Rechercher

Jason Greenblatt dit avoir tenté de changer le discours sur le conflit

L'envoyé spécial sortant estime que le conflit israélo-palestinien "n'est pas le conflit central de la région" et que les décisions pro-Israël étaient dans l'intérêt de Washington

L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, prononce une allocution lors de la conférence annuelle du "Jerusalem Post" qui se tient à New York, le 16 juin 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)
L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, prononce une allocution lors de la conférence annuelle du "Jerusalem Post" qui se tient à New York, le 16 juin 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)

WASHINGTON — L’envoyé spécial du président américain Donald Trump pour la paix au Moyen-Orient a déclaré en début de semaine que l’administration souhaitait “changer le discours” autour du conflit israélo-palestinien, alors qu’elle tente de négocier un accord de paix.

“J’ai dû, dans le cadre de mes responsabilités fondamentales, étudier le conflit et proposer une vision avec mes collègues pour instruire les personnes au sujet de ce conflit, et changer le discours, ce qui a été une priorité pour nous », a-t-il déclaré au journal international en langue arabe Asharq Al-Awsat basé à Londres.

Greenblatt, l’architecte du plan de paix de la Maison-Blanche, a annoncé le mois dernier qu’il démissionnerait peu après les élections israéliennes pour passer du temps auprès de sa famille dans le New Jersey. Il a déclaré au journal que les allégations de ses détracteurs, qui ont affirmaient que le timing de sa décision indiquait qu’il n’avait pas confiance dans la réussite du plan, étaient injustifiées.

« J’ai entendu beaucoup de théories au sujet de mon départ depuis qu’il a été annoncé », a-t-il dit dans une interview publiée mercredi. « Laissez-moi dissiper ces mythes. C’était une décision familiale. Je suis un père. Je suis un époux. J’ai des responsabilités et ma famille mérite de m’avoir pleinement dans sa vie. »

« J’avais initialement l’intention d’accepter ce poste pour une durée d’environ deux ans », a-t-il ajouté. « C’est très dur pour ma famille que l’on soit séparés toute la semaine. »

Washington avait prévu de dévoiler le volet politique de son plan après la formation d’un nouveau gouvernement israélien. Maintenant, au regard de l’impasse dans laquelle se trouve la vie politique, on ignore combien de temps il restera membre de l’administration, ou si sa proposition verra la lumière du jour.

Si l’administration n’a laissé filtrer aucun détail du plan, les Palestiniens et autres détracteurs estiment d’ores et déjà que le narratif et les actions de reconnaissance de la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est et le plateau du Golan, démontrent que la proposition sera partiale.

Dévoilement du panneau « Ramat Trump » sur le plateau du Golan, le 16 juin 2019. (Capture d’écran YouTube)

Greenblatt a indiqué que ces démarches ont été faites dans l’intérêt américain, pour suggérer une rupture avec les précédentes administrations, qui estimaient qu’elles servaient de monnaie d’échange dans de futures négociations.

« Je pense que les gens font un amalgame », a-t-il dit. « Toutes ces décisions – la reconnaissance de Jérusalem, le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan – n’ont pas été faites dans l’optique d’un processus de paix. Bien évidemment, nous mesurons l’impact potentiel qu’elles auront sur le processus de paix, mais ce n’est que l’une des optiques. Nous avons pris ces décisions car elles sont dans dans l’intérêt des Etats-Unis. »

Les détracteurs de l’approche de l’administration Trump ont fait valoir que cela nuisait à la capacité de l’Amérique d’endosser le rôle de médiateur. Depuis l’annonce de Trump à Jérusalem, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a refusé tout contact avec l’équipe de Trump, y compris Greenblatt.

Son départ a été salué par les Palestiniens comme un signe de l’échec du plan de paix, qui a été retardé à cause de l’instabilité politique israélienne. Il sera remplacé par Avi Berkowitz, un assistant de Kushner qui était présent lors de nombreuses réunions confidentielles liées au plan de paix.

L’envoyé spécial américain au Moyen-Orient Jason Greenblatt avec son successeur Avi Berkowitz en avril 2019. (Crédit : Twitter)

Comme Greenblatt, qui était avocat dans le droit immobilier pour la Trump Organization avant d’être recruté pour le poste d’envoyé spécial, Berkowitz n’a aucune expérience en matière de négociation de traités internationaux complexes.

Greenblatt a également défendu la décision de la Maison-Blanche de couper les aides aux Palestiniens, et exhorté les pays donateurs à repenser leur contribution.

« Les Palestiniens font partie des plus gros bénéficiaires de dons par habitant dans le monde aujourd’hui », a-t-il dit. « Et pourtant, en dépit de décennies de travail, de milliards de dollars, d’euros, de shekels et de dinars versés, la vie continue à se dégrader pour les Palestiniens. Le monde ne peut pas continuer à dilapider son argent et ses ressources de la même manière. Sinon, on obtient le même résultat que l’on a obtenu pendant des dizaines d’années, qui n’est que souffrance pour les Palestiniens. »

« Les Etats-Unis vont cesser d’investir dans des solutions temporaires qui ne font que prolonger le cycle des souffrances et des violences. Il est temps d’aider les Palestiniens à avoir une meilleure qualité de vie. Et en faisant cela, nous espérons également atteindre la paix. »

Greenblatt a ensuite suggéré que le conflit israélo-palestinien n’était pas à l’origine de l’instabilité du Moyen-Orient.

« Il est capital de se souvenir que ce n’est pas le conflit central de la région », a-t-il dit. « C’est un conflit qui, pour le bien de la région, mérite d’être résolu, mais il ne va pas résoudre les autres graves menaces dans la région, et tout particulièrement l’Iran. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...