La dispute sur le pétrole met en lumière les divergences entre Ryad et Abu Dhabi
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La dispute sur le pétrole met en lumière les divergences entre Ryad et Abu Dhabi

La rivalité économique se trouve au cœur de la querelle entre ces pays du Golfe, qui tentent de tirer profit de leurs vastes réserves d'or noir, tout en préparant l'après-pétrole

Une raffinerie de pétrole. (Crédit : Pixabay)
Une raffinerie de pétrole. (Crédit : Pixabay)

La querelle entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis lors des dernières négociations sur la production de pétrole à l’Opep+ a exposé les divergences croissantes entre les deux alliés, confrontés à des défis économiques qui passent désormais avant leur amitié.

Cette semaine, les Emirats se sont farouchement opposés à la prolongation « injuste » d’un accord qui limite la production d’or noir, soutenu par l’Arabie saoudite dans le cadre des discussions à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avec des pays partenaires (Opep+).

Après plusieurs reports, les négociations ont finalement été repoussées sine die lundi: un rare revers pour l’Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde et plus grande économie du monde arabe.

Les désaccords entre pays du Golfe sont habituellement traités en toute discrétion entre les murs des palais. Mais cette discorde publique inédite s’inscrit dans un contexte plus large de divergences grandissantes observées entre les deux pays ces dernières années.

Le scénario d’une rupture totale reste néanmoins improbable, selon des observateurs.

Les princes héritiers d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, et d’Abou Dhabi (capitale des Emirats), Mohammed ben Zayed, sont considérés comme proches et ont eu des parcours similaires.

Dans cette photo du 24 octobre 2018 publiée par la Saudi Press Agency, SPA, le Prince héritier Mohammed ben Salmane intervient lors de la conférence Future Investment Initiative à Riyadh, en Arabie Saoudite. (Saudi Press Agency via AP, File)

Connus sous leurs initiales MBS et MBZ, ils dirigent tous deux de facto leur riche pays pétrolier et ont mené jusqu’à récemment des diplomaties parallèles.

Les finances d’abord 

La rivalité économique se trouve au cœur de la querelle entre ces deux pays du Golfe, qui tentent de tirer profit de leurs vastes réserves d’or noir, tout en préparant l’après-pétrole.

Ryad a récemment amorcé une diversification de son économie ultradépendante du pétrole, processus entamé depuis des décennies déjà par les Emirats.

L’Arabie saoudite « a souffert de 50 années de léthargie sur le plan de la politique et du dynamisme économiques, maintenant il est temps de se rattraper », estime Ali Shihabi, conseiller du gouvernement saoudien.

Selon lui, les Emirats doivent désormais « faire de la place ».

Mastodonte endormi, l’Arabie saoudite espère rivaliser avec les Emirats, devenus un important centre économique et commercial, classés par la Banque mondiale parmi les pays où il est le plus facile de faire des affaires.

Dubaï en particulier, une des sept principautés qui forment les Emirats, dispose de l’économie la plus diversifiée du Golfe (finances, tourisme, transport et technologies).

Une vue générale de Dubaï est photographiée depuis la tour Burj Khalifa, le plus haut bâtiment du monde, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 8 novembre 2016. (AP Photo/Jon Gambrell/File)

L’Arabie saoudite a récemment lancé une campagne de séduction auprès des investisseurs internationaux mais sa bureaucratie réputée nébuleuse et son mode de vie ultraconservateur rebutent les expatriés.

Les deux voisins veulent « faire primer le futur de (leurs) finances sur (leur) amitié », observe Kirsten Fontenrose, chercheuse du groupe de réflexion Atlantic Council.

Cette confrontation est dictée par les seules « réalités économiques » et les rumeurs de rupture sont « exagérées », selon cette ancienne responsable chargée de l’Arabie saoudite à la Maison Blanche.

« Coups bas »

En février, Ryad a lancé un ultimatum aux entreprises étrangères souhaitant obtenir des contrats publics dans le royaume : d’ici 2024, elles doivent y installer leur siège régional, pour la plupart déjà à Dubaï.

« Il y a eu quelques coups bas de la part de notre voisin, mais les divergences resteront sous contrôle si Dieu le veut », assure à l’AFP un conseiller du gouvernement émirati sous le couvert de l’anonymat.

« De nouvelles alliances sont en train de se dessiner dans la région. Deux camps sont en train d’émerger », ajoute-t-il, sans préciser lesquels.

La première grande fissure est apparue en 2019, lorsque les Emirats ont commencé à se retirer du bourbier yéménite, où ils étaient engagés aux côtés de l’Arabie saoudite dans une coalition militaire contre les rebelles Houthis. Le pays, en guerre depuis près de sept ans, est victime de la pire catastrophe humanitaire au monde, selon l’ONU.

Cette décision a installé un « malaise », selon Ali Shihabi. « Les Saoudiens espéraient un retrait moins rapide des Emirats et plus dans la coordination, mais ils ont fait leurs propres calculs », analyse-t-il.

La diplomatie régionale a également divisé les deux partenaires. En septembre 2020, les Emirats ont conclu un accord de normalisation avec Israël. L’Arabie saoudite insiste elle toujours sur la nécessité de régler la question palestinienne avant toute démarche similaire.

En janvier, Ryad a enfin œuvré pour résoudre une brouille de trois ans qui opposait l’Arabie saoudite et ses alliés au Qatar, accusé de soutenir les islamistes, bêtes noires des Emirats. Abou Dhabi a plié sans enthousiasme, se contentant de rétablir des relations minimales avec Doha.

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