Knesset: quatre députés expulsés lors d’un débat houleux sur les enfants de Gaza
Rechercher

Knesset: quatre députés expulsés lors d’un débat houleux sur les enfants de Gaza

Alors que des organisations de gauche présentaient des témoignages sur de présumés abus de soldats israéliens, les députés de droite ont crié au mensonge et à la trahison

De gauche à droite : Les députés Zouheir Bahloul et Aida Touma-Sliman (Liste arabe unie), Tamar Zandberg (Meretz) et Dov Kheininin (Liste arabe unie) écoutent des exposés lors d'une conférence spéciale sur les enfants grandissant sous occupation qui s'est tenue à la Knesset le 2 juillet 2018. (Hadas Parush/ Flash90)
De gauche à droite : Les députés Zouheir Bahloul et Aida Touma-Sliman (Liste arabe unie), Tamar Zandberg (Meretz) et Dov Kheininin (Liste arabe unie) écoutent des exposés lors d'une conférence spéciale sur les enfants grandissant sous occupation qui s'est tenue à la Knesset le 2 juillet 2018. (Hadas Parush/ Flash90)

Quatre membres de droite de la Knesset ont été expulsés de force d’une réunion de la Knesset chargée d’émotion lundi, alors que les députés s’affrontaient lors d’une conférence spéciale destinée à mettre en lumière le sort des enfants de la bande de Gaza.

La réunion – qui regorgeait de députés, de journalistes, de militants et d’autres personnes qui ont dû faire la queue à l’extérieur – a été organisée par quatre députés de l’opposition et s’est tenue dans une salle de la Knesset sous les auspices de diplomates de l’Union Européenne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Parmi les organismes invités à participer et à présenter des témoignages, se trouvaient Breaking the Silence, B’Tselem, Physicians for Human Rights, et Combatants for Peace – des organisations souvent considérées comme des traîtres par les Israéliens de droite.

Breaking the Silence permet aux soldats israéliens de fournir des témoignages de manière anonyme sur les activités militaires qu’ils ont menées sur le terrain et qu’ils jugent immorales ou illégales.

En février, un projet de loi concernant Breaking the Silence, qui autorise le ministre de l’éducation à interdire aux organisations critiquant l’armée israélienne d’entrer dans les écoles, a été adopté en première lecture à la Knesset.

Alors que les portes-paroles de l’organisation tentaient de témoigner lundi, les députés de droite ont bruyamment chahuté et lancé des insultes à tel point qu’il était parfois difficile d’entendre quoi que ce soit.

Le député Likud Oren Hazan a accusé les parlementaires de l’opposition d’être des « traîtres et des collaborateurs de terroristes » pour avoir invité les militants, et a demandé : « Jusqu’où êtes-vous prêt à sombrer ? Vous voulez faire entrer l’ennemi dans vos maisons ? Vous faites du mal au pays. »

Oded Forer (Yisrael Beytenu) a lancé à Michal Rozin (Meretz), co-organisatrice de l’événement, qu’elle devrait avoir honte de ne pas mentionner les enfants israéliens qui ont été assassinés par des terroristes palestiniens.

La députée Likud Anat Berko a accusé le porte-parole de Breaking the Silence, Dean Issacharof, de mentir, alors qu’il présentait un témoignage décrivant ce qu’il a qualifié d’abus d’enfants palestiniens par des soldats israéliens.

Tous les trois ont dû être évacués de force hors de la salle de réunion par des agents de sécurité, tout comme Nurit Koren, également du Likud.

Entre-temps, le député Jamal Zahalka de la Liste arabe unie a affirmé que des enfants de la bande de Gaza étaient délibérément tués par les soldats israéliens.

« A Gaza, des instructions ont été données pour utiliser les merveilles de la technologie pour faire larguer des bombes par des pilotes qui écoutent Mozart et ne voient pas les enfants », a-t-il affirmé.

La conférence – intitulée « Une génération sans avenir : les enfants sous occupation » – a été initiée par les députés Rozin, Ayman Odeh et Dov Khenin (Liste arabe unie) et Ksenia Svetlova (Union sioniste) pour mettre en lumière les aspects de la vie des enfants en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Gaza est confrontée à un manque d’électricité, d’eau potable et de nourriture. Israël et l’Égypte maintiennent un blocus sur la bande pour empêcher le Hamas d’importer des armes et d’autres matériels qui pourraient être utilisés pour construire des fortifications ou des tunnels.

Plus de 2 000 enfants de Gaza ont été blessés lors de violentes émeutes organisées à la frontière entre Gaza et Israël au cours des derniers mois, selon les chiffres du ministre de la Santé de Gaza dirigé par le Hamas.

Selon les données de B’tselem, 724 mineurs palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes entre le 19 janvier 2009 et le 30 avril 2018, la grande majorité d’entre eux à Gaza.

Fin avril, 315 Palestiniens âgés de 18 ans et moins étaient détenus dans les prisons israéliennes en tant que détenus de sécurité et prisonniers, dont environ un quart étaient âgés de 16 ans et moins, selon B’tselem, citant des chiffres de l’armée israélienne et de l’Institut d’études palestiniennes.

M. Issacharof de Breaking the Silence a déclaré à la réunion que sur le terrain, aucune distinction n’était faite entre les enfants, les jeunes et les adultes, en ce qui concerne les arrestations et la manière dont les suspects étaient traités chez eux et aux points de contrôle de sécurité.

« La seule différence, c’est que les enfants bien souvent pleurent, crient et même mouillent leur pantalon », a-t-il dit.

Le dirigeant de Yesh Atid, le député Yair Lapid, prend la parole lors d’une réunion de faction à la Knesset, à Jérusalem, le 11 juin 2018. (Hadas Parush/Flash90)

L’événement a suscité l’indignation bien avant que les portes de la salle de réunion ne s’ouvrent.

Sur Twitter, samedi, le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, a décrit la réunion comme un « cadeau fait aux ennemis d’Israël ».

L’Union sioniste a « perdu la tête » en invitant « tous les partisans du BDS » à la réunion, a-t-il poursuivi en faisant référence au mouvement international pro-palestinien de boycott, de désinvestissement et de sanction d’Israël.

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev (Likud) a qualifié les organisateurs de la réunion de « cinquième colonne », tandis qu’Eli Ben-Dahan du parti de droite HaBayit HaYehudi a twitté sur les familles juives assassinées par les Palestiniens, car « de l’autre côté, il y a ceux qui n’hésitent pas à assassiner des bébés et des enfants dans leur lit ».

Le Président de la Knesset, Yuli Edelstein, a interdit la projection d’un clip vidéo de sept minutes préparé pour le débat, dans lequel des enfants israéliens et palestiniens discutent de leurs espoirs et de leurs craintes.

Edelstein a indiqué que l’événement était une réunion et non une conférence, et que les règles de la Knesset ne permettaient pas la projection de films lors des réunions.

Pendant l’événement, les organisateurs ont envoyé le lien du clip par SMS aux participants, qui ont pu le regarder sur leurs téléphones portables.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...