La convention républicaine promet du spectacle, de vifs échanges sur Israël, et des armes
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La convention républicaine promet du spectacle, de vifs échanges sur Israël, et des armes

Alors que la nomination improbable de Donald Trump deviendra réalité à Cleveland, il y a plusieurs raisons de s’attendre à l’inattendu

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle, pendant un meeting de campagne à Concord, en Caroline du Nord, le 7 mars 2016. (Crédit : AFP/Sean Rayford/Getty Images)
Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle, pendant un meeting de campagne à Concord, en Caroline du Nord, le 7 mars 2016. (Crédit : AFP/Sean Rayford/Getty Images)

CLEVELAND – Il y a un peu plus d’un an, quand Donald Trump était descendu d’un escalator de la Tour Trump pour annoncer sa candidature à la présidentielle, quasiment personne ne pensait que c’était le début d’une quête réussie pour devenir le nominé du parti républicain à la présidentielle. Mais cette semaine, c’est exactement ce que cela deviendra officiellement.

La Convention nationale républicaine 2016, qui commence lundi, ne ressemblera à aucune autre de l’histoire américaine.

La plupart de l’establishment du parti étant peu encline à faire du magnat controversé de l’immobilier son porte-drapeau, et dans une année qui a vu se retourner toutes les conventions, il est raisonnable d’attendre beaucoup d’autres controverses, de retournements de situation et de surprises.

Trump lui-même a promis de donner plus de style à la conférence quadriennale qu’il n’y en a eu dans les conventions passées. Il a appelé le rassemblement de 2012 où Mitt Romney avait été nominé « la convention la plus ennuyeuse que j’ai jamais vue », et a promis de rendre celle de cette année « monumentalement magnifique ».

Alors qu’ils sont peu à douter qu’il apportera son extravagance caractéristique au Quicken Loans Arena, dans le centre de Cleveland, la plupart des déroulements indiquent qu’il pourrait se préparer autant pour le conflit que pour des mises en scène divertissantes.

Beaucoup de républicains de la communauté juive et pro-israélienne ne se rassemblent pas derrière la candidature de Trump, et il y a des différences de fond entre l’ancienne star de téléréalité et le comité pour la plate-forme du parti sur Israël, notamment sur les positions politiques qui ont longtemps été considérées comme acquises.

Discordance sur Israël

Après que Trump a répété à plusieurs reprises pendant la campagne qu’il chercherait une insaisissable solution à deux états au conflit israélo-palestinien, déclarant qu’il « donnerait un bon coup d’essai », le projet de plate-forme du parti a franchi une étape sans précédent en évitant de soutenir une telle position, s’éloignant d’une orthodoxie de longue date des deux partis de Washington.

A la place, la plate-forme appelle les Etats-Unis à reconnaître Jérusalem comme « la capitale éternelle et indivisible de l’Etat juif », et à y déplacer l’ambassade américaine depuis Tel Aviv, « en conformité avec la loi américaine. »

Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l'AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb)
Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l’AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb)

Trump lui-même a déclaré cette année devant 18 000 personnes à la conférence politique de l’AIPAC qu’il soutenait le déménagement de l’ambassade, mais un tel langage sur le conflit d’Israël avec les Palestiniens est un contraste saisissant avec les positions du parti en 2012.

La plate-forme s’abstient de parler de la Vieille Ville, et d’appeler explicitement à la mise en place d’un Etat palestinien, appelant au « droit d’Israël à exister comme Etat juif avec des frontières sécurisées et défendables ; et nous envisageons deux états démocratiques, Israël avec Jérusalem comme capitale, et la Palestine, vivant en paix et en sécurité. »

Alors que Trump lui-même s’est résigné à déclarer que « parfois les accords ne peuvent être conclus », la formulation de la plate-forme représente le parti et son nominé divergeant sur un aspect crucial de la politique étrangère américaine.

L’absence des républicains juifs

Nombre d’importants républicains juifs, qui sont en général parmi les partisans les plus audibles du candidat, ont totalement quitté le parti cette année.

Certains grands donateurs républicains ont refusé d’assister à la convention du parti cette année, comme Yitz Applebaum et Charlie Spies, selon le Jewish Insider. Et beaucoup d’anciens membres de l’administration de George W. Bush et du cercle familial ne seront pas non plus présents.

L’un d’entre eux, Jay Zeidman, est un républicain de Houston très influent dans les cercles juifs. Lui et son père Fred ont soutenu Ted Cruz pendant les primaires, et tous deux sont impliqués dans la Coalition juive républicaine (CJR), Fred siégeant au conseil d’administration.

La CJR elle-même sera présente mais pas de manière habituelle, s’abstenant d’accueillir ses habituels grands rassemblements des dirigeants du parti et des jeunes talents qu’elle juge être des alliés sur ses sujets principaux.
A la place, elle donnera une réception privée rendront hommage aux élus pro-israéliens, a indiqué JTA.

Bernard Hasten, à gauche, avec le gouverneur de l'Indiana Mike Pence après son discours devant la Coalition juive républicaine à Las Vegas, le 25 avril 2015. (Crédit : AFP/Ethan Miller/Getty Images)
Bernard Hasten, à gauche, avec le gouverneur de l’Indiana Mike Pence après son discours devant la Coalition juive républicaine à Las Vegas, le 25 avril 2015. (Crédit : AFP/Ethan Miller/Getty Images)

De plus, le Wall Street Journal a récemment écrit sur le moyen utilisé par les membres de la CJR pour exprimer leur mécontentement de Trump. Jusqu’à présent, ils ont donné 5 400 dollars à la campagne de l’homme d’affaires milliardaire, contre 16,5 millions de dollars pour la convention de Mitt Romney il y a quatre ans.

Trump a pu gagner quelques points sur certains sujets, cependant, en choisissant comme vice-président le gouverneur de l’Indiana Mike Pence, qui a très fortement soutenu Israël.

Plusieurs experts juifs ont également passé sans équivoque leur tour, dont Bill Kristol, Robert Kagan, Bret Stephens et Charles Krauthammer.

Spectacle de délégués et armes

Même si Trump s’est assuré les délégués nécessaires pendant la primaire pour devenir le probable candidat républicain, il y aura un groupe à la convention, Delegates Unbound (délégués non liés), qui appellera les délégués à « voter en conscience » et à soutenir un candidat de leur choix, même si, ou particulièrement si, ce candidat n’est pas Trump.

« Ces individus sont extrêmement passionnés au sujet du droit à voter en conscience », a déclaré à ABC News Dane Waters, dirigeant de Delegates Unbound. « Je ne peux donc pas imaginer que ces personnes vont s’assoir et ne rien faire. »

D’autres, comme Kendal Unruh, délégué du Colorado, mène une campagne « N’importe qui sauf Trump ». « Personne n’a aucune idée de qui va s’avancer et être le nominé, mais nous ne sommes pas inquiets pour ça. Nous faisons simplement ce travail pour être sûrs qu’il ne soit pas le visage de notre parti », a-t-elle déclaré au Washington Post.

Alors que l’affrontement des délégués se profile, et alors que des milliers de manifestants anti-Trump énervés sont attendus, les préoccupations sécuritaires sont accentuées par la loi de l’Ohio, qui donne aux individus le droit légal de porter ouvertement des armes à feu. Alors que la police locale a interdit un certain nombre d’objets des zones de manifestation proches de l’arène de la convention, les armes n’en font pas partie.

La Quicken Loans Arena décorée pour accueillir la Convention nationale républicaine, à Cleveland, Ohia, le 11 juillet 2016. (Crédit : Angelo Merendino/Getty Images)
La Quicken Loans Arena décorée pour accueillir la Convention nationale républicaine, à Cleveland, Ohia, le 11 juillet 2016. (Crédit : Angelo Merendino/Getty Images)

Dimanche, le syndicat de la police de Cleveland a demandé au gouverneur de l’Ohio, John Kasich, de suspendre le droit à porter ouvertement des armes dans l’état pour la semaine, mais l’ancien candidat à la présidentielle a répondu qu’il pensait qu’une telle mesure n’était pas autorisée légalement.

Le sujet a été soulevé après une série de fusillades ces dernières semaines, notamment à Bâton Rouge, en Louisiane, à Dallas, au Texas, et à Orlando, en Floride. Il y a beaucoup d’inquiétudes que cela arrive également à Cleveland.

Il y a déjà eu plusieurs manifestations pendant le week-end, et d’autres sont attendues pendant la semaine.

En plus des manifestants, un groupe de suprématistes blancs de Sacramento, en Californie, prévoit d’être présent.

« Nous y allons principalement pour nous montrer et être sûrs que les partisans de Donald Trump soient défendus des voyous gauchistes », a déclaré au média McClatchy Matt Parrott, porte-parole du Parti des travailleurs traditionnalistes (Traditionalist Worker Party). Il a annoncé qu’une trentaine de membres de son groupe auto-proclamé néo-nazi se rendrait dans la ville.

La convention commencera lundi à 13h00, heure de la côte est. La première session du soir, où le sénateur de l’Alabama Jeff Sessions, l’ancien maire de New York Rudy Giuliani et Melania Trump s’exprimeront, commencera à 20h00, heure de la côte est.

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