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Israël doit-il lancer des représailles immédiates contre l’Iran ? Les députés sont divisés

Certains membres de l'extrême-droite gouvernementales appellent à la vengeance ; Gantz et Gallant, au sein du cabinet de guerre, sont plus mesurés, réclamant l'établissement d'une alliance mondiale

Des avions après leur atterrissage dans le sillage d'une mission d'interception de l'attaque lancée par l'Iran, le 14 avril 2024. (Crédit : Armée israélienne)
Des avions après leur atterrissage dans le sillage d'une mission d'interception de l'attaque lancée par l'Iran, le 14 avril 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Les membres issus de l’extrême-droite qui appartiennent à la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont appelé avec force Israël à réagir immédiatement et avec force à l’attaque qui a été lancée par l’Iran dans la nuit de samedi à dimanche. D’autres, plus modérés – cela a été notamment le cas de Benny Gantz, ministre au sein du cabinet de guerre – ont exhorté Israël à opter pour une approche plus équilibrée, avec pour objectif d’éviter une escalade susceptible de devenir incontrôlable.

Si certains membres du cabinet de sécurité ont lancé des appels véhéments en faveur de représailles, selon des informations parues dans les médias israéliens, le cabinet a autorisé, samedi soir, la cellule de commandement militaire gouvernementale – dont les seuls membres disposant d’un droit de vote sont Gantz, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant – à prendre la décision définitive portant sur une éventuelle riposte.

Dans une indication possible de la réponse pour laquelle Israël pourrait opter, Gantz a déclaré, dimanche après-midi, qu’Israël devait renforcer « l’alliance stratégique et la coopération régionale » qui ont permis au pays de résister à l’attaque iranienne.

« Face à la menace de l’Iran, nous construirons une coalition régionale et nous ferons payer l’Iran avec les moyens qui nous conviendrons et au moment que nous choisirons. Et plus important encore, face à ce désir nourri par nos ennemis de nous porter atteinte, nous allons nous unir et nous deviendrons plus fort », a déclaré Gantz, semblant indiquer que lui-même n’était pas favorable à des représailles immédiates contre la république islamique.

Le cabinet de guerre et de hauts-responsables israéliens de la sécurité se rencontrent quelques heures après l’attaque lancée contre Israël par l’Iran à Tel Aviv, le 14 avril 2024. (Crédit : Amos Ben Gershom/ GPO)

« Même aujourd’hui, nous devons nous souvenir que nous n’avons pas achevé nos missions – en premier lieu, assurer le retour des otages et parvenir à éliminer la menace qui plane sur les résidents du nord et du sud », a-t-il ajouté. « Nous continuerons cette campagne avec détermination, avec le sens de la responsabilité. Et ensemble – nous gagnerons », a-t-il continué.

Pour sa part, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a appelé de ses vœux une contre-attaque « écrasante » dans une série de déclarations qui ont été faites, ce week-end, insistant sur le fait que le seul moyen d’instaurer la dissuasion était de « se lâcher complètement » et d’abandonner les principes « de retenue et de proportionnalité ».

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir s’exprime avant une réunion de faction à la Knesset, le 18 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« La riposte d’Israël ne peut pas prendre la forme d’un simple épouvantail, comme c’était le cas de ces bombardements effectués dans les dunes au cours des dernières années à Gaza », a dit le politicien d’extrême-droite dans une vidéo qui critiquait les frappes de représailles israéliennes qui avaient pu avoir lieu dans la bande avant le 7 octobre, les qualifiant d’inefficaces. « Ces concepts de retenue et de proportionnalité sont des concepts qui ont disparu depuis le 7 octobre ».

Une rhétorique partagée par Bezalel Smotrich, ministre des Finances ultra-nationaliste au sein du gouvernement de Netanyahu, qui a martelé que le moment était venu de « restaurer la dissuasion » dans une vidéo.

« Et aujourd’hui, tous les regards, dans le Moyen-Orient tout entier et dans le monde, sont portés sur l’État d’Israël. Si notre réponse continue à résonner dans tout le Moyen-Orient pour toutes les générations à venir – alors nous gagnerons », a-t-il affirmé.

« Si nous hésitons, Dieu nous en préserve, nous nous placerons, nous et nos enfants, dans une situation de danger existentiel, » a averti Smotrich, suite à une déclaration antérieure où il appelait Israël à envahir la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, pour « restaurer le contrôle israélien plein et entier » au sein de l’enclave côtière.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors d’une conférence de presse, à la Knesset, à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des propos qui ont été tenus après que le site d’information américain Axios a fait savoir que Biden avait dit à Netanyahu qu’il s’opposerait à toute contre-attaque israélienne face à l’Iran, ajoutant que les États-Unis ne rejoindraient aucune riposte de ce type et que le Premier ministre devrait « remporter la victoire » seul.

S’exprimant pour le compte de Netanyahu, le secrétaire de cabinet Yossi Fuchs aurait appelé les membres du gouvernement à ne pas s’exprimer ouvertement sur les sujets de l’Iran et des États-Unis, ont indiqué les médias israéliens.

En plus de Ben Gvir et Smotrich, d’autres membres du cabinet de sécurité ont, eux aussi, procédé à des déclarations agressives, voire belliqueuses après l’attaque.

« Nous avions dit que si l’Iran attaquait Israël, nous riposterions sur le territoire iranien. C’est encore valable », aurait affirmé, selon la Douzième chaîne, le ministre des Affaires étrangères Israel Katz tandis que la ministre des Transports, Miri Regev, a écrit sur Twitter que l’État juif « est prêt à se défendre et à attaquer l’Iran ». « Ceux qui nous portent atteinte en paieront le prix lourd », a-t-elle ajouté.

Malgré cela, les appels en faveur de frappes immédiates contre la république islamique restent loin d’être généralisés – et même certains membres du cabinet de la Knesset, connus pour leur esprit plutôt va-t-en-guerre, ont appelé à une riposte tout en demandant avec force de s’abstenir d’ouvrir un nouveau conflit régional sans préparation suffisante.

Saluant l’armée et les alliés d’Israël, le ministre de l’Éducation du Likud, Yoav Kisch, a expliqué que « calmement, judicieusement, c’est le moment de passer à l’attaque » tandis que le député du parti Tikva Hadasha et ancien ministre du cabinet Gideon Saar – qui a demandé de manière répétée à Netanyahu de passer à la vitesse supérieure dans la guerre à Gaza – a insisté sur le fait que l’attaque commise par Téhéran « a apporté à Israël une marge de manœuvre et une flexibilité stratégique ».

Le président du parti Tikva Hadasha, Gideon Saar, s’exprimant lors d’une conférence de presse, à Tel Aviv, le 25 mars 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Il faut savoir comment adopter également une sorte de patience stratégique. Israël n’est pas dans l’obligation de précipiter sa riposte et de troubler l’ordre de ses priorités », a-t-il écrit sur Twitter, demandant à l’État juif de se focaliser « sur la défaite du Hamas et sur la libération des otages ».

« C’est la bonne chose à faire, c’est le plus judicieux. Le moment viendra de s’attaquer à l’Iran », a-t-il poursuivi.

Même certains des députés les plus belliqueux de l’arène politique israélienne ont fait preuve de plus de prudence que ce n’est le cas d’habitude dans leurs propos, appelant le gouvernement à agir mais sans réclamer pour autant une attaque immédiate sur le sol iranien.

« Une fois que vous avez montré votre faiblesse – vous ne parvenez plus à survivre longtemps » au Moyen-Orient, a commenté Evgeny Sova, parlementaire élu sous l’étiquette de la faction Yisrael Beytenu et membre de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense auprès du Times of Israel, sans préciser ce que devrait être la nature de la réponse israélienne.

« Nous devons riposter parce qu’ici, on ne comprend que la puissance », a fait savoir, par le biais d’un message échangé via WhatsApp, le porte-parole du député Matan Kahana, qui appartient au parti HaMahane HaMamlahti. « Nous déterminerons comment, quand et où elle aura lieu et cette riposte se fera conformément à ce que sont les intérêts de l’État d’Israël ».

Dan Illouz, du Likud, a indiqué au Times of Israël : « Israël devra apporter une riposte décisive – mais à nos conditions ».

Alors qu’il lui était demandé comment les membres du parti du Premier ministre réagissaient à l’attaque et ce qu’ils attendaient de Netanyahu suite à cette dernière, le législateur Danny Danon a dit qu’il pensait « représenter le sentiment d’un grand nombre de membres du Likud, qui estiment qu’il est impossible que nous ignorions ce qui s’est produit ».

Mais si Danon a déclaré croire qu’il fallait riposter à l’attaque iranienne dans les meilleurs délais, il a noté qu’il était inutile de tenter d’analyser les représailles potentielles « en fonction des pressions politiques » – un point de vue partagé par une autre personnalité de premier plan du Likud qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat.

Le système de défense antiaérienne du Dôme de fer intercepte des missiles tirés par l’Iran dans le centre d’Israël, le 14 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Tomer Neuberg)

Selon cette source du Likud, si le sentiment qui prévaut au sein du parti est celui de la nécessité de procéder à des frappes de représailles, il n’y a pas de consensus pour autant sur la question et les points de vue exprimés ont probablement moins de poids que peuvent le laisser penser les commentateurs.

« Les seules personnes qui pourront prendre une décision sont au nombre de trois et ce sont Gallant, Gantz et Netanyahu, » a poursuivi la source, faisant référence aux informations relayées par les médias qui ont laissé entendre que le cabinet de sécurité avait donné toute latitude au cabinet de guerre concernant la décision à prendre sur la riposte à apporter à l’attaque iranienne.

Ce qui signifie que le cabinet de guerre, qui s’est réuni dimanche après-midi, n’aura pas besoin de présenter ses décisions à l’approbation au cabinet de sécurité, rationalisant un processus où la prise de décision doit être rapide.

« Au-delà de ça, je ne vois pas réellement autre chose que des positionnements politiques », a continué la source.

Des manifestants agitent des drapeaux iraniens et palestiniens devant l’ambassade britannique de Téhéran après l’attaque lancée par la république islamique contre Israël, le 14 avril 2024. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Ignorant la mise en garde présumée qui avait été lancée par Fuchs et quelques minutes après la déclaration de Gantz, le ministre de la Culture Miki Zohar, du Likud, a pour sa part émis un communiqué où il a critiqué « la réponse faible » apportée à l’agression iranienne, évoquant « la continuation du concept périmé de la logique raisonnable face à des terroristes brutaux ».

« Ce concept a échoué contre le Hamas et nous avons eu le 7 octobre, et il a encore une fois échoué contre le Hezbollah qui nous attaque de façon continue – ce qui a entraîné l’évacuation des résidents du nord – et il échouera, une fois encore, contre l’Iran qui n’a pas hésité à attaquer directement Israël ».

Ces critiques ont été émises après une déclaration antérieure où il avait affirmé qu’Israël « bénéficie d’une large légitimité internationale… en ce qui concerne une attaque de représailles contre l’Iran avec une démonstration de force sans précédent » dans le sillage de l’agression. Il avait appelé de ses vœux une réponse militaire sans merci « contre la tête du serpent qui œuvre à détruire Israël ».

Gallant a, lui aussi, souligné l’importance de l’établissement d’une alliance anti-iranienne dans la journée de dimanche.

Alors qu’il rendait visite aux soldats responsables de l’un des systèmes de défense antiaérienne Arrow 3 qui ont aidé à intercepter les missiles balistiques iraniens dans la nuit de samedi à dimanche, Gallant a dit que « nous avons l’opportunité, ici, de créer une alliance stratégique contre cette grave menace en provenance de l’Iran qui menace de placer des explosifs nucléaires sur les têtes de ces missiles. »

« Ce qui peut être très grave. Israël, les États-Unis et leurs alliés doivent s’unir pour contrer cette menace », a noté Gallant.

Les membres de l’opposition, pour leur part, ont prôné une approche qui ressemble davantage à celle de Gantz qu’à celle de Zohar. La cheffe sortante d’Avoda, Merav Michaeli, a écrit sur Twitter que le rôle tenu par les alliés du pays, qui ont aidé à contrecarrer l’attaque, « a prouvé, une fois encore, combien l’alliance stratégique avec les États-Unis et avec les pays de la région est déterminante pour la sécurité de l’État d’Israël ».

Le ministre de la Culture et des Sports Miki Zohar arrivant à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 10 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Aujourd’hui, les mêmes personnalités qui ont lancé des incitations à l’encontre des États-Unis, à l’encontre des traités régionaux et de l’establishment de la sécurité tentent de leur dire que le moment est venu de lancer ‘une attaque décisive’ sans réaliser qu’il est impossible pour Israël d’agir seul face à ces menaces », a-t-elle poursuivi.

« Ne les laissons pas se cacher derrière des propos va-t-en-guerre qui nous entraîneront dans une guerre terrible et sans fin dans la région. Une telle guerre servirait Netanyahu, elle ne servirait pas l’État d’Israël. Il est temps de profiter de cet élan pour conclure un accord régional qui mettra un terme à la guerre et qui garantira le retour de nos otages ».

De son côté, un porte-parole du leader de l’opposition, Yair Lapid, a refusé de répondre à une question portant sur la nature de la riposte privilégiée par le chef de Yesh Aid à l’attaque lancée par l’Iran. Lapid a toutefois écrit sur Twitter que « le monde est plus fort quand nous nous unissons contre la menace du terrorisme, contre l’extrémisme et contre le régime fanatique de l’Iran ».

Alors qu’il lui était demandé pourquoi Lapid était resté aux États-Unis, ce week-end, alors que sa dernière rencontre avec un responsable américain était prévue jeudi, le porte-parole a confirmé qu’il se trouvait à bord de l’avion le ramenant au sein de l’État juif, sans donner de détail sur ses activités du week-end.

Emanuel Fabian et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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