Knesset : Des élus de l’opposition lisent l’acte d’inculpation de Netanyahu
Rechercher

Knesset : Des élus de l’opposition lisent l’acte d’inculpation de Netanyahu

Imitant la lecture par les démocrates du rapport Mueller au Congrès US, Kakhol lavan et le Meretz ont utilisé le temps qui leur est alloué en plénière pour lire le document

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le ministre du Tourisme Yariv Levin lors d'un vote de la Knesset sur le budget, qui coïncidait avec la publication par la police de recommandations visant à inculper Netanyahu pour corruption et abus de confiance, le 13 février 2018. Levin a mené les efforts du Likud pour faire pression en faveur d'une législation définissant Israël comme étant avant tout un État juif. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le ministre du Tourisme Yariv Levin lors d'un vote de la Knesset sur le budget, qui coïncidait avec la publication par la police de recommandations visant à inculper Netanyahu pour corruption et abus de confiance, le 13 février 2018. Levin a mené les efforts du Likud pour faire pression en faveur d'une législation définissant Israël comme étant avant tout un État juif. (Yonatan Sindel/Flash90)

Alors qu’il semble que le Premier ministre Benjamin Netanyahu cherchera bien à faire adopter un texte de loi qui le protégerait face aux poursuites judiciaires dans trois dossiers de corruption dans lesquels il pourrait être inculpé, les députés des partis qui composeront probablement l’opposition ont utilisé le temps qui leur était alloué en plénière pour lire des extraits de l’acte d’inculpation intermédiaire visant le Premier ministre dans la journée de lundi.

Ce document de 55 pages, signé par le procureur-général Avichai Mandelblit, qui a supervisé les enquêtes consacrées au Premier ministre, a été envoyé le 28 février à Netanyahu et il a également été rendu public (en hébreu). Il précise que le procureur-général israélien a l’intention d’inculper le Premier ministre pour fraude et pour abus de confiance dans les trois dossiers et pour pots-de-vin dans l’un d’eux.

Le Premier ministre nie toute malversation. Il clame que l’enquête, la recommandation policière qui a suivi, prônant son inculpation, et la décision finalement prise par Mandelblit de le faire effectivement inculper entrent dans le cadre d’une chasse aux sorcières menées par l’opposition politique, les médias, la police et le procureur d’Etat.

Une première version complète en anglais de l’acte d’inculpation intermédiaire a été publiée la semaine dernière par le Times of Israel en anglais.

Un par un, les membres du parti centriste Kakhol lavan et de la formation du Meretz de gauche ont utilisé leurs « discours d’une minute », dans lesquels les députés sont autorisés à évoquer le sujet de leur choix, à lire l’acte d’inculpation dans sa totalité, chacun en reprenant la lecture là où l’intervenant précédent s’était arrêté.

Après quelques douzaines de discours, notamment celui de la présidente du Meretz, Tamar Zandberg, les parlementaires en étaient encore à la page 20. Un porte-parole de Kakhol lavan a indiqué que tous reprendraient la lecture à voix haute lors des prochains discours d’une minute quand d’autres pourraient, à leur tour, s’adresser à la plénière.

La première page de l’acte d’inculpation intermédiaire contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu

Cette initiative a imité une démarche similaire initiée par les démocrates au Congrès américain, la semaine dernière, qui ont lu dans son intégralité la version du rapport écrit par le Conseiller spécial Robert Mueller sur les interventions russes dans les élections présidentielles américaines de 2016 à la chambre.

Le président Donald Trump et Netanyahu ont tous les deux laissé entendre qu’ils bloqueraient tout effort visant à les faire inculper.

Avant les élections du 9 avril, Netanyahu avait donné des signaux mitigés lorsqu’il lui avait été demandé s’il chercherait à fuir les poursuites judiciaires à son encontre en favorisant une loi, à la Knesset, qui lui garantirait l’immunité et une autre législation qui limiterait les capacités de la Haute cour – de manière à ce qu’elle ne rejette pas le premier texte.

Lors d’une interview télévisée accordée fin mars, il avait écarté l’idée puis fait volte-face dans les secondes qui avaient suivi.

Le 15 mai, un reportage diffusé par la Douzième chaîne avait expliqué que Netanyahu avait finalement décidé de légiférer pour éviter les poursuites tant qu’il se trouverait à son poste de Premier ministre. La chaîne avait ajouté que Netanyahu et les membres de son premier cercle avaient commencé à donner des instructions aux députés du Likud sur la manière de « vendre la loi au public ».

Les politiciens de l’opposition et certains analystes ont estimé que l’adoption d’un texte de loi rétroactif visant à accorder l’immunité au Premier ministre et à d’autres membres de la Knesset face à des délits présumés commis pendant leurs mandats, accompagné d’une législation qui empêcherait la Cour suprême de rejeter une telle décision, constituerait l’ouverture d’une brèche majeure dans les normes démocratiques de l’Etat juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l’époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur d’Hollywood, d’origine israélienne, Arnon Milchan, pour un montant total d’un million de shekels (282 000 dollars), en échange de faveurs.

L’Affaire 2000 implique un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable.

L’affaire 4000 est considérée comme la plus grave des trois affaires de corruption dans lesquelles Netanyahu risque d’être poursuivi – la police ayant recommandé qu’il soit inculpé pour corruption et le procureur général ayant tendance à suivre les réquisitions.

Dans celle-ci, le Premier ministre aurait offert des conditions commerciales favorables au propriétaire de Bezeq, Shaul Elovitch, un ami personnel, en contrepartie duquel le site d’information Walla d’Elovitch apporterait une couverture favorable à Netanyahu.

S’exprimant après les législateurs de Kakhol lavan et du Meretz lors de sa toute première prise de parole devant le parlement israélien, le leader Travailliste Avi Gabbay a dit que les efforts livrés par Netanyahu pour se protéger face aux poursuites représentaient « une heure sombre pour la démocratie », jurant de les combattre depuis les rangs de l’opposition.

« Maintenant, alors que l’immunité est la seule question réelle figurant sur l’agenda du Premier ministre, nous devons incarner une opposition claire, résister et combattre de toutes nos forces ce coup réel porté à notre démocratie », a déclaré Gabbay.

« C’est en effet une heure sombre pour notre démocratie qui a été construite ici il y a 71 ans », a-t-il ajouté.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...