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Kiev : deuxième Pourim en temps de guerre pour des Juifs déterminés et optimistes

Les Juifs ukrainiens ont célébré cette fête en s'engageant envers leur communauté, avec un optimisme renouvelé

Des membres de la communauté Masorti, à Kiev, lors d’une représentation de Pourim, le 6 mars 2023. (Crédit : Marcel Gascón Barberá via la JTA)
Des membres de la communauté Masorti, à Kiev, lors d’une représentation de Pourim, le 6 mars 2023. (Crédit : Marcel Gascón Barberá via la JTA)

JTA — Dans ce bâtiment historique de la partie la plus industrielle de Podil, le quartier hipster de Kiev, autrefois le cœur vibrant de la communauté commerçante juive, une Esther passionnée séduit un Assuérus beaucoup plus jeune qu’elle.

Elle flirte avec le beau roi, sous les rires rauques du public et les applaudissements, lorsque le spectacle de Pourim se termine.

Un peu plus d’un an après le premier jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les Juifs de Kiev et du reste du pays ont célébré Pourim dans des conditions toujours difficiles, sous la menace des attaques russes.

Pourtant, nombre d’entre eux sont de bien meilleure humeur que lors du dernier Pourim, époque à laquelle les Juifs ukrainiens étaient très inquiets quant au lendemain.

« Il y a un an, on voyait la peur dans le regard des gens. Aujourd’hui, ils sont très fiers parce que l’Ukraine a résisté, et les Juifs jouent pleinement leur rôle », a expliqué à la Jewish Telegraphic Agency la rabbin israélienne Irina Gritsevskaya, lors d’une célébration de Pourim à Podil.

En sa qualité de directrice exécutive des Instituts Schechter, affiliés au mouvement Massorti, elle se rend régulièrement en Ukraine pour veiller sur les communautés massorti du pays.

Le judaïsme massorti est similaire au mouvement conservateur aux États-Unis.

« L’année dernière, c’était très, très dur, parce que les gens étaient sous le choc, effrayés, et ils ne savaient pas quoi faire », a rappelé Ariel Markowitz, rabbin de Kiev du mouvement hassidique Habad Loubavitch, qui a organisé sa propre célébration de Pourim lundi soir.

« Mais aujourd’hui, nous savons que nous avons une armée forte et que nous pouvons l’emporter. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui sont revenus à Kiev. »

La guerre qui dure depuis un an a bouleversé la communauté juive d’Ukraine, dont certains membres ont fui le pays, à plus ou moins long terme, pour échapper aux attaques russes.

« Les gens ont maintenant pris leur décision, de rester ou de partir, et nous sommes en train de réorganiser la communauté », a expliqué Gritsevskaya.

Pas moins de 14 000 Ukrainiens se sont installés en Israël depuis le début de l’invasion russe, et des milliers d’autres se sont réfugiés en Allemagne et dans d’autres pays européens, mais Gritsevskaya s’occupe surtout de ceux qui sont restés.

Avant la guerre, on estimait la population juive d’Ukraine entre 50 000 et 400 000 personnes.

L’ancien rabbin massorti en Ukraine, Reuven Stamov, est de ceux qui ont quitté le pays. Il s’est installé avec sa famille en Israël.

À l’heure actuelle, le mouvement Massorti – estimé à quelques milliers de fidèles – n’a pas de rabbin présent de façon permanente dans le pays.

Mais la communauté reste active, à Kiev comme dans d’autres villes, à l’instar de Kharkiv à l’est, d’Odessa au sud ou de Tchernivtsi au sud-ouest, grâce aux militants, aux bénévoles et aux étudiants rabbiniques, ainsi qu’aux visites de Gritsevskaya, qui est revenue pour la première fois à Pourim l’an dernier.

« La vie communautaire n’a jamais été aussi importante », s’est-elle réjouie.

La rabbin Irina Gritsevskaya avec des membres de la communauté massorti, à Kiev, le 6 mars 2023. (Crédit : Marcel Gascón Barberá via la JTA)

Gritsevskaya insiste sur la différence de l’accès à l’aide matérielle, aux connexions et au soutien émotionnel et spirituel fait pour ceux qui arrivent de régions du sud ou de l’est, occupés par la Russie ou proches du front.

Elle reconnaît que certaines organisations juives ont cessé leur activité en Ukraine et rappelle la nécessité de soutenir le travail de ceux qui restent afin que la vie juive en Ukraine puisse être aussi « diversifiée » qu’auparavant et que les gens « aient le choix » pour leur pratique du judaïsme.

Parmi les Juifs ukrainiens qui ont décidé de rester se trouve le directeur de la Fondation MILI, l’entité qui gère la communauté massorti en Ukraine.

Maksym Melnikov a quitté Donetsk, sa ville natale, pour Kiev en 2014 lorsque des milices séparatistes soutenues par la Russie ont déclaré l’indépendance d’une partie de la région et que des violences ont éclaté dans l’est de l’Ukraine.

« Je suis venu ici lorsqu’ils ont commencé à occuper notre territoire », a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency lors de la célébration massorti de Pourim à Kiev, juste avant de monter sur scène pour aider Gritsevskaya à lire la Meguilat Esther.

« Presque dix ans plus tard, la guerre m’a rejoint à Kiev, mais je ne partirai pas, cette fois-ci. Je reste. »

Une représentation de Pourim de la communauté massorti à Kiev, le 6 mars 2023. (Crédit : Marcel Gascón Barberá via la JTA)

Depuis 2014, de nombreux amis et connaissances de Melnikov originaires de Donetsk ont déménagé à Kiev.

« Les communautés changent constamment dans tout le pays, et nous essayons de tendre la main à ceux qui arrivent, à la fois pour les aider à commencer une nouvelle vie et pour renforcer notre communauté », a déclaré Grivtsevskaya.

Elle a ajouté que la communauté massorti de Tchernivtsi a connu un renouveau. Située près de la frontière avec la Roumanie, Tchernivtsi est l’une des rares capitales provinciales ukrainiennes à ne pas avoir été bombardée par la Russie, et des milliers de personnes s’y sont installées.

« Ils ont trouvé une autre famille et sont très forts en ce moment », a-t-elle déclaré au sujet de la communauté autrefois en déclin dans ce centre juif historique, où elle a organisé une célébration de Pourim après avoir réussi à entrer en Ukraine en mars 2022.

Le déracinement massif de communautés juives entières a été vivement ressenti par le mouvement Habad, qui a la plus grande présence juive dans le pays, avec des centaines d’émissaires au service des communautés juives dans des dizaines de villes.

« Nous avons constaté une augmentation considérable du nombre de personnes qui viennent chercher de l’aide », a déclaré Markowitz à la JTA quelques heures avant le début de Pourim, dans le centre communautaire Habad à Kiev. Beaucoup d’entre eux, a-t-il dit, sont venus de Marioupol, une ville bombardée par la Russie au début de la guerre.

Le rabbin Habad de Kyiv, Ariel Markowitz, lisant la Meguilat Esther lors de la célébration de Pourim de sa communauté, le 6 mars 2023. (Crédit : Markowitz via JTA)

Le Habad est l’une des nombreuses organisations qui fournissent de l’aide aux Juifs ukrainiens, notamment pour obtenir de la nourriture, des soins médicaux et des générateurs qui permettent de maintenir le courant en cas de coupures de courant généralisées.

L’augmentation de la demande pour ces services n’est pas seulement due aux réfugiés, mais aussi aux familles et aux individus qui ont perdu leur source de revenus en raison des perturbations économiques causées par l’invasion.

« Il y a de l’inflation, il y a moins d’emplois, beaucoup d’entreprises ont fermé et les gens ont perdu leur emploi ou sont incapables d’aider les membres de leur famille », a expliqué Markowitz.

Outre les bouleversements démographiques et économiques, la guerre a entraîné des changements dans la manière dont les Juifs se rattachent à leur identité ukrainienne. Le plus frappant est sans doute l’abandon rapide du russe, première langue de nombreux Juifs ukrainiens jusqu’à récemment.

« J’ai moi-même commencé à apprendre et à parler l’ukrainien et vous pouvez certainement constater comment un nouveau sens de l’identité nationale est en train de naître », a déclaré Maria Karadin, une Israélienne née en Russie qui s’est installée en Ukraine avec son mari en 2005, lors de l’événement massorti de Pourim.

Maiia Malkova, 15 ans, est l’une des jeunes membres les plus actives de la communauté massorti de Kiev.

« L’année dernière, je n’ai même pas pensé à Pourim parce que j’avais tellement peur », a-t-elle déclaré en portant un collier avec un Tryzoub, le trident qui symbolise l’État et l’indépendance de l’Ukraine. « Mais nous nous sommes en quelque sorte habitués à cette situation maintenant. Et c’est formidable de pouvoir à nouveau célébrer Pourim. »

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