Israël renonce à l’expulsion des migrants africains et prolonge les visas
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Israël renonce à l’expulsion des migrants africains et prolonge les visas

Après l'échec de l'accord avec l'Ouganda, le gouvernement a déclaré à la Cour qu'il "n’est pas possible de mettre en œuvre les expulsions vers un pays tiers"

Des demandeurs d'asile protestent au centre de détention de Holot dans le sud du désert du Negev, en Israël, le 17 février 2014 (Crédit : Ilia Yefimovich/Getty Images)
Des demandeurs d'asile protestent au centre de détention de Holot dans le sud du désert du Negev, en Israël, le 17 février 2014 (Crédit : Ilia Yefimovich/Getty Images)

Le gouvernement israélien a informé la Haute cour de Justice mardi qu’il avait renoncé à son projet controversé, consistant à expulser des dizaines de milliers de migrants africains, après l’échec d’un accord d’émigration entre Israël et un pays tiers.

« À ce stade, il n’est pas possible de mettre en œuvre les expulsions vers un pays tiers. Par conséquent, à compter du 17 avril 2018, [l’État] a interrompu les audiences dans le cadre du projet d’expulsions et aucune décision d’expulsion ne sera prise pour le moment », a déclaré le gouvernement.

Il s’agit d’un retournement de situation après des années passées à tenter d’expulser les demandeurs d’asiles, principalement originaires d’Erythrée et du Soudan. C’est une victoire pour les militants qui avaient fait appel à la Cour suprême pour annuler ce projet.

Le gouvernement a indiqué que les ordonnances d’expulsion déjà émises étaient caduques et que les migrants disposant d’un titre de séjour temporaire arrivé à expiration pourront obtenir un renouvellement de leurs visas.

La Haute cour a exigé que le gouvernement présente un projet d’expulsion qui permettrait aux migrants d’être relogés de façon sûre dans un pays tiers, ou de les libérer des centres de détention.

Des demandeurs d’asile africains et des militants protestent contre les projets d’expulsion de migrants sur la place Rabin à Tel Aviv le 24 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)

La semaine dernière, l’envoyé spécial du Premier ministre Benjamin Netanyahu en Ouganda est revenu bredouille, et n’est pas parvenu à signer d’accord, après 11 jours de négociations à Kampala.

La Cour a alors ordonné la libération de 200 migrants africains de la prison de Saharonim, où ils étaient détenus après avoir refusé de quitter Israël de leur plein gré.

Au début du mois d’avril, 58 migrants ont été libérés de Saharonim après l’échec d’un accord similaire avec le Rwanda.

Une large coalition de détracteurs en Israël et au sein de la communauté juive américaine avait jugé les projets israéliens « contraires à l’éthique », et affirmait qu’ils entachaient l’image du pays comme refuge pour les migrants juifs. Plusieurs manifestations contre le programme d’expulsion avaient eu lieu dans diverses villes d’Israël ces derniers mois.

La politique d’expulsion initiale d’Israël vers les pays africains, qui offrait à chaque migrant
3 500 dollars et un billet d’avion, a été condamnée par les militants israéliens et les Nations unies comme étant chaotique, mal exécutée et dangereuse.

Des demandeurs d’asile, qui avaient déjà été expulsés vers l’Ouganda et le Rwanda, avaient confié au Times of Israel qu’ils avaient été exposés à de graves dangers à leur arrivée en Israël, sans les papiers nécessaires.

Le programme d’expulsion a également fait l’objets de critiques le mois dernier, après que Netanyahu a cédé à la pression de la coalition et annulé l’accord avec l’ONU qui prévoyait la régularisation de milliers de migrants africains en Israël et la réinstallation d’un nombre similaire dans des pays occidentaux.

Des demandeurs d’asile africains quittent la prison de Saharonim dans le sud d’Israël où ils avaient été emprisonnés en raison de leur refus de quitter le pays, 15 avril 2018. (Hadas Parush/Flash90

Netanyahu a annulé l’accord avec le HCR quelques heures après qu’il a été annoncé, le 2 avril, sous la pression de ses alliés de droite. Israël considère que la plupart des 35 000 migrants sont des demandeurs d’emplois et affirme ne pas avoir d’obligation légale de les garder dans le pays, et a souvent recours au terme d’ « infiltrateurs ».

Les Africains, majoritairement originaires d’Erythrée – une dictature – et du Soudan – ravagé par la guerre – disent avoir fui pour sauver leur vie, et affirment qu’ils courent un grave danger s’ils retournent dans leur pays.

Les Africains ont commencé à affluer vers Israël en 2005, après que l’Egypte voisine a violemment étouffé une manifestation de réfugiés, et le bruit a couru qu’Israël était un endroit sûr, aux opportunités de travail.

Des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière avec l’Égypte, à l’époque poreuse, avant qu’Israël ne termine la construction d’une barrière en 2012, qui a mis fin à cet influx.

Israël a eu des difficultés à déterminer la place des migrants présents dans le pays, oscillant entre programme de détention et d’expulsion, et autorisations de travail dans des emplois subalternes.

Des milliers de personnes sont concentrées dans des quartiers du sud de Tel Aviv, un quartier désormais connu sous le nom de Little Africa. Leur présence a suscité des tensions avec la population juive active, qui se plaint de la hausse de la criminalité et exhorte le gouvernement à prendre des mesures.

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