa indiqué que des vols supplémentaires étaient programmés au départ de Chisinau, afin d’assurer le départ d’au moins un vol et environ 150 réfugiés vers Israël chaque jour. L’un de ces vols, avec 170 réfugiés á son bord, est arrivé à l’aéroport Ben Gurion dimanche après-midi.

Chisinau est devenu l’une des principales bases arrières pour les réfugiés fuyant l’Ukraine à la suite de l’invasion meurtrière du pays par la Russie, initiée le 24 février. Selon les estimations des Nations Unies, au moins 2,5 millions d’Ukrainiens auraient trouvé refuge dans des pays voisins. Des milliers d’entre eux sont des Ukrainiens éligibles à la citoyenneté israélienne, soit parce qu’ils sont juifs eux-mêmes, soit parce qu’au moins un de leurs grands-parents est juif.

Dans l’attente qu’Israël fasse plus rapidement entrer les réfugiés, Azman a confié inviter des réfugiés à évacuer vers l’Allemagne ou la Pologne. « Nous disons aux gens d’aller en Allemagne. Je n’irai pas en Allemagne à cause de ce qu’ils ont fait à ma famille [pendant la Shoah]. Mais nous envoyons des bus remplis de réfugiés en Allemagne, en Pologne, partout, mais pas en Israël. »

Azman a déploré que, contrairement à l’Allemagne ou d’autres pays européens qui acceptent sans conditions les réfugiés ukrainiens et leur offrent immédiatement allocations de logement, permis de travail et autres services, Israël agisse avec une extrême lenteur.

« En Allemagne, là où ils ont tué nos grands-parents, ils vous donnent un appartement, du travail, etc. Etre traité de cette façon [par Israël], est-ce cela que les Juifs attendaient ? », a-t-il demandé.

Le changement de procédure annoncé dimanche soir par Nativ est intervenu en même temps que l’annonce par la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, que les réfugiés ukrainiens avec des parents en Israël ne seraient pas concernés par le plafond d’entrée -fixé à 25 000 personnes- de réfugiés inéligibles à la citoyenneté.

Cette décision a été prise dans le contexte de critiques croissantes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du gouvernement, de la politique menée par Israël en matière de réfugiés.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...