La CEDH rejette la « démonstration de haine et d’antisémitisme » de Dieudonné
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La CEDH rejette la « démonstration de haine et d’antisémitisme » de Dieudonné

M’Bala M’Bala avait convié sur scène le négationniste Faurisson, l'avait fait applaudir et lui avait fait remettre un "prix de l'infréquentabilité" par un comparse déguisé en déporté juif

Dieudonné M'Bala M'Bala au théâtre de la Main d'Or - 11 janvier 2014 à Paris. (Crédit : AFP/Archives/Alain Jocard)
Dieudonné M'Bala M'Bala au théâtre de la Main d'Or - 11 janvier 2014 à Paris. (Crédit : AFP/Archives/Alain Jocard)

Dieudonné, qui contestait devant la Cour européenne des droits de l’Homme sa condamnation pour avoir fait monter sur scène un négationniste, a été débouté mardi par la CEDH au motif qu’elle ne protégeait pas « les spectacles négationnistes et antisémites ».

La Cour, dont la décision est définitive, a estimé qu’en faisant monter sur scène le négationniste Robert Faurisson, Dieudonné ne s’était pas livré à « un spectacle (…), même satirique ou provocateur » mais à « une démonstration de haine et d’antisémitisme », ainsi qu’à une « remise en cause de l’Holocauste ».

Dieudonné M’Bala M’Bala avait saisi les juges européens en faisant valoir une atteinte à sa liberté d’expression, en raison d’une amende de 10.000 euros qui lui avait été infligée par la justice française pour « injure » à caractère racial.

Le polémiste avait été condamné pour son spectacle du 26 décembre 2008 au Zénith de Paris. Ce soir-là, il avait convié sur scène Robert Faurisson, l’avait fait applaudir par le public et lui avait fait remettre un « prix de l’infréquentabilité » par un comparse déguisé en déporté juif.

Les magistrats européens ont déclaré sa requête irrecevable.

La Cour européenne a estimé que « la soirée avait perdu son caractère de spectacle de divertissement pour devenir un meeting qui, sous couvert de représentation humoristique, valorisait le négationnisme ».

« Travestie sous l’apparence d’une production artistique », la démonstration de haine à laquelle s’est livrée le polémiste « est aussi dangereuse qu’une attaque frontale et abrupte » contre l’Holocauste et les juifs, a tranché la CEDH.

Pour la Cour, invoquer la liberté d’expression dans un tel cas relève d’un « abus de droit »: Dieudonné a tenté de « détourner » la Convention de sa « lettre » et de son « esprit », ont estimé les juges. Selon eux, admettre le raisonnement du requérant aurait contribué « à la destruction des droits et libertés garantis » par cette Convention.

Manuels Valls tweete sa satisfaction

Interrogé par l’AFP, l’avocat du polémiste de 49 ans, Me Jacques Verdier, a fait part de sa « profonde déception ».

La CEDH n’a pas été « à même de dépasser un certain nombre de basses considérations, qui sont celles de certaines associations qui, par principe, luttent contre Dieudonné », a-t-il déploré.

Le Premier ministre français Manuel Valls – qui lorsqu’il était ministre de l’Intérieur était monté en première ligne pour faire interdire les spectacles de Dieudonné – a salué mardi sur Twitter une décision « ferme et belle ».

« Nul ne peut se cacher derrière la liberté d’expression pour se livrer à l’antisémitisme, à la haine », a tweeté M. Valls, qui poursuit actuellement Dieudonné devant les tribunaux. Ce dernier l’avait traité de « Mussolini moitié trisomique » dans une vidéo diffusée sur internet.

C’est la première fois que la CEDH était appelée à se prononcer sur Dieudonné – un habitué des prétoires français, plusieurs fois condamné pour ses propos antisémites.

Dans les mois à venir, elle aura toutefois d’autres occasions de se pencher sur son cas : le polémiste a déposé des requêtes – toujours pendantes à Strasbourg – contre l’interdiction par les autorités françaises de trois de ses spectacles en janvier 2014, à Nantes, Orléans et Tours.

« Les réactions du public montrent que la portée antisémite de la scène a été perçue par les spectateurs, »

Juges de la CEDH

Devant les tribunaux, Dieudonné s’était défendu en expliquant que l’arrivée de Faurisson sur scène avait été « très drôle » et que les spectateurs avaient ri.

Mais la CEDH, pas plus que la justice française, n’a adhéré à cette analyse. « Les réactions du public (du Zénith) montrent que la portée antisémite de la scène a été perçue par les spectateurs », relèvent les juges européens.

Pour le juriste français Nicolas Hervieu, spécialiste de la CEDH et de sa jurisprudence, les magistrats européens ont opposé à Dieudonné une « fin de non recevoir très brutale, qui douche tous les espoirs de ceux qui voudraient, sous couvert d’humour, exploiter les failles des dispositifs nationaux de luttre contre le racisme et l’antisémitisme ».

Cet arrêt marque également, de la part des magistrats européens, une « volonté de consolider une jurisprudence qui a toujours été très ferme sur la négation de la Shoah », selon M. Hervieu.

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