Israël n’a pas appris la leçon de l’assassinat de Rabin, déplore son fils
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Israël n’a pas appris la leçon de l’assassinat de Rabin, déplore son fils

Vingt-cinq ans après l'assassinat de son père par un extrémiste juif, Yuval Rabin craint que l'histoire ne se répète, mais se console en voyant les manifestations anti-gouvernement

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Yuval Rabin, fils de feu le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, s'exprime lors d'une cérémonie commémorative organisée au cimetière du Mont Herzl à Jérusalem pour marquer les 22 ans de son assassinat, le 1er novembre 2017. (Marc Israel Sellem/POOL)
Yuval Rabin, fils de feu le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, s'exprime lors d'une cérémonie commémorative organisée au cimetière du Mont Herzl à Jérusalem pour marquer les 22 ans de son assassinat, le 1er novembre 2017. (Marc Israel Sellem/POOL)

La société israélienne n’a pas tiré les leçons de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin il y a un quart de siècle, a déclaré dimanche son fils Yuval Rabin, déplorant le niveau du discours public et les attaques persistantes des dirigeants politiques contre leurs opposants et le système judiciaire.

Il se dit néanmoins encouragé par le nombre croissant d’Israéliens qui ne veulent pas accepter l’état actuel des choses et qui descendent dans la rue pour protester contre cette situation.

« En mesurant le sentiment dans la rue, sur les réseaux sociaux et la rhétorique des responsables politiques, je pense que nous ne devrions jamais exclure une répétition des événements », a-t-il indiqué au Jerusalem Press Club lors d’un point-presse en ligne marquant le 25e anniversaire de l’assassinat de son père, le 4 novembre 1995, par un juif d’extrême droite.

« Je pense aussi que les choses se passent de manière imprévue. Je ne suis pas sûr que le prochain choc se produira de la même manière. Je suis presque certain qu’il se produira, mais je ne sais pas comment. S’agira-t-il d’un nouvel assassinat ? Est-ce que ce sera autre chose ? Je n’en sais rien ».

À la question de savoir si les leçons du meurtre de son père avaient été tirées, il a répondu : « Je crains que non. Au contraire, nous ne voyons qu’une nouvelle régression ».

Dans les années 1990, les protestations de droite contre le processus de paix israélo-palestinienne d’Oslo et les appels à la haine contre ses instigateurs, notamment le gouvernement Rabin, ont conduit à une atmosphère hostile dont le point culminant a été l’assassinat du Premier ministre, rappelle son fils. Cette atmosphère tendue n’a fait que « s’approfondir » depuis 1995, a-t-il déploré.

Yitzhak Rabin, (à gauche), discute avec Yasser Arafat, (au centre), et Shimon Peres après que les trois ont reçu le prix Nobel de la Paix à Oslo, en 1994. (Crédit : GPO)

« La remise en cause de l’État de droit [et le fait que les dirigeants politiques] remettent en cause le système [juridique] de manière aussi profonde est très problématique », a poursuivi M. Rabin. « En fait, nous voyons l’histoire se répéter, le système est la cible d’agissements qui le minent. Et c’est la chose la plus effrayante à laquelle nous assistons ».

Après l’assassinat de son père, Yuval Rabin a critiqué le procureur général pour ne pas avoir agi avec force contre les appels au meurtre. Aujourd’hui, dit-il, « c’est aux dirigeants de se retenir et de faire baisser la température. Les flammes sont très hautes en ce moment ».

Yuval Rabin s’adressant au Jerusalem Press Club via Zoom, le 1er novembre 2020. (Capture d’écran)

« Le langage sans retenue que de nombreux dirigeants utilisent de nos jours, que ce soit au sommet ou à d’autres niveaux, ouvre la voie à de nouveaux incidents de cette ampleur et de cette nature », a-t-il prévenu, en faisant référence à l’assassinat de son père.

La menace d’une action en justice contre les provocations pourrait ne pas être suffisante pour empêcher une autre tragédie, juge-t-il, « surtout au vu du fait que l’autorité du système juridique est constamment remise en question par les dirigeants [politiques] ».

Sans nommer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qu’il a sévèrement critiqué, ni le parti au pouvoir, le Likud, Yuval Rabin a souligné que la direction politique actuelle affaiblit l’État de droit par des attaques incessantes contre les tribunaux et les autres organes chargés de faire respecter la loi.

Benjamin Netanyahu, alors chef de l’opposition, surplombe un rassemblement de droite sur la place Sion à Jérusalem en 1995. Le slogan sur le panneau en dessous de lui se lit « la nation n’a pas décidé » et est une création de Hagi Ben Artzi. (Capture d’écran : YouTube)

« Le principe de base du maintien de la démocratie est que l’État de droit doit être suprême. Et lorsque les dirigeants eux-mêmes contestent en permanence la validité et la légitimité des décisions [du système judiciaire] parce qu’ils ne les aiment pas, cela brise totalement cette structure », a-t-il mis en garde.

Mais s’il y a de nombreuses raisons d’être inquiet, M. Rabin a également pointé ce qu’il a décrit comme un changement positif depuis les jours tendus du début des années 1990.

L’opinion publique israélienne semble faire preuve d’une « résistance croissante », car « un large éventail de circonscriptions disent : ‘Plus jamais ça’, et de plus en plus de gens protestent et exigent que la loi s’applique à tous de la même manière », a-t-il déclaré, faisant apparemment référence aux manifestations hebdomadaires contre Netanyahu et son gouvernement.

Un manifestant brandit des pancartes lors d’une manifestation près de la résidence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 24 octobre 2020. (EMMANUEL DUNAND / AFP)
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