Dave Sharma : Israël est “dans notre sang”
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Interview

Dave Sharma : Israël est “dans notre sang”

Sur le départ après quatre ans à Tel Aviv, l'ambassadeur australien revient sur les relations étroites, les leçons tirées et quelques “conversations difficiles”

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur australien sortant Dave Sharma lors d'une cérémonie d'adieu à Tel Aviv, le 11 juin 2017 (Crédit : Ariel Besor)
L'ambassadeur australien sortant Dave Sharma lors d'une cérémonie d'adieu à Tel Aviv, le 11 juin 2017 (Crédit : Ariel Besor)

Cela relève de l’exercice diplomatique pour les ambassadeurs de complimenter les pays qui les ont accueillis avant leur départ. Mais lors de sa fête d’adieu qui a eu lieu dimanche à Tel Aviv, Dave Sharma, l’ambassadeur australien sortant en Israël, est allé bien au-delà, utilisant une métaphore peu conventionnelle pour décrire l’attachement de sa famille à l’Etat juif.

« Je peux honnêtement dire qu’Israël sera toujours dans nos cœurs. Israël sera toujours dans notre sang », a-t-il déclaré à ses invités réunis au Centre Peres pour la paix, s’exprimant en hébreu.

« Peut-être est-ce mieux de le dire en anglais qu’en hébreu, je n’en suis pas sûr. Mais cela veut essentiellement dire qu’Israël fait maintenant partie de notre âme », a indiqué Sharma mercredi au Times of Israël, vingt-quatre heures avant que lui, son épouse Rachel Lord et leurs trois enfants ne quittent Israël après quatre années passées dans le pays.

« Israël aura eu une empreinte formatrice non seulement sur mon existence mais aussi sur celles de mon épouse et de mes enfants, a expliqué ce diplomate discret et affable. C’est quelque chose que nous garderons toujours en nous – pas seulement les souvenirs, et les relations et les amitiés que nous avons établies ici, mais aussi certaines des leçons de vie que nous avons apprises ici. Dans ce sens, Israël coule dans nos veines. Nous l’emmènerons avec nous où que nous allions. »

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Indéniablement, la mission de Sharma a été facilitée par le fait que les relations bilatérales sont toujours excellentes. Canberra est l’un des plus fervents alliés, l’un des meilleurs amis d’Israël au sein de la communauté internationale. En 2014, la ministre australienne des Affaires étrangères Julie Bishop avait de manière surprenante refusé de qualifier les implantations d’ « illégales », défiant le consensus international. Et lorsque 14 des 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont adopté au mois de décembre une résolution anti-implantation (grâce à l’abstention américaine), l’Australie a été le seul pays à affirmer publiquement qu’il se serait opposé au texte.

Ceci ne signifie pas que l’Australie souscrive en permanence aux politiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui rejette l’affirmation souvent avancée que les constructions israéliennes en Cisjordanie sont un obstacle à la paix.

« Nous sommes opposés à toute initiative unilatérale qui vient saper la viabilité de la solution à deux états. Les implantations en font partie », a déclaré Sharma. La question avait été soulevée durant la visite effectuée au mois de septembre par Bishop et également au cours de la rencontre de Netanyahu avec le Premier ministre Malcolm Turnbull à Sydney au mois de février, durant la toute première visite en Australie d’un dirigeant israélien en exercice.

« Nous sommes engagés envers la solution à deux états, a ajouté Sharma. Mais nous avons toujours considéré que les questions relatives au statut final – qui contiennent les frontières, le statut de Jérusalem et d’autres choses – ne pourront se résoudre que par des négociations entre les parties. »

La construction de nouvelles implantations et l’élargissement des implantations existantes sont « inutiles », a indiqué l’ambassadeur, qui a ajouté que l’Australie s’oppose aux incitations à la violence et aux efforts livrés par les Palestiniens pour obtenir la reconnaissance unilatérale de leur état dans les forums multilatéraux.

L'ambassadeur australien en Israël Dave Sharma, à droite, et le représentant de l'Australie à Ramallah Tom Wilson, à gauche, durant une visite de Ramallah en compagnie du responsable local Amir Dajani (Photo: Autorisation)
L’ambassadeur australien en Israël Dave Sharma, à droite, et le représentant de l’Australie à Ramallah Tom Wilson, à gauche, durant une visite de Ramallah en compagnie du responsable local Amir Dajani (Photo: Autorisation)

Jérusalem et Canberra ont connu d’autres différends durant son mandat de quatre ans, a ajouté Sharma, refusant toutefois de donner plus de détails.

« Nous avons connu quelques désaccords durant le temps que j’ai passé ici. Mais conformément à la nature forte de nos relations, nous les avons résolus en privé », a-t-il confié. Les Israéliens et les Australiens ont des personnalités sincères et honnêtes, et nous sommes toujours parvenus à régler facilement les problèmes dans une atmosphère amicale, a-t-il souligné.

A-t-il eu des moments de colère vis-à-vis de ses interlocuteurs israéliens ? « Non », a-t-il immédiatement répondu. Il y a bien eu des « conversations difficiles » mais elles ont eu lieu dans un contexte de bienveillance. « Je ne me suis jamais senti chauffé à blanc ou hors de moi ou quoi que ce soit de ce genre. »

Vraiment, Sharma – qui n’a pas encore été nommé à un nouveau poste – a expliqué que les liens entre Israël et l’Australie, aujourd’hui, sont « plus forts qu’ils ne l’ont jamais été depuis longtemps, peut-être depuis les premiers jours de la fondation d’Israël. »

We have accomplished a lot over the last 4 years. The Australia-Israel relationship is as strong as ever!

Posted by Australia in Israel on Wednesday, 14 June 2017

Même si l’Australie a été l’un des premiers pays à reconnaître Israël, ouvrant une ambassade au sein de l’Etat juif en 1949, aucun Premier ministre israélien en exercice ne s’était rendu dans le pays avant la visite de quatre jours effectuée à Sydney par Netanyahu à la fin du mois de février dernier.

Et en effet, plusieurs annulations de visites prévues dans le passé avaient menacé de jeter un froid sur les relations entre les deux pays, qui sont plutôt bonnes. Netanyahu aurait lui aussi réfléchi à annuler ou à reporter son séjour mais s’est finalement rendu en Australie, sentant que Canberra pourrait mal le prendre.

« La visite a amélioré le lien. Le fait qu’il n’y avait jamais eu de visite dans le passé devenait un facteur d’agacement dans notre relation, a expliqué Sharma. Si la visite n’avait pas eu lieu, ce désagrément n’aurait fait qu’augmenter. Cela a été une reconnaissance tardive mais extrêmement bienvenue de l’importance des liens entre l’Australie et Israël et de l’importance du soutien apporté par l’Australie à Israël. »

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à droite, salue les étudiants durant une visite au Moriah War Memorial College de Sydney,en Australie, le 23 février 2017 (Crédit : Dean Lewins/Pool/AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à droite, salue les étudiants durant une visite au Moriah War Memorial College de Sydney,en Australie, le 23 février 2017 (Crédit : Dean Lewins/Pool/AFP)

La visite de Netanyahu avait également un ordre du jour prospectif, ses entretiens s’étant concentrés sur la promotion des relations bilatérales dans des secteurs comme la cybersécurité, le high-tech, l’aviation, la recherche et le développement, la double imposition et autres sujets, rappelle Sharma. « Cette visite a livré un agenda substantiel et établi une voie pour l’avenir de notre relation au cours des deux prochaines années. »

Le remplaçant de Sharma, Chris Cannan, devrait arriver en Israël dimanche et commencer à travailler lundi. Comme son prédécesseur, c’est un diplomate de carrière et Israël est son premier poste d’ambassadeur.

Le principal conseil adressé par Sharma à Cannan est de savoir bien écouter. « Il y a un grand nombre de complexités dans cette partie du monde, a-t-il dit. Tentez autant que vous le pouvez d’écouter les points de vue différents et d’apprendre auprès d’un maximum de personnes. C’est très important de venir ici en étant prêt à écouter toutes les parties et à entendre tous leurs arguments. Préparez-vous à écouter tous les points de vue, c’est essentiel pour réussir ici. »

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