JO d’hiver : Le sort de la délégation d’Israël suspendue aux aléas administratifs
Sans ministre de l'Intérieur et face aux nouvelles réglementations, les athlètes israéliens se retrouvent sans passeport, ce qui hypothèque leur participation à quelques semaines des Jeux

À cinq semaines seulement des Jeux olympiques d’hiver 2026 à Milano Cortina, la délégation israélienne, déjà très peu nombreuse, fait face à des difficultés administratives qui pourraient bien en limiter encore la taille.
En effet, le règlement du Comité international olympique (CIO) exige que tous les athlètes soient ressortissants du pays qu’ils représentent et qu’ils en détiennent le passeport. Mais il existe une réglementation, adoptée par les autorités israéliennes en 2023, en vertu de laquelle les ressortissants qui ne passent pas l’essentiel de leur temps en Israël ne se voient remettre qu’un document de voyage appelé teudat maavar.
Or, les athlètes israéliens de très haut niveau spécialistes de disciplines relevant des sports d’hiver ne peuvent matériellement pas passer la majeure partie de leur temps en Israël, faute d’installations pour s’y entraîner. Selon les autorités olympiques israéliennes, le problème est d’autant plus grave qu’il n’y a pas de ministre de l’Intérieur en exercice en Israël, depuis que Moshe Arbel, du parti Shas, a quitté son parti et que les fonctions de son successeur par intérim, Yariv Levin, a pris fin en octobre dernier.
« C’est une situation qui me paraît en tout point unique », explique Yael Arad, présidente du Comité olympique d’Israël, lors d’un point presse par Zoom, mercredi. « Nous avons le sentiment que nos athlètes sont les otages » de la loi.
Arad ajoute que le CIO « y travaille depuis des mois » avec les autorités compétentes en Israël : on « demande, explique et supplie presque, sans pour autant obtenir une signature. »
La porte-parole de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières a déclaré mercredi au Times of Israel que la question des passeports n’était « pas qu’une question administrative. C’est une question qui ne peut être tranchée que par le ministre, et il n’y a actuellement pas de ministre [de l’intérieur]. »
À ce jour, seuls quatre athlètes israéliens se sont qualifiés pour les prochains jeux : la patineuse artistique Mariia Seniuk, le skieur de fond Attila Mihaly Kertesz et les frères et sœurs spécialistes du ski alpin, Barnabas et Noa Szollos, qui ont représenté Israël en 2022.
Il est encore possible que l’athlète de skeleton Jared Firestone se qualifie pour les Jeux, tout comme l’équipe de bobsleigh conduite par AJ Edelman, grâce aux épreuves qualificatives qui auront lieu dans les prochaines semaines.
Mais pour l’heure, Seniuk – la porte-drapeau d’Israël –, Kertesz et Firestone ne disposent pas du passeport israélien susceptible de leur permettre de concourir sous les couleurs d’Israël à Milano Cortina pour le début des Jeux, le 6 février prochain, regrettent les responsables olympiques israéliens.
Selon les déclarations faites par Gili Lustig, le président du CIO, ce mercredi, il est très important d’envoyer une délégation de qualité à Milano Cortina et la question des passeports est une « crise grave ».
« Particulièrement en ce moment, nous estimons de la plus haute importance que le drapeau israélien flotte fièrement lors de ces Jeux Olympiques », a déclaré Lustig.
« Ce ne sont pas des athlètes dont nous attendons forcément des médailles, mais en ce moment, il est essentiel qu’il y ait un drapeau israélien dans chacun des quatre villages olympiques », a-t-il ajouté en faisant allusion aux tentatives de faire interdire ou boycotter les représentants d’Israël, et notamment ses athlètes, lors des deux années de guerre particulièrement éprouvantes contre le Hamas à Gaza.
En 2022, à Pékin, Israël, qui n’a jamais remporté de médaille aux Jeux olympiques d’hiver, n’avait envoyé que six athlètes, et 10 aux Jeux de 2018, ce qui fut sa plus importante délégation à ce jour. En revanche, Israël a envoyé 88 athlètes aux Jeux de Paris 2024 et a jusqu’alors remporté 20 médailles lors des sports d’été, sept rien que l’an dernier.
Il est probable qu’Israël n’envoie que quatre à cinq athlètes aux Jeux Olympiques de 2026, sauf si son équipe de bobsleigh à quatre se qualifiait dans les semaines à venir, ce qui pourrait en doubler la taille.
Mais là encore, l’équipe d’Israël est en difficulté depuis que le CIO exige des équipes composées à 100 % de ressortissants du pays pour se qualifier aux Jeux Olympiques. L’équipe israélienne a en effet fait appel à des athlètes qui ne sont pas israéliens lors de plusieurs courses.
Alors même que la pratique est autorisée par les règlements olympiques internationaux, Lustig explique « que le minimum, pour garantir le niveau requis, est que les athlètes en question soient ressortissants israéliens. »
Il présente des données aux journalistes montrant que lorsque l’équipe de bobsleigh, dirigée par le pilote Edelman, prend le départ avec ses seuls athlètes israéliens, elle fait de moins bonnes performances qu’avec deux les deux athlètes tchèques qui travaillent avec l’équipe.
« Il est inconcevable de laisser des athlètes non-israéliens diriger cette équipe, cette discipline », explique Arad. « Je ne vois pas en quoi cela contribuerait positivement à notre culture du succès… alors que nous voyons bien que lorsque l’équipe est uniquement composée d’Israéliens, elle finit en dernière position. »
Arad ajoute que, du point de vue du Comité international olympique, « ceux qui font d’énormes efforts — et nous ne le minimisons pas, nous savons à quel point c’est difficile — finissent par y arriver s’ils ont le niveau. Sinon, ils continuent à s’entrainer pour les échéances suivantes. »
La semaine dernière, David Greaves, président de la Fédération israélienne olympique de bobsleigh, affirmait au Times of Israel que l’équipe de bobsleigh à 100 % israélienne s’en sortait tout aussi bien en compétition.
« La performance est la même, pour ainsi dire », a-t-il déclaré. « Il leur arrive d’avoir un mauvais jour et après un jour meilleur. On peut avoir un accident et être disqualifié. C’est la raison pour laquelle ils prennent le départ de 10 à 11 compétions chaque année, pour pouvoir prendre les sept ou huit meilleures performances. »
Le fait de n’aligner que des athlètes israéliens, comme l’exige le CIO, est « résolument une voie à suivre » pour l’équipe, assure Greaves.
Pour Edelman – qui a concouru aux Jeux olympiques de 2018 sous les couleurs d’Israël dans la discipline du skeleton – « cela a été passionnant, un engagement fort envers le sport et le pays pendant plus d’une dizaine d’années », ajoute-t-il.
« Nous avons tout fait pour mettre sur pied une équipe compétitive, capable de représenter Israël et AJ a clairement montré qu’il était l’un des meilleurs pilotes au monde », souligne Greaves, non sans rappeler que l’équipe de bobsleigh n’a pas toujours pu prendre le départ des compétitions avec ses seuls athlètes israéliens en raison de blessures ou d’obligations liées à la réserve militaire.
« Ce qu’a fait Edelman est absolument remarquable, et ce, en dépit de toutes les difficultés auxquelles il a pu faire face en tant que capitaine de l’équipe. »







