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Gare aux spoilers !

La critique encense « Tár », un film sur la musique classique aux étonnants accents juifs

Si la brillante et terrifiante protagoniste fictive jouée par Cate Blanchett n'est pas explicitement juive, le monde qui l'entoure est indéniablement influencé par les Juifs

Cate Blanchett dans le film "Tár" (Capture d'écran de YouTube/ via JTA).
Cate Blanchett dans le film "Tár" (Capture d'écran de YouTube/ via JTA).

JTA – Dans les 10 premières minutes du nouveau film « Tár », une chef d’orchestre interprétée par Cate Blanchett discute des concepts hébraïques de teshouvah et de kavana » ainsi que de son affinité pour Leonard Bernstein – tout en étant interviewée par Adam Gopnik, qui joue son propre rôle d’écrivain juif, lors d’un événement organisé par le New Yorker.

C’est une entrée en matière assurément juive pour un film qui n’indique pas ouvertement que son personnage principal et sa force motrice – Lydia Tár, incarnée par Blanchett – est elle-même juive ou a un lien personnel avec le judaïsme.

Mais « Tár », qui raconte l’histoire d’une génie du monde de la musique classique aux prises avec ses démons passés et présents, aborde de grandes idées sur l’art, la culture et la société, notamment le rôle que les Juifs et l’antisémitisme ont historiquement joué dans la musique.

Le film fait l’objet de critiques élogieuses et d’un buzz précoce aux Oscars, en partie parce que Blanchett et le scénariste-réalisateur Todd Field ont su dépeindre Lydia Tár comme une force puissante, terrifiante et abusive dans le monde de la culture. Nombreux sont ceux qui ont dit avoir quitté le film convaincus, par la force même de la construction de son univers et la performance profondément engagée de Blanchett, que le personnage de Tár avait réellement existé.

Chaque détail étant esquissé de manière si convaincante qu’il est impossible de penser que les éléments de judaïté exposés soient le fruit du hasard.

Voici quelques-unes des grandes idées juives présentes dans « Tár », qui est actuellement à l’affiche dans les cinémas. (Attention, cet article contient des spoilers sur le film).

Leonard Bernstein est une source d’inspiration.

Dans l’univers du film, Lydia Tár est une célèbre chef d’orchestre et compositrice qui considère le légendaire chef d’orchestre juif Leonard Bernstein comme son inspiration première et son mentor.

L’influence de Bernstein, et son judaïsme, sont très présents dans la première scène de Tár avec Gopnik, qui se déroule au New Yorker Ideas Festival. (C’est également là que Gopnik note avec enthousiasme que Tár a remporté un EGOT, c’est-à-dire un Emmy, un Grammy, un Oscar et un Tony ; il ajoute que le comique juif Mel Brooks est l’une des seules autres personnalités à avoir reçu un EGOT, ce qui suscite des rires entendus dans le public).

Vers la fin du film, nous voyons un extrait des célèbres « Young People’s Concerts » de Bernstein, diffusés à la télévision, au cours desquels il initiait les enfants à la musique classique et il est sous-entendu que ce sont ces concerts qui ont poussé Tár à se lancer dans l’art.

L’affinité de Tár pour Bernstein fait de ce film un complément inattendu à « Maestro », le biopic du compositeur réalisé par Bradley Cooper, dont la sortie est prévue sur Netflix en 2023.

Les concepts juifs deviennent des termes musicaux

Dans un entretien avec Gopnik, Tár dit avoir appris de Bernstein non seulement à apprécier la musique classique, mais aussi à la concevoir en termes hébraïques. Deux notions l’ont particulièrement marquée, celle de kavanah, ou « intention » et celle de teshouvah, qui peut se traduire par « retour ou « repentir ».

L’interprétation personnelle de Tár de ces idées confère à ces notions une dimension artistique en plus de leur signification dans la tradition juive, où elles sont le plus souvent utilisées en relation avec la prière et l’expiation. Pour elle, la kavanah consiste à respecter l’intention du compositeur original de la musique tout en imposant la propre intention du chef d’orchestre, et elle voit la teshouvah comme une extension de la croyance grandiose du chef d’orchestre selon laquelle il peut « contrôler le temps lui-même » : remonter le temps sur une pièce, maintenir l’orchestre dans un état suspendu jusqu’à ce que le chef décide de passer à autre chose.

Bien sûr, la vie publique de Tár, tout comme sa vie sur le podium du chef d’orchestre, est une sorte de performance qu’elle livre (avec une intention finement accordée). Il est donc possible qu’elle utilise autant d’hébreu dans ces premières scènes parce qu’elle sait que son public d’aficionados du New Yorker comprend une bonne partie de Juifs.

Mais il y a un autre sens caché à l’inclusion de la teshouvah au-delà des pages d’une partition musicale. Les enseignements juifs comprennent également que le mot, fréquemment invoqué à Yom Kippour, renvoie au concept de recherche d’expiation des péchés passés. Et il s’avère que Tár doit expier un grand nombre de ses péchés passés, et son incapacité à le faire la conduit finalement à sa perte.

Le film ne répond pas à la question de savoir si elle pourra un jour trouver le pardon, mais les scènes finales la voient entamer ce qui semble être un processus d’humilité, sur un long chemin de rédemption : les prémices de la teshouvah.

L’omniprésence de Gustav Mahler

Le compositeur et chef d’orchestre juif d’origine autrichienne est un esprit qui hante le film. Mahler est l’artiste le plus vénéré par Tár ; au début du film, elle a enregistré des interprétations de toutes ses symphonies, sauf la cinquième, souvent considérée comme l’une des pièces musicales les plus complexes et les plus mémorables jamais composées.

Une grande partie du film est consacrée aux efforts de Tár pour enregistrer enfin la cinquième symphonie de Mahler et pour diriger l’Orchestre philharmonique de Berlin (dont elle est le chef d’orchestre) lors d’une représentation en direct. Une publicité pour cette représentation fait explicitement le lien entre les deux, en plaçant Tár et Mahler sur des portraits de taille égale. En outre, une grande partie du film se déroule en Allemagne, et une discussion au milieu du film sur la dénazification du monde de la musique classique nous rappelle que la musique de Mahler (ainsi que celle de nombreux compositeurs juifs) était interdite et supprimée par les nazis.

Pourquoi Mahler ? Outre sa stature de chef d’orchestre, le film établit également un parallèle avec son passé de manipulateur. Les personnages discutent de la façon dont il a supprimé et découragé sa femme compositrice, Alma, à poursuivre sa propre carrière musicale, tout comme Tár en vient à le faire avec ses propres subordonnés. (Les antécédents documentés d’antisémitisme d’Alma, malgré son mariage avec un Juif, ne sont pas évoqués.)

Et peut-être un lien plus subtil : Mahler était bien connu pour ses réinterprétations des œuvres du compositeur et chef d’orchestre Richard Wagner, célèbre antisémite et théoricien de la race dont les idées sur la supériorité ethnique ont inspiré les nazis. Tár, elle aussi, en tant que femme pionnière dans une industrie dominée par les misogynes, se retrouve à réinterpréter les œuvres d’hommes qui l’auraient détestée pour ce qu’elle est – mais sa défense acharnée de la vieille garde de la musique classique indique que, loin d’essayer de séparer leur travail de leur comportement toxique, elle peut en fait admirer les deux dans la même mesure.

L’Orchestre philharmonique d’Israël est cité

En tant que chef d’orchestre acclamé, Tár a bien sûr été invitée par certains des orchestres les plus prestigieux du monde. Dans le film, l’un des seuls à être mentionné nommément est l’Orchestre philharmonique d’Israël.

Cette mention intervient lors d’une discussion avec un rival amical, Elliot Kaplan (joué par Mark Strong), lui-même juif. Kaplan est stupéfait qu’elle ait réussi à arracher une performance aussi remarquable à l’orchestre de Tel Aviv.

Tár balaie ses compliments (et ses demandes de jeter un coup d’œil à ses notations musicales), mais ils entament une discussion sur la musique klezmer.

Oui, les nazis sont évoqués

La façon de traiter les grands artistes et leur comportement toxique est l’un des principaux thèmes de Tár, qui est salué comme le premier grand film sur la « cancel culture ». Et le lien entre la musique et les nazis et l’antisémitisme devient une sorte de baromètre de ce à quoi les propres schémas de comportement abusif de Tár peuvent la conduire.

Dans le film, l’ancien mentor de Tár, Andris (interprété par Julian Glover), en veut toujours au fait que même les musiciens allemands qui n’étaient pas membres du parti nazi ont été inclus dans les efforts de dénazification (il exprime également sa sympathie pour le chef d’orchestre juif américain James Levine, qui est tombé en disgrâce après des décennies d’inconduite sexuelle). En tant que membre de la génération précédant celle de Tár, Andris est encore moins scrupuleux qu’elle lorsqu’il s’agit de prendre en compte le mauvais comportement des artistes : « Je me suis assuré que tous les cintres de mon armoire étaient orientés dans la même direction », dit-il, sinistrement.

Cette scène survient après que Tár a réprimandé une classe de jeunes adultes de Julliard pour ce qu’elle considère comme leur empressement à s’offenser des péchés des géants de la musique classique, soulignant que certains des compositeurs soi-disant éclairés qu’ils veulent embrasser ont également été antisémites par le passé.

Tout cela va dans le sens du personnage, qui – nous dit Gopnik dès le début – veut que les femmes chefs d’orchestre et compositeurs d’aujourd’hui soient « en conversation avec » les anciens grands hommes.

Ainsi, « Tár » est un film qui parle beaucoup des Juifs, de la musique, de la culture avec un grand C et des péchés du passé.

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