Israël rejette le rapport de l’ONU l’accusant de possibles crimes de guerre
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Israël rejette le rapport de l’ONU l’accusant de possibles crimes de guerre

Le Conseil des droits de l'Homme accuse l’armée d’avoir traité les bâtiments résidentiels comme des « objectifs militaires légitimes »

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Des Palestiniens ramassent leurs effets dans les maisons détruites par les bombardements israéliens dans le nord de la bande de Gaza, à Beit Lahiya, le mardi 4 août 2014. (Crédit : Emad Nasser / Flash90)
Des Palestiniens ramassent leurs effets dans les maisons détruites par les bombardements israéliens dans le nord de la bande de Gaza, à Beit Lahiya, le mardi 4 août 2014. (Crédit : Emad Nasser / Flash90)

Israël a dénoncé lundi la « partialité » du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU après la publication d’un rapport concluant à de possibles crimes de guerre de sa part ainsi que de la part des groupes terroristes palestiniens.

Le rapport du Conseil des droits de l’ONU a jeté le blâme sur les deux parties mais est davantage axé sur le rôle d’Israël. Il a également indiqué qu’Israël a tué 1 462 civils sur un total de 2 251 Palestiniens décédé – soit un ratio de 65 %.

Un rapport interne d’Israël a affirmé que seuls 56 % des morts étaient des civils, un chiffre qui prouve la véracité des déclarations d’Israël sur la proportionnalité et le discernement utilisé pendant la guerre.

Un rapport de l’ONU a constaté qu’il y a « peu ou pas d’information disponible pour expliquer pourquoi les bâtiments résidentiels, qui sont de prima facie des objectifs civils protégés des attaques, ont été considérés comme des objectifs militaires légitimes », et a jugé que « la charge de la preuve reposait sur Israël » pour expliquer ses méthodes.

La technique qui consiste à taper sur le toit, – Israël tirait des balles d’avertissement à certaine occasion avant une attaque afin d’avertir les civils pour qu’ils évacuent leur immeuble – , « ne peut pas être considérée comme un avertissement efficace étant donné la confusion causée aux résidents du bâtiment et le peu de temps qu’ils ont pour évacuer avant la frappe réelle », explique le rapport.

La présidente de la Commission d'enquête indépendante sur 2014 Gaza, Mary McGowan Davis  (Crédit : AFP PHOTO / FABRICE COFFRINI)
La présidente de la Commission d’enquête indépendante, Mary McGowan Davis (Crédit : AFP PHOTO / FABRICE COFFRINI)

Selon le rapport, au moins 142 familles ont perdu trois membres ou plus lors d’une attaque sur des bâtiments résidentiels pendant la guerre de l’été dernier, entraînant 742 décès.

« Le fait qu’Israël n’a pas revu sa pratique des frappes aériennes, même après que leurs effets néfastes sur les civils soient devenus apparents, soulève des questions pour savoir si cela faisait partie d’une politique plus large qui a été au moins tacitement approuvée au plus haut niveau du gouvernement, a indiqué la commission dans un communiqué.

La commission a également exprimé son inquiétude, à savoir que le sentiment d’ « impunité prévaut sur l’ensemble des violations… qui auraient été commises par les forces israéliennes, que ce soit dans le cadre des hostilités actives dans la bande de Gaza ou des meurtres, des tortures et des mauvais traitements en Cisjordanie ».

La commission a constaté plusieurs cas dans lesquels des civils palestiniens non impliqués dans les hostilités ont été ciblés, y compris des enfants et des adultes portant des drapeaux blancs. Ces gens ne représentaient pas une menace pour les soldats israéliens opérant dans la région, poursuit le rapport. Il a cité Salem Shamaly, qui aurait été tué au cours d’une trêve humanitaire pendant qu’il recherchait un parent perdu. L’incident a été enregistré.

« Diriger des attaques contre des civils constitue une violation du principe de distinction et peut constituer un crime de guerre », a indiqué le rapport. « Ces actes peuvent aussi constituer des homicides intentionnels. »

Les enquêteurs ont exhorté Israël à « rompre avec son récent bilan lamentable dans la tenue des comptes injustes ».

Le rapport a également constaté que le ciblage à l’ « aveugle » des civils israéliens par des roquettes palestiniennes « peut constituer un crime de guerre ».

« Les hostilités ont également causé une immense détresse et la perturbation de la vie des civils en Israël », a relevé la déclaration de la commission.

« Les témoins vivant près de Gaza ont parlé de leur choc en voyant le bombardement de leurs fenêtres depuis leur salle de séjour, mais aussi de la difficulté d’atteindre les abris à temps avec leurs enfants lorsque les sirènes les alertaient d’attaques imminentes. Les tirs aveugles de milliers de roquettes et de mortiers sur Israël semblent avoir eu l’intention de répandre la terreur parmi les civils. »

« En outre, l’armée israélienne a découvert 14 tunnels (s’étendant à partir de Gaza vers Israël) qui ont été utilisés pour attaquer leurs soldats pendant cette période », poursuit la commission.

« Les tunnels ont traumatisé les civils israéliens qui craignaient qu’ils puissent être attaqués à tout moment par des hommes armés qui surgiraient du sol. »

Un Palestinien regarde ce qui était autrefois un tunnel de la bande de Gaza en direction d'Israël, dans la région de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 5 août 2014 (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)
Un Palestinien regarde ce qui était autrefois un tunnel de la bande de Gaza en direction d’Israël, dans la région de Rafah, au sud de la bande de Gaza, le 5 août 2014. (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

La Commission a en outre constaté que les exécutions du Hamas des 21 Palestiniens accusés de servir de collaborateurs israéliens « constituent une violation de l’article 3 commune aux Conventions de Genève de 1949, et donc, constituent un crime de guerre ».

Dans une première réponse au rapport, le ministère des Affaires étrangères a déclaré que le gouvernement israélien est en train d’examiner les conclusions, mais a rejeté le mandat « moralement vicié » donné à l’UNHRC pour enquêter sur la guerre dans la bande de Gaza.

« Il est regrettable que le rapport ne reconnaisse pas la différence profonde qu’il y a entre le comportement moral d’Israël pendant l’opération Bordure protectrice et les organisations terroristes qu’il a affrontées », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Ce rapport a été commandé par une institution notoirement partiale (et) a reçu un mandat ouvertement partial, et initialement dirigé par un président grossièrement partial, William Schabas », a indiqué le communiqué, notant le traitement démesuré du CDH – par rapport aux principaux pays violant les droits de l’Homme comme l’Iran, la Corée du Nord et d’autres – des infractions alléguées sur le compte d’Israël.

« Tout le monde sait bien que les motivations politiques et les failles morales ont entaché dès le départ l’intégralité du processus qui a conduit à la production de ce rapport », a ajouté le porte-parole des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon.

Le mandat confié à la commission d’enquête « présumait Israël coupable dès le départ et (le) président initial (de la commission) William Schabas a été contraint de démissionner à cause d’un conflit d’intérêts criant qu’il avait tu aux Nations unies », a affirmé le porte-parole.

Le conflit d’intérêts porte sur un avis juridique que Schabas avait rédigé en 2012 pour l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Il avait été été rétribué 1 300 dollars.

« Israël est une démocratie attachée à la primauté du droit, forcée de se défendre contre les terroristes palestiniens qui commettent un double crime de guerre : ils ciblent aveuglément des civils israéliens tout en mettant en danger de manière délibérée des civils palestiniens, dont des enfants, en les utilisant comme des boucliers humains », a dénoncé le communiqué israélien.

La semaine dernière, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait prédit que le rapport serait « une perte de temps » et avait tourné en dérision la commission d’enquête sur la guerre, la qualifiant de tentative de « noircir [le nom] de l’Etat d’Israël ».

Les responsables israéliens ont refusé de coopérer avec l’enquête et l’ont rejeté en considérant que la formation du panel était partiale et la rédaction du texte connue à l’avance.

Schabas, le professeur juif canadien qui était initialement le président du panel, a démissionné en février après avoir été accusé de partialité par Israël et a été remplacé par l’ancien juge de New York, Mary McGowan Davis.

AFP contribué à cet article.

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