La Cour critique un interrogatoire du Shin Bet qui aurait poussé à de faux aveux
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La Cour critique un interrogatoire du Shin Bet qui aurait poussé à de faux aveux

Les juges ont écrit que l’interrogateur "a appris à l’accusé qu’il devait mentir afin de satisfaire" les services de sécurité

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Un test au polygraphe. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)
Un test au polygraphe. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Les juges du parquet de Beer Sheva ont fustigé les méthodes d’interrogatoire utilisées par les services de sécurité du Shin Bet, indiquant que l’agence de sécurité intérieure pourrait avoir forcé un innocent à avouer, après avoir été faussement identifié comme suspect dans une affaire de terrorisme.

En 2015, Khalil Nimri, 22 ans, a été arrêté par la police a Eilat, après qu’un réceptionniste l’a identifié comme un homme qui avait posé des questions suspectes sur l’hôtel, notamment sur les clients ultra-orthodoxes.

Quelques jours plus tard, le réceptionniste a réalisé qu’Ashraf Salaima, 25 ans, était la personne qui avait posé les questions suspectes, et non pas Nimri. Salaima a été arrêté, mais Nimri avait déjà avoué qu’il planifiait de faire exploser l’hôtel, et sa garde à vue a été prolongée.

La cour estime que Nimri aurait été contraint de faire de faux aveux.

L’interrogateur « a appris à l’accusé qu’il devait mentir afin de satisfaire le Shin Bet », ont écrit les juges.

« Nous ne connaissons pas les méthodes d’interrogation employées par le Shin Bet. Nous ne recevons que peu d’information, biaisées. Nous ne savons pas ce que sait le Shin Bet, au niveau du renseignement », ont écrit les juges dans une décision publiée lundi.

Khalil Nimri, 22 ans, arrêté en 2015 car soupçonné de planifier un attentat, à été relâché en novembre 2017, après que la Cour statue qu’il n’y avait pas de preuves suffisantes contre lui. (Crédit : capture d’écran Kan via YouTube)

« On peut supposer que quand le Shin Bet dispose des renseignements adéquats, il sait mener une enquête préventive efficace. Cependant, dans cette affaire, il semblerait que selon les preuves qui nous ont été soumises, il y a lieu de craindre que l’accusé a été arrêté et détenu pendant deux ans, sans qu’il y ait eu faute de sa part », ont écrit les juges.

« Nimri pensait que sa famille était menacée par le Shin Bet durant l’interrogatoire, et qu’il resterait en garde à vue jusqu’à ce qu’il avoue. »

Nimri a été acquitté par la cour en novembre, un mois avant que les juges ne publient leur décision. Il a été relâché aussi vite que possible, parce que, selon Haaretz, les juges estimaient qu’il avait passé assez de temps derrière les barreaux.

Les juges ont déterminé que le Shin Bet n’avait pas eu recours à la procédure standard pour s’assurer que le suspect ait été correctement identifié. L’agence n’a pas contrôlé les caméras de sécurité de l’hôtel, ni vérifié l’alibi de Nimri, ni procédé à une séance d’identification.

« Malheureusement, le Shin Bet n’a pas utilisé les procédures d’interrogatoires habituelles de la police, et ont conduit l’accusé à admettre qu’il s’était rendu à l’hôtel », ont écrit les juges.

Le parquet du district du sud d’Israël avait déposé des actes d’accusation auprès de la Cour de district de Beer Sheva contre les deux suspects pour des accusations selon lesquelles ils fomentaient un complot et voulaient aider un ennemi en temps de guerre.

La cour du district de Beer Sheva, en mai 2015. Illustration. (Crédit : Flash90)

Selon l’inculpation émise par la cour contre Slaimeh et Nimri, ils se sont rencontrés quand ils travaillaient ensemble dans un autre hôtel d’Eilat.

Nimri, selon l’inculpation, a déclaré qu’il « voulait venger la mort de son ami d’enfance tué en octobre [pendant qu’il menait] une attaque au couteau dans Jérusalem. »

Les poursuites contre Salaima ont continué. Il a avoué avoir planifié l’attaque, mais s’est rétracté à plusieurs reprises.

L’inculpation indique aussi que Nimri a d’abord proposé de mener une attaque au couteau et de tuer un juif religieux, mais Slaimeh l’a convaincu qu’il se ferait probablement attraper. Slaimeh a suggéré à la place qu’ils installent tous les deux une bombe dans un hôtel d’Eilat.

Une source proche de l’enquête a déclaré à Haaretz que « les enquêtes du Shin Bet sont menées conformément à la loi. Elles sont étroitement supervisées par le procureur général, les procureurs d’état, et les tribunaux, à différents niveaux, notamment par la Cour suprême ».

« Chaque interrogatoire, y compris celui-là, est soumis à une supervision interne et externe, tout au long des poursuites », a ajouté la source.

Esther Bar Tzion, l’avocate de Nimri, a déclaré à Haaretz qu’il « y a des cas dans lesquels même les meilleurs tombent dans le piège de l’étroitesse d’esprit, et sans malveillance ni négligence, font abstraction de problèmes sérieux dans les dossiers d’enquête ».

Le 30 novembre, Slaimeh est allé à l’hôtel pour récolter des informations. Il s’est présenté comme un client souhaitant louer une chambre pour une longue période et a demandé à voir différentes chambres de l’hôtel.

Le personnel de l’hôtel est devenu suspicieux et a alerté les autorités, qui ont arrêté Slaimeh. Nimri a été également été arrêté pendant l’enquête.

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