Israël s’apprête à recenser les Palestiniens vivant dans les zones d’annexion
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Israël s’apprête à recenser les Palestiniens vivant dans les zones d’annexion

Les autorités craindraient qu'en cas d'extension de la souveraineté, de nombreux habitants de Cisjordanie migrent dans les zones concernées dans l'espoir d'obtenir la citoyenneté

Un berger palestinien rassemble son troupeau près de l'implantation israélienne d'Argaman, dans la vallée du Jourdain, une bande de terre en Cisjordanie longeant la frontière avec la Jordanie, 26 décembre 2016. (AP Photo/Oded Balilty)
Un berger palestinien rassemble son troupeau près de l'implantation israélienne d'Argaman, dans la vallée du Jourdain, une bande de terre en Cisjordanie longeant la frontière avec la Jordanie, 26 décembre 2016. (AP Photo/Oded Balilty)

Israël se prépare à effectuer un recensement de la population palestinienne présente dans les territoires que le gouvernement cherche à annexer en Cisjordanie, selon des informations parues jeudi.

Les responsables veulent évaluer combien d’habitants pourraient tomber sous le joug de l’autorité civile israélienne et cherchent à bloquer un afflux de Palestiniens dans ces zones avant que la souveraineté ne soit appliquée, ont rapporté les quotidiens Yedioth Ahronoth et Haaretz.

L’annexion israélienne fait partie du plan de paix de l’administration Trump dévoilé en janvier, qui ouvre également la voie à la création éventuelle d’un État palestinien.

Benjamin Netanyahu s’est engagé à étendre rapidement et unilatéralement la souveraineté israélienne à quelque 30 % de la Cisjordanie, conformément au plan. Le Premier ministre, qui veut procéder à l’annexion dès le mois prochain, a précédemment déclaré que des dizaines de milliers de résidents palestiniens de la vallée du Jourdain, une zone stratégique clé en vue de l’annexion, continueraient à vivre dans des « enclaves » sous contrôle administratif de l’AP sans obtenir la citoyenneté israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu décrit une carte de la vallée du Jourdain dans une déclaration dans laquelle il promet d’y étendre la souveraineté israélienne ainsi qu’au nord de la mer Morte, à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Mais comme les cartes du projet n’ont pas été dévoilées, il reste à savoir si de nombreux autres Palestiniens des zones adjacentes aux implantations seraient absorbés par Israël et si la position de Netanyahu concerne tous les Palestiniens vivant dans ces zones.

Ces dernières semaines, l’administration civile, l’organe du ministère de la Défense qui gouverne la Cisjordanie, s’est préparée à la possibilité qu’elle doive procéder à un recensement des Palestiniens vivant dans les territoires qui seront annexés à Israël, selon des informations.

Le recensement se concentrerait sur la zone C, qui est sous contrôle israélien total, et comprend les principaux blocs d’implantations des régions nord et sud de la Cisjordanie, ainsi que la vallée du Jourdain. Il viserait à établir le nombre de résidents permanents dans ces zones avec des équipes de trois à cinq employés de l’administration civile allant de maison en maison pour compter la population.

Les équipes seraient escortées par les forces de sécurité. En raison des craintes que le recensement ne provoque des frictions au sein de la population palestinienne, il a été proposé que les fonctionnaires portent une forme d’uniforme neutre.

Cette semaine, des hauts fonctionnaires de police ont visité les zones, également en vue de préparer un éventuel recensement.

Alors que l’Autorité palestinienne mène ses propres recensements réguliers, les responsables israéliens se méfient des chiffres officiels de Ramallah, selon les deux quotidiens. Le dernier recensement de la population civile palestinienne effectué par Israël remonte à 1967, rapporte Haaretz, l’année où il a saisi le territoire appartenant à la Jordanie lors de la guerre des Six Jours.

Selon les estimations actuelles, des dizaines de milliers de Palestiniens vivent dans des villages situés dans les zones concernées. Les responsables craignent que si Israël annonce effectivement une extension de sa souveraineté, de nombreux résidents de Cisjordanie dans d’autres régions se réinstallent rapidement dans les territoires annexés afin de bénéficier d’un éventuel octroi de la citoyenneté israélienne à ceux qui y vivent.

L’administration civile a refusé de commenter ces informations.

Des agriculteurs palestiniens ramassent du maïs dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, le 2 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Le mois dernier, Netanyahu a déclaré dans une interview que les Palestiniens vivant sous la domination israélienne dans une vallée du Jourdain annexée ne recevraient pas la citoyenneté israélienne. Les villes et villages palestiniens de la région resteront régies par Ramallah mais placés sous contrôle de sécurité israélien, a-t-il expliqué.

Ces zones résidentielles palestiniennes, qui, selon certaines estimations, abriteraient entre 50 000 et 65 000 Palestiniens, « resteront des enclaves palestiniennes », a-t-il déclaré au quotidien pro-Netanyahu Israel Hayom. « On n’annexe pas [la ville palestinienne de] Jéricho, qui compte environ 20 000 habitants. Il y a un ou deux groupes [de zones résidentielles palestiniennes] où nous n’avons pas à étendre notre souveraineté ; [leurs résidents] resteront des sujets palestiniens, pour ainsi dire, mais le contrôle de sécurité [global israélien] s’y appliquera ».

Le Premier ministre a promis à plusieurs reprises de déclarer l’annexion de toutes les implantations israéliennes de Cisjordanie et de la vallée du Jourdain à partir du 1er juillet, autorisée par son accord de coalition avec le ministre de la Défense Gantz, sous réserve de l’approbation des États-Unis. Mais en début de semaine, il a fait savoir aux dirigeants des implantations que les zones sans implantation pourraient devoir attendre.

Des sources de haut rang ont récemment déclaré au Times of Israël que le comité conjoint de cartographie chargé de délimiter les contours de l’annexion avait encore des semaines, voire des mois de travail, et que l’approbation des États-Unis pour toute annexion d’ici juillet était « très improbable ». L’armée israélienne n’a pas non plus été informée précisément de ce que Netanyahu avait en tête.

Selon les responsables israéliens qui se sont entretenus avec Zman Yisrael, le site frère en hébreu du Times of Israël, dans un article publié mercredi, le chef du gouvernement retardera la plupart des annexions et ne se concentrera que sur les grandes implantations de Ma’ale Adumim et Ariel et le Gush Etzion au sud de Jérusalem. La vallée du Jourdain ne sera pas incluse dans la première phase de l’annexion, ont assuré ces responsables.

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