La demande de crémation de Rona Ramon perturbe les rabbins
Rechercher

La demande de crémation de Rona Ramon perturbe les rabbins

Certains chefs religieux orthodoxes proposent d'organiser des funérailles juives au mépris de ses dernières volontés ; d'autres rejettent l'intervention ou le jugement

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Rona Ramon, veuve du premier astronaute israélien Ilan Ramon, décédée dans un accident mortel à bord de la navette spatiale Columbia le 9 mai 2013. (Flash90)
Rona Ramon, veuve du premier astronaute israélien Ilan Ramon, décédée dans un accident mortel à bord de la navette spatiale Columbia le 9 mai 2013. (Flash90)

Des rabbins orthodoxes ont exhorté la famille de la défunte Rona Ramon, épouse de l’astronaute Ilan Ramon, à ne pas honorer ses dernières volontés. Elle avait demandé à être incinérée, et mentionné le fait que la loi juive interdit cette pratique.

Avant sa mort, Rona Ramon avait laissé des instructions stipulant qu’aucun enterrement ne soit organisé pour elle, et que son corps soit incinéré, afin d’éviter que ses enfants n’aient à enterrer un membre de leur famille une fois de plus, selon les médias israéliens.

Cette praticienne en médecine holistique était devenue un personnage public lorsque son mari est devenu le premier Israélien à aller dans l’espace. Celui-ci a malheureusement péri dans l’explosion de la navette Columbia survenue lors de son retour sur Terre en 2003.

Dans les années qui ont suivi, Rona Ramon est devenue elle-même une héroïne nationale pour son travail avec la Fondation Ramon et son leadership dans le processus de résilience après une tragédie. Rona Ramon, 54 ans, est décédée lundi après un combat d’un an contre le cancer du pancréas. Elle laisse dans le deuil trois enfants, Tal, Yiftah et Noa, et ses parents.

Le cercueil de Ramon a été placé au Centre Peres pour la Paix à Jaffa mercredi, le temps pour le public de lui faire un dernier adieu. Une cérémonie commémorative privée a eu lieu mercredi après-midi. On ignore si son corps a été incinéré à l’heure qu’il est, et ses enfants n’ont pas répondu aux appels lancés par des dirigeants religieux, les implorant de ne pas honorer sa demande.

Le 19 décembre 2018, au Centre Peres pour la paix et l’innovation de Tel-Aviv, les gens rendent leurs derniers hommages au cercueil qui porte le corps de Rona Ramon, afin que les visiteurs puissent rendre leurs derniers hommages. (Miriam Alster/Flash90)

Dans une lettre adressée aux enfants Ramon mercredi, le rabbin Yehuda Deri, grand-rabbin de la ville de Beer Sheva, les a imploré d’organiser un enterrement traditionnel.

« J’ai été choquée d’apprendre ce matin que la défunte, avec toute la noblesse qui la caractérisait, a demandé à ce que son corps ne soit pas enterré, mais incinéré, afin d’éviter un autre enterrement et des souffrances non-nécessaires à ses proches », a-t-il écrit.

Deri, qui a dit qu’il parlait aussi au nom d’autres rabbins, a proposé d’organiser des funérailles modestes pour la famille.

« Quand j’ai appris qu’elle avait demandé à être incinérée pour ne pas déranger les membres de sa famille avec un autre enterrement, je n’en ai pas dormi de la nuit », a déclaré Deri à la chaîne de télévision Hadashot.

« J’ai décidé d’agir. Elle n’a pas demandé que ses restes soient incinérés pour des raisons idéologiques, auquel cas je ne serais pas intervenu. »

« C’est pourquoi j’ai décidé d’intervenir ici et de demander aux membres de la famille d’organiser des funérailles simples et modestes, même au milieu de la nuit et sans leur présence pour le bien de sa mémoire, afin que ses enfants et petits-enfants aient une tombe où ils puissent se recueillir. « Une femme comme elle, qui travaillait pour le peuple juif, mérite d’être enterrée. Cela n’est pas de la pression – ce n’est pas ma façon de faire -c’est seulement de l’amour pour Israël. »

Le rabbin Yuval Cherlow de la communauté modern orthodox, l’un des fondateurs de l’organisation rabbinique Tzohar, s’est également aventuré prudemment sur la question, qualifiant les intentions de Rona Ramon de protéger ses proches de la douleur de « noble » mais malavisées.

« Quelque chose ne va pas dans cette décision « , écrit-il dans un message sur Facebook, qui ne nomme pas Ramon, même s’il donne des détails.

Le dirigeant de ZAKA, le rabbin Yehuda Meshi-Zahav, le 4 février 2010. (Yaakov Naumi / Flash90)

« Ce n’est pas nous qui portons le fardeau et blessons [les autres]. Cette tragédie n’est pas né de notre désir. Cela est arrivé. C’est donc une partie intégrante de la vie, qui transforme une personne ayant aidé les autres toute sa vie en une personne ayant besoin de soutien ; une personne qui a réconforté les gens toute leur vie en source de deuil ; une personne qui ne voulait rien de personne à une autre qui a besoin des autres ».

« C’est une réalité de la vie, et il ne serait pas juste de le nier. Ce serait une bonne chose de l’accepter », a écrit Cherlow.

D’autres, dont le rabbin Shlomo Aviner, un éminent chef religieux sioniste et rabbin de Beit El, ont dit que ce n’était pas à eux d’en décider.

« Ça n’est pas à nous de répondre à ces questions », a-t-il déclaré sur le site de Kikar Hashabbat mercredi dernier.

« Rona Ramon n’a pas demandé à ce que son corps soit incinéré par provocation, mais plutôt pour protéger ses enfants », a déclaré Yehuda Meshi-Zahav, chef de l’organisation Zaka, une organisation ultra-orthodoxe qui s’occupe des corps des victimes après les accidents de voiture et attaques terroristes pour les enterrer.

« Quand vous faites face à une femme comme elle, il n’y a pas d’argument halakhique [relatif à la loi juive] [pour contrer sa demande] », a-t-il déclaré mercredi à la radio locale. « Il faut savoir juger chaque cas individuellement, et certainement pas la juger, mais plutôt ouvrir un Shulhan Aruch [le recueil principal de la loi juive]. »

La famille Ramon a déclaré qu’elle observerait la période traditionnelle de deuil des shiva au Centre Peres les jeudi, dimanche et lundi de 10h à 13h et de 17h à 19h.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...