Israël doit se préparer à des températures de 50°C en été, d’après un expert
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Israël doit se préparer à des températures de 50°C en été, d’après un expert

L'un des auteurs d'un rapport sur le changement climatique couronné d'un prix Nobel prévient que le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord souffriront le plus du changement climatique

Des enfants jouent dans une fontaine, près de la Tour de David, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2016. (Crédit : Corinna Kern/Flash90)
Des enfants jouent dans une fontaine, près de la Tour de David, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2016. (Crédit : Corinna Kern/Flash90)

Les Israéliens devraient se préparer à des températures estivales caniculaires atteignant les 46 degrés Celsius d’ici 2050 et les 50°C d’ici 2100, à moins que les dirigeants de la planète ne réduisent les émissions de gaz à effet de serre pour ralentir le réchauffement climatique, avertit un expert climatique de renommée mondiale.

En Israël, l’utilisation de climatiseurs et la capacité du pays à dessaler de grandes quantité d’eau permettra de limiter les effets de la chaleur accablante et du déclin des sources d’eau naturelle, a expliqué le Prof. James (Jim) Salinger au Times of Israël lors d’une visite récente pour une conférence universitaire sur le climat méditerranéen à Tel Aviv.

Mais il a souligné la possibilité que si les voisins d’Israël ne disposent pas de ces avantages, alors la pénurie d’eau et les conséquences de la chaleur pourraient pousser des populations désespérées à se disputer des ressources limitées. En outre, les gens qui mourront bientôt périront plus tôt dans le cadre d’un phénomène que les scientifiques appellent sobrement le déplacement de la mortalité, a-t-il prévenu. La montée des températures et la réduction de la végétation provoqueront également une mort accru des espèces animales par épuisement.

Alors que dans d’autres régions du monde le réchauffement aura des effets sur la saison hivernale, on prévoit des étés caniculaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, avec des vagues de chaleur pouvant s’étendre sur 118 jours par an d’ici 2050 si les gouvernements ne changent rien, a mis en garde l’expert néo-zélandais.

Des militants et manifestants israéliens protestent contre l’inaction climatique à Tel Aviv, le 27 septembre 2019. (Ahmad Ghababli/AFP)

Le Moyen-Orient, un hotspot climatique

Jim Salinger était l’un des auteurs du rapport spécial sur les scénarios d’émission (RSSE) publié par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU en 2000. Il a ensuite dirigé un groupe de scientifiques australiens ayant travaillé sur le quatrième rapport d’évaluation du GIEC (AR4) en 2007 — un rapport qui avait remporté le prix Nobel de la Paix cette année-là aux côtés du militant environnemental et ancien vice-président américain Al Gore.

Ancien membre de l’Institut national sur la recherche hydrique et atmosphérique néo-zélandais, il a été invité à enseigner dans de nombreuses universités au fil des ans, notamment à Stanford et Haïfa, et aujourd’hui à Florence. Il faisait partie des plus de 11 000 scientifiques de 153 pays ayant signé un communiqué au début du mois avertissant que la crise climatique était là, qu’elle avançait à plus grands pas que ne l’avaient prévu la plupart des scientifiques et que des mesures urgentes et de poids devaient être adoptées.

M. Salinger a expliqué que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont des points chauds en matière de changement climatique parce qu’ils sont très arides.

Jim Salinger, climatologue international, à Jérusalem, le 10 novembre 2019. (Sue Surkes/Times of Israel)

« La chaleur est de l’énergie et lorsqu’elle frappe la glace ou l’eau, son énergie est d’abord déployée pour changer l’état de cette eau – pour faire fondre la glace en eau ou pour transformer l’eau en vapeur », a-t-il expliqué. « Quand on fait fondre de la glace, l’eau ne se réchauffe pas avant d’avoir complètement fondu. Dans les endroits où la terre est sèche, la chaleur réchauffe immédiatement l’air. »

« Sur la côte d’Israël, il y a encore de la brise marine et de l’humidité. Mais vous allez avoir des jours à 50 degrés à l’intérieur des terres, que vous viviez à Jérusalem ou à Petah Tikva. »

Un croissant qui n’est plus fertile

« Dans des régions comme le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, il est probable que les hausses seront de deux degrés Celsius (3,6 °F) supérieures à la moyenne mondiale. Ajoutez à cela moins de pluie et d’eau et le Croissant Fertile ne sera plus le Croissant Fertile », a dit M. Salinger.

Les feux de forêt comme celui qui ravage les alentours de Barta’a dans la région de Wadi Ara en pleine vague de chaleur devraient se multiplier avec le changement climatique, le 17 juillet 2019. (Capture écran / Twitter)

« Lorsque les gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère, ils forment quelque chose comme une couverture autour de la terre, ce qui empêche la chaleur de s’échapper », explique-t-il.

« Avec plus de gaz à effet de serre, il y aura plus d’événements extrêmes – les vents chauds de l’est (appelés sharav en hébreu et hamseen en arabe) seront plus chauds et il y aura plus de tempêtes de pluie tropicales et plus fortes. Quand l’air est plus chaud, il retient plus d’humidité. »

« Certains de mes collègues ont prédit des conflits à cause de la chaleur excessive et du manque d’eau. Les gens deviennent très irritables quand il fait si chaud », a-t-il ajouté.

M. Salinger a averti que le réchauffement climatique s’accélère à un rythme alarmant. Entre 1977 et 2017, les Alpes du Sud de la Nouvelle-Zélande ont perdu 24 % de leur glace. Rien qu’au cours des deux derniers étés, où les températures ont augmenté de deux degrés Celsius par rapport à la moyenne annuelle du pays, les Alpes ont perdu 13 % de plus de leur glace.

Cette photo prise le 1er juin 2009 montre l’Aoraki enneigé, également appelé Mount Cook, se reflétait dans les eaux du lac Matheson, en Nouvelle-Zélande. L’Aoraki est le sommet le plus haut de l’hémisphère sud. (Crédit : AP Photo/Kathy Matheson)

En Israël, les responsables disent souvent que le pays est un acteur minime sur la scène mondiale, ne contribuant que pour 0,2 % des gaz à effet de serre.

Salinger a répondu : « La Nouvelle-Zélande contribue exactement de la même façon – 0,2 % – mais j’appelle mon pays ‘New Saneland’. Notre gouvernement vient tout juste d’adopter une loi sur le carbone zéro pour ramener le carbone à zéro d’ici 2050. Il n’y aura plus de nouveaux permis de prospection de charbon ou de pétrole. »

« Si ce que les Israéliens veulent dire, c’est qu’il ne sert à rien de réduire les émissions de carbone parce qu’Israël est si petit, c’est comme si je disais que je ne paierai pas d’impôts parce que cela ne fera pas de différence. Et si tout le monde le fait ? »

La triste réalité, cependant, c’est que, quoi qu’Israël fasse, il risque d’être durement touché par le réchauffement climatique par la faute d’autres gouvernements, a-t-il dit.

Chaque Israélien semble avoir besoin d’une voiture

« En Israël, le principal problème est l’utilisation des combustibles fossiles, de l’industrie et des voitures. Tout le monde semble avoir besoin d’une voiture. L’électrification des chemins de fer est la bonne chose à faire. Disposer d’une très bonne infrastructure de transport public est une bonne chose. »

Des voitures coincées dans un embouteillage sur l’Autoroute 2 (route côtière) à la veille de Pessah, le 19 avril 2018. (Meir Vaknin/Flash90)

Le gaz naturel – qu’Israël considère comme fournissant environ 80 % de ses besoins énergétiques d’ici 2030 – « n’est pas propre », a-t-il poursuivi. « Il produit moins de gaz à effet de serre que le pétrole ou le charbon parce que vous brûlez du méthane plutôt que du dioxyde de carbone et que les gens le considèrent comme un combustible de transition. Mais les systèmes d’énergie solaire ont chuté de façon spectaculaire dans les prix au point que l’exploitation de grandes centrales électriques avec des combustibles fossiles devient de moins en moins rentable. Israël est un endroit très ensoleillé et vous avez d’immenses zones désertiques qui ne sont pas utilisées pour l’énergie solaire. »

M. Salinger a déclaré que le principal problème de la Nouvelle-Zélande était le « rot des vaches et des moutons » – le bétail émet du méthane – dans un pays où l’agriculture est la principale industrie.

« Le rapport du GIEC sur l’utilisation des terres, publié il y a quelques mois, indique que 25 % des gaz à effet de serre proviennent de l’utilisation des terres et de la gestion forestière. L’élevage d’animaux pour la viande est un gaspillage incroyable », dit-il. « C’est la partie que la Nouvelle-Zélande devra assainir. »

Interrogé sur son optimisme quant à l’avenir, M. Salinger s’est dit encouragé par les manifestations de masse des millénaires qui exigent que leurs gouvernements prennent des mesures pour lutter contre les changements climatiques. « Mais je ne pense pas que nous allons maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 2 degrés [au-dessus des niveaux préindustriels, comme prévu par les Accords de Paris sur le climat] si nous ne réduisons pas rapidement les émissions dues à la combustion fossile.”

Le grand-père de Salinger a émigré de Lettonie en Nouvelle-Zélande en 1900. Depuis 1925, sa famille vit à Dunedin, sur l’île du Sud, où se trouve la communauté juive la plus au sud du monde. Ses cousins furent les premiers Kiwis à émigrer en Israël, suivis plus tard par son frère.

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