La directrice d’une garderie répondra de 18 chefs d’inculpation
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La directrice d’une garderie répondra de 18 chefs d’inculpation

Carmel Mauda, 25 ans, aurait, entre autres, attaché des nouveaux-nés et les aurait violentés physiquement. Elle aurait aussi fait manger de force son vomi à un enfant

Carmel Mauda, dirigeante d'une crèche filmée en train de violenter des petits enfants au tribunal de Lod pour une audience, le 7 juillet 2019 (Crédit : Flash90 ***)
Carmel Mauda, dirigeante d'une crèche filmée en train de violenter des petits enfants au tribunal de Lod pour une audience, le 7 juillet 2019 (Crédit : Flash90 ***)

Une directrice de crèche du centre d’Israël a été inculpée dimanche pour répondre de 18 chefs d’accusation de violences sur des enfants, et plus précisément sur presque une douzaine de tout-petits et de nouveaux-nés qui étaient placés sous sa garde, quelques jours après que des vidéos choquantes de ces violences ont entraîné des manifestations dans tout le pays.

Carmel Mauda, 25 ans, qui dirigeait la garderie Baby Love à Rosh Haayin, est accusée de violences systématiques contre 11 enfants âgés de trois mois à trois ans, entre le 27 mai et le 16 juin.

Selon l’acte d’inculpation, Mauda aurait agressé ces enfants « à de nombreuses occasions », notamment en les mettant sous des couvertures et en s’asseyant sur eux pour les empêcher de bouger. Elle aurait attaché un enfant « de quelques minutes à quelques heures », soulevé des nouveaux-nés par les bras avant de les jeter au sol ; elle aurait également secoué des bébés, obligé des enfants à se tenir debout, face à un mur, pendant des heures ; elle aurait frappé des tout-petits avec des couches, elle les aurait giflés et elle aurait tenu leurs têtes en arrière pour gêner leur respiration.

« Dans un cas, le mineur a été obligé de manger le contenu d’une assiette dans laquelle il avait vomi », précise l’acte.

Les procureurs ont demandé à conserver Mauda derrière les barreaux jusqu’à la fin des procédures judiciaires. Ils ont qualifié la jeune femme de danger pour la sécurité publique.

Mauda avait été arrêtée au mois de juin mais la police a diffusé jeudi des vidéos de ces abus présumés, entraînant la colère à son encontre et des rassemblements aux abords de son domicile.

Les vidéos – très dérangeantes – enregistrées par les caméras de sécurité montraient Mauda attachant des enfants, les nourrissant par la force, étouffant avec une couverture des tout-petits qui refusaient de s’endormir et les violentant.

Selon les médias en hébreu, Mauda avait d’abord refusé de reconnaître les violences. Mais lorsque les preuves en image lui ont été soumises, elle a déclaré aux enquêteurs : « Je suis un monstre » et « j’ai été un Satan là-bas ».

L’affaire a émergé après que Mauda a embauché – avant de renvoyer – huit différents employés pour travailler dans sa garderie au cours de l’année passée. Le dernier d’entre eux avait alerté les autorités concernant les violences, a fait savoir le site d’information Walla.

Une assistante a également été appréhendée, soupçonnée d’avoir été témoin des violences et d’y avoir peut-être elle-même eu recours. Son identité n’a pas été révélée.

Les parents ont lancé une campagne de protestation depuis que les images ont été révélées. Onze manifestations ont été programmées dans tout le pays, dimanche, sous le slogan « Le peuple demande la fin des violences ».

Dimanche aussi, un adolescent soupçonné d’avoir mis le feu à l’habitation de Mauda, pendant le week-end, sera présenté devant un tribunal pour une prolongation de sa mise en détention. La police a noté samedi soir qu’elle avait arrêté ce soldat de combat âgé de 18 ans et originaire de l’implantation de Karnei Shomron, en Cisjordanie, en lien avec l’incendie présumé.

Le domicile de Mauda a été endommagé par les flammes dans la ville de Rosh Haayin, dans le centre du pays, comme l’ont été plusieurs résidences avoisinantes. Il n’y aurait pas eu de blessés dans l’incident.

Les médias en hébreu ont expliqué que le suspect était lié avec les parents d’un petit garçon qui avait fréquenté la garderie. Selon la Treizième chaîne, des images tournées par une caméra de surveillance le montrent sur la scène de l’incendie.

Les enquêteurs ont expliqué, samedi après-midi, qu’ils pensaient que le sinistre était parti d’une zone de stockage située dans le bâtiment, et qu’ils ont trouvé des preuves attestant d’un départ de feu volontaire.

Les autorités ont pour leur part fait savoir qu’elles avaient terminé l’inspection des lieux et envoyé les preuves à un laboratoire pour des tests supplémentaires.

Le bâtiment abritait également la garderie Baby Love où avaient eu lieu les violences présumées.

L’avocat de Mauda, Guy Ein-Zvi a condamné les actes des auto-justiciers intervenant en dehors de tout cadre légal.

« Nous comprenons la douleur et la colère des parents mais une ligne rouge a été franchie. Des individus ont décidé de rendre justice eux-mêmes, agissant comme des voyous et mettant des vies en péril », a-t-il dit dans un communiqué. « Le procès de Carmel aura lieu devant un tribunal et non en place publique ».

Un incendie au domicile de Carmel Mouda dans la ville de Rosh Haayin, dans le centre du pays, le 6 juillet 2019 (Crédit : Twitter)

Un avocat représentant les parents des enfants ayant fréquenté la garderie a démenti, dans la matinée, que ces derniers avaient été été impliqués dans cet incendie.

« Les parents des enfants sont en colère et choqués par les crimes graves qui ont été commis mais ils ne sont pas des criminels. Et je n’ai aucun doute sur le fait qu’une enquête minutieuse attestera qu’ils ne sont aucunement liés à cet incendie », a déclaré aux médias en hébreu Benjamin Malka, avocat des familles.

Samedi soir, un groupe de parents s’est réuni devant la prison dans laquelle Mauda a été incarcérée et ils ont organisé une manifestation.

Des Israéliens protestent contre le manque de régulations dans les crèches devant un bâtiment du gouvernement à Tel Aviv, le 21 juin 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Les parents demandent à ce que les lois régulant le contrôle des garderies soient changées, en prévoyant notamment des condamnations plus dures pour les employés auteurs de violences envers les enfants et de meilleures règles de supervision des établissements.

Ces dernières années, il y a eu de nombreux cas d’abus qui ont été rapportés dans les crèches, dont le meurtre, par une employée, d’une petite fille de 18 mois.

Au mois de juin 2018, le gouvernement avait été critiqué pour les retards continus accumulés dans une loi de supervision qui avait été proposée suite aux querelles gouvernementales sur le financement du projet.

La loi a été adoptée finalement au mois de décembre, mais elle ne prévoit la présence de caméras de sécurité dans toutes les garderies que depuis le mois de septembre 2020 – dans la mesure où 70% des parents n’y sont pas opposés.

A LIRE : L’encadrement de la petite-enfance commence à peine à évoluer en Israël

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