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Khashoggi : colère de la Turquie accusée de « jeu politique » par la France

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a dit ne "pas avoir connaissance" d'un partage d'informations turques, contredisant des déclarations de Recep Tayyip Erdogan

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion à Ankara, en Turquie, le 16 février 2018. (Crédit : AFP PHOTO / ADEM ALTAN)
Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion à Ankara, en Turquie, le 16 février 2018. (Crédit : AFP PHOTO / ADEM ALTAN)

« Inacceptable », « impoli », « pas sérieux » : la Turquie a éreinté lundi la France après que celle-ci eut évoqué un « jeu politique » du président Recep Tayyip Erdogan à propos du meurtre de Jamal Khashoggi et démenti avoir reçu des informations de la part d’Ankara.

Dans une interview à la chaîne de télévision France 2, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a dit ne « pas avoir connaissance » d’un partage d’informations turques, contredisant des déclarations de M. Erdogan.

Interrogé sur l’éventualité d’un mensonge du président turc sur ce point, le ministre français a observé que ce dernier avait « un jeu politique particulier dans cette circonstance ».

« Le ministre français des Affaires étrangères a dépassé les bornes. Il doit apprendre à s’adresser à un chef d’Etat », a lâché le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu. « Accuser notre président de jouer un jeu politique est extrêmement impoli ».

« Je sais que le 24 octobre, notre service de renseignement a transmis tous les éléments, y compris un enregistrement audio, aux services de renseignement français à leur demande », a ajouté M. Cavusoglu lundi.

Peu avant, le directeur de la communication de la présidence turque Fahrettin Altun avait indiqué à l’AFP qu’un « représentant des services de renseignement français » avait écouté le 24 octobre un enregistrement audio du meurtre de Khashoggi.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, alors qu’il serre la main à l’émir du Qatar, le sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, avant les discussions au palais présidentiel d’Ankara, en Turquie, le 15 août 2018 (Crédit : Service de presse présidentiel via l’AP , Pool)

Le président Erdogan a pour la première fois confirmé officiellement samedi l’existence d' »enregistrements » portant sur le meurtre de Khashoggi, ajoutant qu’Ankara avait partagé ces documents avec plusieurs alliés, dont Washington, Berlin, Paris et Londres.

M. Erdogan n’a pas donné de détails sur le contenu des enregistrements, mais la presse proche du pouvoir à Ankara évoque depuis plusieurs semaines un enregistrement audio du meurtre de Khashoggi.

Cette affaire a provoqué un tollé dans le monde entier et terni l’image de l’Arabie saoudite, en particulier du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit « MBS ».

« Ils nieront le meurtre »

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi au formum économique mondial de Davos, en janvier 2011. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)

Jamal Khashoggi, un éditorialiste saoudien critique du pouvoir à Ryad, en particulier de « MBS », a été tué le 2 octobre au consulat de son pays à Istanbul où il s’était rendu pour effectuer des démarches administratives.

Plus d’un mois après la mort du journaliste à l’âge de 59 ans, son corps n’a toujours pas été retrouvé. Selon la presse turque, les enquêteurs estiment que les meurtriers ont démembré puis dissous sa dépouille à l’acide.

Depuis le début de l’affaire, le pouvoir turc, qui décrit un « meurtre prémédité » commis par une équipe de 15 agents saoudiens, s’est efforcé de maintenir la pression sur Ryad grâce à des « fuites » dans la presse locale largement reprises par les médias internationaux.

Après avoir d’abord fermement nié son meurtre, les autorités saoudiennes ont fini par affirmer que le journaliste avait été tué au cours d’une opération « non autorisée » par Ryad.

« L’impudence du ministre français des Affaires étrangères et ses accusations incitent à la réflexion. Qu’est-ce qui se cache derrière cela ? Chercheraient-ils à étouffer ce meurtre ? », a déclaré M. Cavusoglu.

« Bientôt, ces gens-là iront jusqu’à nier le meurtre de Khashoggi que l’Arabie saoudite elle-même reconnaît pourtant ! », a-t-il raillé.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau parle à des journaliste de l’AFP à Ottawa, le 9 mai 2018. (Crédit : AFP/Lars Hagberg)

Si Paris a démenti, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pour sa part confirmé lundi que les services canadiens avaient écouté les enregistrements en question et avaient été « pleinement informées de ce que la Turquie avait à partager ».

L’Allemagne a de son côté évoqué un « échange entre services secrets » allemand et turc, se refusant toutefois à fournir davantage de précisions.

L’onde de choc provoquée par le meurtre de Khashoggi a par ailleurs braqué les projecteurs sur la guerre que livre une coalition emmenée par l’Arabie saoudite au Yémen, au prix d’une catastrophe humanitaire majeure.

Le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt a rencontré lundi le roi Salmane à Ryad lundi lors d’un déplacement visant à accentuer la pression internationale sur la monarchie pétrolière.

La veille, le ministre américain Mike Pompeo avait appelé à la « fin des hostilités » au Yémen lors d’un entretien téléphonique avec « MBS ».

Selon la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert, M. Pompeo a également indiqué que son pays allait « demander des comptes à toutes les personnes impliquées dans le meurtre de Jamal Khashoggi », estimant « que l’Arabie saoudite (devait) faire de même ».

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