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Israël intensifie ses frappes sur Rafah ; Washington met en garde contre un « désastre »

L'Égypte se dit inquiète des frappes israéliennes dans la ville la plus au sud de Gaza, qui pourraient provoquer un exode massif de Palestiniens hors de la bande de Gaza

Une colonne de fumée en train de s'élever au-dessus des bâtiments de Khan Younès lors d'un bombardement israélien, sur une photo prise à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 février 2024, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le groupe terroriste palestinien Hamas. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Une colonne de fumée en train de s'élever au-dessus des bâtiments de Khan Younès lors d'un bombardement israélien, sur une photo prise à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 février 2024, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le groupe terroriste palestinien Hamas. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Les forces israéliennes ont intensifié leurs frappes aériennes sur Rafah, jeudi, suite à l’engagement du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’étendre l’offensive militaire à la ville la plus au sud de Gaza, là où plus d’un million de Palestiniens s’entassent depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas.

Ces frappes ont eu lieu alors même que l’armée israélienne continuait d’opérer à Khan Younès, dans le nord de Rafah, où les forces du Hamas auraient été anéanties, selon les termes d’un militaire, à l’exception notable du chef de l’organisation terroriste à Gaza, Yahya Sinwar, toujours en liberté malgré les efforts incessants pour l’attraper.

Selon des habitants de la ville, l’avion israélienne a bombardé des quartiers de Rafah, jeudi matin, en faisant 11 victimes au moins dans deux maisons, sans que ces chiffres n’aient toutefois pu être vérifiés. Des chars ont également tiré des salves sur l’est de la ville, ce qui fait craindre aux habitants un assaut terrestre imminent.

À Washington, les États-Unis ont émis des mises en garde pressantes contre la perspective d’une offensive israélienne à grande échelle à Rafah et ses conséquences catastrophiques sur les civils réfugiés.

Le porte-parole adjoint du département d’État américain, Vedant Patel, a déclaré que les États-Unis n’avaient « pas encore la preuve d’un tel projet », avant d’ajouter : « Mener une telle opération, maintenant, sans grande planification ni réflexion dans une zone » où un million de personnes se sont réfugiées « serait désastreux ».

La Maison-Blanche a émis un avertissement similaire. « Toute opération militaire majeure à Rafah qui ne tiendrait as compte de la situation des civils, en ces circonstances, alors même que plus d’un million – probablement plus d’un million et demi – d’entre eux se sont réfugiés dans la ville serait désastreuse, et nous ne la soutiendrions pas », a déclaré à la presse le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby.

Netanyahu a déclaré mercredi avoir donné l’ordre à l’armée de « se préparer à intervenir » à Rafah, après avoir rejeté les « demandes délirantes » du Hamas dans le cadre des pourparlers sur le sort des otages. Le Hamas exigeait notamment le retrait israélien de la bande de Gaza ainsi que la fin des combats, conditions totalement inenvisageables pour Israël car de nature à laisser l’organisation terroriste à la tête de l’enclave après cette guerre déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023.

Un responsable israélien a déclaré au Times of Israël que Jérusalem ne présenterait pas de contre-proposition à ce qu’il a lui aussi qualifié de prétentions « délirantes » du Hamas, mais chercherait à obtenir du Qatar, via les États-Unis, qu’il convainque le Hamas d’adopter une posture plus souple.

Les États-Unis, ainsi que les médiateurs égyptiens et qataris, continuent d’œuvrer à la conclusion d’un accord pour faire libérer les otages et garantir un cessez-le-feu ; une délégation du Hamas est d’ailleurs arrivée au Caire pour négocier. Selon la Douzième chaîne, l’Egypte tente de convaincre Israël, jusqu’ici sans succès, d’y envoyer des négociateurs.

Les organisations humanitaires internationales ont d’ores et déjà fait savoir que toute opération majeure à Rafah aggraverait ce qu’elles qualifient déjà de catastrophe humanitaire à Gaza.

Israël assure prendre des mesures pour limiter les pertes civiles et accuse les terroristes du Hamas de se cacher parmi les civils, dans les abris des écoles et les hôpitaux, ce qui occasionne des morts parmi les civils. Le Hamas a démenti.

Plus de la moitié de la population de la bande de Gaza a fui vers Rafah, à la frontière avec l’Égypte et principal point d’entrée de l’aide humanitaire. L’Égypte a fait savoir que toute opération terrestre ou tout déplacement massif de population de l’autre côté de la frontière aurait pour effet de remettre en cause le traité de paix conclu avec Israël il y a une quarantaine d’années.

Des Palestiniens marchent dans une des rues principales – bondées – de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 février 2024, en pleine guerre entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères a déclaré jeudi que Le Caire était préoccupé par le risque d’un exode massif des Gazaouis de l’autre côté de la frontière dans le cas d’une intervention de l’armée israélienne à Rafah.

Dans une interview accordée à la chaîne d’information égyptienne Al Ghad, Ahmed Abu Zeid a déclaré que, vue d’Égypte, la situation dans la région de Rafah, dans le sud de Gaza, était « intenable et catastrophique ».

« La poursuite des frappes israéliennes sur des zones densément peuplées va rendre la situation proprement invivable. Il y a un vrai risque d’exode massif de la population. La position égyptienne à ce sujet est on ne peut plus claire : nous sommes contre cette politique, et nous ne laisserons pas les choses se passer ainsi », a-t-il déclaré.

Depuis quelques semaines, des images sur les réseaux sociaux donnent à voir un renforcement des défenses égyptiennes à la frontière, avec des barbelés et des murs.

Un berger garde des moutons près de la barrière frontalière avec l’Égypte, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, près d’un camp de tentes de fortune pour Palestiniens déplacés, le 24 janvier 2024. (Crédit : AFP)

Selon le responsable israélien, le secrétaire d’État américain Antony Blinken, inquiet de l’extension des combats à la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, s’en est ouvert à Netanyahu et son cabinet de guerre la veille. Il ajoute qu’à sa connaissance, « aucun compromis » ne sera fait sur la question du renversement militaire et politique du Hamas, ce qui accrédite la thèse d’une intervention militaire à Rafah.

Un deuxième responsable israélien a déclaré jeudi au Times of Israël que l’opération à Rafah ne serait pas un assaut à grande échelle mené par une division complète, comme l’opération en cours à Khan Younès, mais une succession de raids ciblés.

Des Palestiniens constatent les destructions après une frappe israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 février 2024. (Crédit : AP Photo/Fatima Shbair)

À Khan Younès, un officier supérieur de l’armée a déclaré que les soldats étaient en train de « démanteler » les infrastructures du Hamas. Il a déclaré à Reuters que l’intervention à Khan Younès pour détruire le Hamas et libérer les otages se poursuivrait, « que cela prenne deux heures, deux jours, deux semaines ou deux mois – voire plus ».

L’armée israélienne a tué 2 000 hommes armés, en a blessé 4 000 et en a capturé « des centaines » d’autres, a précisé l’officier à Reuters sous couvert d’anonymat. Cela a sérieusement mis à mal la brigade du Hamas de Khan Younès, dont l’effectif d’avant-guerre était de cinq bataillons, a-t-il dit.

Ces éléments n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante, le Hamas ne faisant que rarement état de ses pertes humaines.

« La brigade de Khan Younès était la plus puissante du Hamas, avec un chef très charismatique », a déclaré l’officier. « Nous sommes en train de l’éradiquer, petit à petit. »

Les attaques menées par des tireurs palestiniens sont de plus en plus rares, ce qui laisse supposer une perte de contrôle, a poursuivi l’officier, alors que le Hamas affirme infliger de lourdes pertes aux forces israéliennes.

Des soldats israéliens interviennent à l’entrée d’un tunnel à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, sur une photo non datée publiée par l’armée le 30 janvier 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Khan Younès est la ville natale du chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, cerveau de l’attaque sanglante et des enlèvements du 7 octobre dernier dans le sud d’Israël, qui a déclenché le conflit actuel.

« Il se trouve sans l’ombre d’un doute à Khan Younès – avec quelques uns des dirigeants du Hamas encore en vie », a déclaré l’officier.

La radio publique Kan a indiqué jeudi que les forces de l’ordre israéliennes pensaient que Sinwar n’était plus en contact avec la chaîne de commandement du Hamas depuis plusieurs semaines et n’était donc pas intervenu dans la rédaction du projet d’accord présenté par le Hamas à l’Égypte et au Qatar.

Selon cette même source, Israël pense que Sinwar n’est pas au courant de tous les détails du projet élaboré à Paris et présenté aux négociateurs du Hamas.

La proposition du Hamas – une réponse au projet adressé la semaine dernière par les médiateurs qataris et égyptiens, avec le soutien des autorités américaines et israéliennes – renferme une clause disant en substance : « Sous réserve de l’approbation de la direction du Hamas à Gaza ».

Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a redit jeudi que Sinwar était « en fuite » et donné quelques détails sur la nature des objets et documents découverts qui, selon Israël, attestent de l’existence de liens directs entre le Hamas et l’Iran. Figurent notamment parmi les objets collectés par les soldats israéliens des enveloppes remplies d’argent liquide envoyées par l’Iran et des paiements faits directement à Sinwar.

« Il y a des preuves patentes de transferts de fonds, dates et destinataires compris. Et bien sûr, nous avons vu que Yahya Sinwar se servait bien, et avant tout le reste », a déclaré Gallant lors d’une visite d’une base du renseignement militaire.

« Sur ces millions de dollars de fonds, Sinwar en a empoché un. Sur des dizaines de millions, il s’en met une partie dans la poche. Prenez par exemple cette enveloppe spécialement destinée à Yahya Sinwar et sa famille – elle contient de l’argent liquide – vingt mille dollars », a poursuivi le ministre de la Défense en montrant l’enveloppe, dans une pochette plastique.

« Le Hamas se bat et mène des opérations terroristes alors que Yahya Sinwar fait la fête avec ses proches. Tout ceci sera bientôt fini. Yahya Sinwar est passé de chef d’une organisation terroriste à fugitif. »

Le ministre de la Défense Yoav Gallant visitant une base du renseignement militaire dans le centre d’Israël, le 8 février 2024. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

On estime à 132 le nombre des otages enlevés par le Hamas le 7 octobre toujours à Gaza – pas tous vivants – suite à la libération de 105 civils à la faveur d’un cessez-le-feu d’une semaine, fin novembre. Quatre otages avaient été libérés avant cela, et une, secourue par des soldats.

Les corps de huit otages ont également été retrouvés et trois otages ont été tués par erreur par l’armée. Le Hamas détient également deux civils israéliens, Avera Mengistu et Hisham al-Sayed, qui pourraient encore être en vie, entrés de leur plein gré dans la bande de Gaza respectivement en 2014 et 2015, sans oublier la dépouille des soldats Oron Shaul et Hadar Goldin, tués en 2014.

L’armée israélienne a confirmé lundi que 31 des otages détenus à Gaza n’étaient plus en vie, dont Shaul et Goldin. Le New York Times a déclaré que 20 autres personnes sont également mortes, sans confirmation de la part de la part de l’armée israélienne.

Israël a lancé sa riposte contre le Hamas en représailles de la brutale attaque menée par l’organisation terroriste dans le sud d’Israël le 7 octobre dernier, qui a coûté la vie à 1 200 personnes en Israël – essentiellement des civils – et fait 253 otages, dans un bain de sang et des violences sexuelles de masse.

Selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, plus de 27 800 Palestiniens auraient été tués à Gaza. Ces chiffres, qui ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante, pourraient comprendre les morts causées par des roquettes terroristes égarées et ne font pas le distinguo entre civils et hommes armés. Israël revendique pour sa part la mort de 10 000 hommes armés du Hamas à Gaza, auxquels s’ajoute le millier de terroristes tués en Israël le 7 octobre 2023.

Lazar Berman a contribué à cet article.

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